Budget fédéral américain

La politique spectacle contre de réelles avancées pour la liberté

La politique spectacle contre de réelles avancées pour la liberté : alors que les débats au Congrès se résument à un show concocté par les politiciens pour divertir le public et masquer les enjeux réels, l’observateur avisé se rend aisément compte que le gouvernement fédéral n’entame aucune réforme de fond visant à préserver la liberté individuelle et la prospérité.

Par Gennady Stolyarov II (*)

Chaque jour, il est de plus en plus évident que le gouvernement fédéral américain a besoin de coupes budgétaires radicales et urgentes si le peuple américain veut éviter une spirale à la baisse se transformant en phénomène de servitude interminable. Les Américains sont sur le point d’être condamnés à des générations de souffrance due à l’intérêt colossal de la dette nationale, l’augmentation des impôts, et ce qui ne peut qu’être appelé un véritable crime contre l’humanité : l’inflation. Dans le débat budgétaire au Congrès, le passage de l’augmentation des dépenses massives incontestées à un examen sérieux des compressions budgétaires est un développement positif. Toutefois, il laisse beaucoup à désirer dans sa conduite et sa réalisation effective. En outre, il devrait aussi amener les défenseurs de la liberté à examiner quel est le meilleur chemin vers la réalisation de la liberté individuelle et comment un gouvernement limité authentique pourrait naitre.

Après qu’un blocage du gouvernement fédéral ait été évité de justesse le 8 avril 2011, le Congrès semble atteindre un « consensus bipartisan » — un phénomène qui doit toujours être abordée avec beaucoup de scepticisme et de prudence — qui est constitué d’environ $38 milliards de « coupes » pour le budget proposé par le président Obama. Pourtant, comme les médias traditionnels le reconnaissent eux-mêmes, ces réductions ne sont pour l’essentiel que des tours de passe-passe de comptabilité et de manipulations sémantiques. La plupart sont 1° des coupes de l’augmentation des dépenses proposées (moins d’augmentation reste toujours une augmentation), 2° des redistributions de fonds inutilisés des agences fédérales ou une suppression officielle de fonds qui ne seraient jamais dépensés de toute façon et 3° des applications de règles comptables absurdes du gouvernement fédéral qui, si elles étaient essayées dans d’autres secteurs, se traduiraient par l’emprisonnement rapide de leurs utilisateurs. La plupart des coupes budgétaires qui auraient fait économiser de l’argent aux contribuables ont été abandonnées car trop controversées. Ce sont les mesures qui auraient eu une chance, même partielle, de réaliser des améliorations de fond. Certains organismes fédéraux, y compris le gouffre financier et humain connu sous le nom de Pentagone, reçoivent actuellement des augmentations de financement. Pendant ce temps, la Réserve fédérale continue, sans rendre de comptes, d’arroser toujours plus d’argent certains intérêts financiers bien introduits ou même certains proches financiers avec qui elle s’est acoquinée. Le noir, c’est le blanc ; les augmentations sont des coupes. Les fonctionnaires du Parti de 1984 de George Orwell seraient fiers.

Encore plus détestable est le jeu de corde raide politique pratiqué par les deux partis durant les préparatifs pour ces réductions orwelliennes. Un accord a été atteint quelques heures à peine avant que 800.000 salariés du gouvernement fédéral, mais pas les membres du Congrès décidant de leur sort, soient mis en congé sans rémunération. Alors que certains d’entre eux, tels que les agents de TSA [1] qui ont l’habitude de dépasser les protocoles invasifs de leur agence pour tâtonner et molester les voyageurs innocents, l’auraient bien mérité, ce sont les simples fonctionnaires d’une vaste machine administrative, dominée par une petite classe élitiste concentrée de rentiers et de leurs camarades du haut niveau fédéral, qui ont payé le prix fort. Les travailleurs qui ont le plus souffert n’ont aucun pouvoir réel et ne lancent que peu ou pas de critiques contre les abus détestable, les gâchis et la coercition au sein du gouvernement fédéral. Ils ont été et demeurent de simples pions du cynique et élitiste jeu politique de manipulation. Leur incapacité à effectuer des fonctions gouvernementales de routine, appropriées par le gouvernement fédéral à juste titre ou non, auraient nui à de nombreux citoyens qui n’ont rien fait de mal. Des millions de gens seraient devenus plus pauvres, dans l’impossibilité de recevoir des remboursements d’impôt promis (remboursement de leurs propre argent), d’obtenir l’autorisation pour des prêts au logement (et l’obligation d’obtenir une telle autorisation du gouvernement fédéral n’aurait pas été suspendue) ou même de visiter des « propriétés publiques » dont l’entretien a été immanquablement payé par leurs impôts. Un arrêt fédéral du gouvernement n’aurait pas concrètement réduit la portée et la puissance de celui-ci. Il aurait simplement rendu beaucoup d’Américains plus pauvres en leur refusant toute bribe de leur richesse et la liberté que le gouvernement fédéral aurait autrement daigné leur restituer.

Ainsi, alors que les débats au Congrès — un show concocté par les politiciens pour divertir le public et masquer les enjeux réels –- sont passés de l’augmentation automatique des dépenses à quelques « réductions » dans la masse des augmentations, l’observateur avisé se rend aisément compte que le gouvernement fédéral n’entame aucune réforme de fond. La classe politique fédérale s’est montrée décidément incapable d’adopter des politiques visant à préserver les États-Unis d’une calamité financière et de son cortège de mauvais effets sur la liberté individuelle et la prospérité. Le processus politique fédéral américain n’est pas une voie qui permet d’espérer des avancées sérieuses et de long terme en faveur de la liberté humaine et de sa dignité. Ce qui laisse l’observateur songeur : où peut-on tenter de faire progresser la liberté, la prospérité et la civilisation occidentale ?

