Abolissons les REER !

À peine un travailleur québécois sur trois possède un régime de retraite de son employeur

Les « scandaleux abris fiscaux » que sont le REER [régime enregistré d’épargne-retraite] et le CELI [compte d’épargne libre d’impôt] profitent aux riches, dit Léo-Paul Lauzon dans une nouvelle étude. À la guillotine !

Remarquez, le prof de comptabilité de l’UQAM n’a pas tort. Ce sont surtout les riches qui peuvent mettre de l’argent dans leur REER. Quand on vit de chèque de paye en chèque de paye, comme bon nombre de Canadiens, il reste quoi pour mettre dans un REER à la fin de l’année ? Rien. Quand on est riche, c’est plus facile.

(Dessin de presse : René Le Honzec)

Malgré cette évidence (et le titre racoleur de cette chronique), abolir les REER est loin d’être l’idée du siècle. (Précisons que M. Lauzon souhaite abolir les REER, mais affirme faire un « compromis » en recommandant au gouvernement de ramener le taux de cotisation maximale des REER à $5.000 dans son étude.)

Clarifions une chose : un REER n’est pas un véritable abri fiscal. Vous allez payer de l’impôt sur tout l’argent que vous y déposerez au cours de votre vie. Et sur tous les gains que vous ferez sur vos placements (imposés à 100%). Le seul avantage est que, idéalement, vous allez retirer cet argent quand vous serez à la retraite. Comme votre revenu sera moindre qu’aujourd’hui, votre taux d’imposition sera plus bas. À moins d’avoir pilé des millions dans votre compte — ce qui est presque impossible vu la limite des cotisations —, vous n’allez pas vous enrichir, et l’État ne va pas s’appauvrir, avec un REER.

Surtout qu’environ le tiers des cotisants finissent par vider leur REER avant la retraite, et s’exposent à des taux d’imposition élevés. Même chose pour le CELI, souvent utilisé pour des projets temporaires, ou comme coussin de sûreté.

Peut-on avoir un break ?

Rappelons qu’à peine un travailleur québécois sur trois possède un régime de retraite de son employeur. Et contrairement aux régimes blindés des fonctionnaires, leurs prestations vont dépendre des rendements boursiers. Les REER, en permettant de reporter l’impôt à plus tard, encouragent plusieurs Québécois à épargner. Enlevez les REER, et notre taux d’épargne — presque nul — va chuter encore plus.

En passant, cet encouragement à l’épargne est l’excuse dont se servent souvent les syndicats pour justifier les généreux crédits d’impôt de 30% et 40% que l’État accorde aux fonds syndicaux comme le Fondaction CSN et le Fonds de solidarité FTQ. Ces crédits d’impôt — qui au contraire des REER, ne sont pas imposés à la retraite — coûtent près d’un demi-milliard par année à l’État. Et servent principalement, de l’aveu même du ministre du Développement économique dans nos pages, à acheter la paix avec les syndicats. Pourquoi ne pas dénoncer ces « scandaleux abris fiscaux » ?

Les Guy Laliberté, Jean Coutu et autres millionnaires — voire milliardaires — se comptent sur les doigts d’une main au Québec. Et ils jouissent d’outils pas mal plus efficaces pour sauver de l’impôt qu’une couple de mille piastres dans un REER. En réalité, les REER profitent surtout à des « riches » dont le revenu varie entre $65.000 et un peu plus de $100.000. Des « riches » qui payent plus que leur juste part d’impôts (les Québécois qui gagnent $100.000 et plus représentent 3% de la population, et payent à eux seuls le tiers de tous les impôts sur le revenu !) Des « riches » qui ne le sont pas assez pour se payer une batterie de comptables créatifs qui leur éviteraient de l’impôt.

Les REER procurent aussi une infime échappatoire (temporaire) pour les contribuables de la classe moyenne pris à la gorge. Les gens qui gagnent moins de $50.000 par année cotisent pour le quart des cotisations REER totales, selon les chiffres mêmes de M. Lauzon. Est-ce trop demander de leur donner ce petit break ? De toute façon, tout le monde sait que notre État boulimique se rachète en inventant deux ou trois nouvelles taxes chaque année.

Je suis avec notre Léo-Paul national quand il dénonce les paradis fiscaux ou les généreuses subventions aux entreprises. Mais en s’attaquant aux REER, il rate la cible.