Comme cela a été le cas à travers l’histoire, la seule force capable de contrecarrer les déprédations des institutions coercitives a été la technologie. En restituant la capacité de remodeler le monde entre les mains des personnes, la technologie contribue à faire pencher la balance du pouvoir vers les individus et l’écarte de sa concentration au sein d’une même entité, l’État. La révolution industrielle, qui a commencé au 18ème siècle, a mis fin à plusieurs siècles de domination connue sous le nom d’Ancien Régime, une alliance entre les monarques absolus et leurs églises instituées qui écrasaient les individus. La Révolution verte des années 1960 a donné un démenti aux prédictions de surpopulation imminente, de famine, et de guerres incessantes pour les ressources. La révolution de l’information qui s’est accélérée dans les années 1980 a permis au monde occidental de prospérer avec une haute qualité de vie malgré l’immense irresponsabilité fiscale et institutionnelle qui devient aujourd’hui, comiquement, un problème extrêmement épineux. Lorsque d’autres infractions à la liberté politique se produisent, la technologie permet de libérer de nouveaux espaces dans lesquels les individus peuvent s’abriter. Et souvent, la technologie conserve plusieurs longueurs d’avance sur les efforts politiques pour empêcher et limiter son utilisation. Enfin, les possibilités offertes par la technologie déclenchent des changements culturels et comportementaux qui rendent les formes antérieures de coercition moins acceptables aux nouvelles générations. Historiquement, cela s’est déjà produit avec l’esclavage et, plus largement, avec l’institutionnalisation de la discrimination raciale et sexiste.

Le plus grand espoir pour l’avenir est que le progrès technologique poursuive son accélération et que les autorités et les forces de contrôle n’étouffent pas exagérément les innovateurs et réduisent leur capacité à fournir des améliorations au standard de vie des personnes ordinaires. Comme les penseurs l’ont noté depuis Adam Smith, la capacité humaine à créer de la valeur et à s’adapter à la plupart des environnements, mêmes défavorables, est remarquable. Les gens trouvent et développent quelque petites sphères de liberté, de discrétion et de créativité à leur disposition. Mais il y a eu des époques où le régime dominant opprimait le peuple d’une telle façon que cette énergie humaine majeure ne suffisait plus à surmonter les abus de l’autorité. A ce propos, la fin de l’Empire romain, et en particulier l’édit de Dioclétien, viennent instantanément à l’esprit.

Concernant la réalisation des coupes dans le budget fédéral, la rhétorique et la corde raide ne suffiront pas. Une véritable réforme politique n’est garantie que si les motivations des politiciens sont authentiques et valables. Pour un médecin, il ne suffit pas de vouloir la santé du patient. De même, pour un politicien, il ne suffit pas de vouloir la liberté des individus comme objectif. Comme nous avons une maladie politique terrible sur le dos, il faut, pour la guérir, l’équivalent d’une chirurgie méticuleuse et parcimonieuse. L’exécution de mauvais traitements, de même que l’exécution de bons traitements dans le mauvais ordre, pourraient tuer le patient — le peuple américain.

Toutes les fonctions fédérales ne peuvent être raisonnablement supprimées tout de suite, pas même la plupart des fonctions qui seraient considérées comme illégitimes du point de vue de la philosophie libérale ou de l’économie de marché. La bonne façon de réduire le gouvernement fédéral implique de ne faire tomber dans sa chute aucune personne innocente. Par exemple, les allocations chômage ne devraient pas être abrogées avant et à moins que le salaire minimum soit abrogé, ou bien de nombreuses personnes qui sont au chômage à cause du salaire minimum se retrouveront elles-mêmes au bord de la famine. C’est seulement lorsque ces personnes pourront d’elles-mêmes gagner leur vie que le gouvernement fédéral pourra revenir sur le « soutien à la vie » qu’il accorde pour les assister, en dépit des interdictions qu’il impose à leur travail. Difficulté annexe : il est peu judicieux de supprimer le salaire minimum tant que le gouvernement fédéral n’a pas abrogé toute forme d’aides aux entreprises : subventions massives, privilèges spéciaux, ainsi que barrières à l’entrée qui gonflent artificiellement la taille et le périmètre des entreprises les plus liées aux politiques, leur offrant un pouvoir de négociation beaucoup plus grand vis-à-vis de leurs salariés qu’une firme ne pourrait jamais espérer obtenir dans un marché libre.

Au final, pouvons-nous espérer, de façon réaliste, que la classe politique fédérale actuelle puisse emprunter un premier chemin en direction d’un gouvernement limité et d’une société libre ? Ces médecins-politiques tenteront plutôt de tuer délibérément leur patient que d’amasser apprentissage, patience et motivation pour réellement traiter la maladie. Apparemment, le chemin le plus viable est que la technologie puisse porter les jeunes générations vers un avenir meilleur, de sorte que la classe politique n’aura d’autre choix que de traîner les pieds inexorablement jusqu’à ce que des individus plus éclairés prennent graduellement la place.

(*) Gennady Stolyarov II est romancier de science-fiction et philosophe essayiste . Rédacteur en chef de The Rational Argumentator, il vit à Carson City, Nevada.

Article paru dans Le Québécois Libre n° 288 du 15 avril 2011, reproduit avec la permission de l’auteur. Traduction : Barem.

 

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[1] La Transportation Security Administration (TSA) est l’Agence nationale américaine de sécurité dans les transports, créée après les événements du 11 septembre 2001. D’abord rattachée au Département des Transports des États-Unis, elle est désormais rattachée au Département de la Sécurité intérieure des États-Unis, créé en mars 2003.