Le libéralisme est un ensemble de valeurs morales

À en croire le monde de la presse et des médias, seules les personnalités de gauche sont des personnalités engagées

Le libéralisme est un ensemble de valeurs morales

À en croire le monde de la presse et des médias, seules les personnalités de gauche sont des personnalités engagées ; seul un engagement à gauche est digne de ce nom. Les personnalités de droite sont, selon les cas, soit réactionnaires, soit cyniquement pragmatiques ; dans tous les cas, elles n’auraient pas d’idéal à défendre. Mais laissons là ces définitions sommaires à la gauche bien pensante à force de ne plus penser. Certes, trop nombreuses sont les personnalités de droite sommairement réactionnaires, notoirement opportunistes et trop bassement pragmatiques. La quête du pouvoir suppose tant de bassesses et de sacrifices…

Mais, il existe malgré tout un idéal républicain – qui est fondamentalement un idéal libéral – et il a besoin, aujourd’hui plus que jamais, d’être proclamé et défendu. L’idéal libéral, l’utopie libérale méritent cet engagement tant il est vrai que le monde d’aujourd’hui est tout sauf libéral, que peu de pays dans le monde se proclament ouvertement du libéralisme et que, parmi ceux-là, l’État a pris des dimensions tellement imposantes qu’il en vient à se sentir à l’étroit dans sa seule carcasse nationale.

À toutes nos belles âmes et nos professionnels des bons sentiments, qui s’arrogent le monopole du cœur, il faudrait rappeler que Robin des bois, qu’ils récupèrent volontiers comme symbole dans leur combat contre la mondialisation libérale, s’attaquait à un roi illégitime et spoliateur – et donc à l’État sorti de son rôle – pour rendre les richesses ainsi pillées à leurs créateurs et seuls propriétaires légitimes, c’est-à-dire aux contribuables.

Il n’y a pas là de lutte des « puissants » en tant que riches contre les « faibles » en tant que pauvres ; c’est un combat de toujours entre les spoliateurs parasites (les hommes de l’État) et les véritables créateurs de richesses (les hommes libres et responsables). C’est un combat jamais acquis (car la liberté est toujours menacée) entre les « puissants » en tant que détenteurs du monopole de la violence légitime et les « vulnérables » en tant qu’individus protégés par leurs seuls droits que les hommes de l’État ont trop vite fait de bafouer. Il n’y a pas plus grand péril que d’être protégés par ceux qui ont le pouvoir de nous soumettre, que d’être dépendants de ceux qui ont le pouvoir de nous spolier. Et, ne croyons surtout pas que le communisme est mort et que le libéralisme triomphe sur la planète. Non, le libéralisme est loin d’être triomphant (la bêtise triomphe assurément) ; la liberté n’est jamais acquise une fois pour toutes. Les négociations entre États dans le cadre de l’O.M.C. montrent que c’est le mercantilisme qui est triomphant alors même que ce dernier est une négation du libéralisme. Les mercantilistes, parce qu’ils considèrent que l’économie est un jeu à somme nulle (ce que gagne un pays ou un individu est nécessairement perdu par un autre pays ou un autre individu) transposent dans l’économie leur vision antagoniste des rapports politiques. Ce sont eux qui font des échanges une véritable « guerre économique » comme ils transforment la religion en guerres de religions. Pourtant, les arguments protectionnistes n’ont aucune validité si l’on se donne la peine d’aller au fond des choses puisqu’ils reviennent à nous infliger à nous-mêmes en temps de paix ce que nos adversaires chercheraient à nous faire subir en tant de guerre. En effet, comment une armée peut-elle soumettre un pays ou une ville si ce n’est en décrétant le blocus ou l’état de siège qui ont justement pour fonction d’étouffer l’adversaire en interdisant les échanges. Ce protectionnisme imposé de l’extérieur est une arme redoutable, une punition efficace qui conduit à l’asphyxie économique, ce qui prouve bien que son contraire, le libre-échange, est facteur de prospérité.

Imposer le libre-échange n’est pas une punition mais une libération. D’ailleurs, le terme « libre-échange » est un pléonasme puisque l’échange ne saurait être imposé, il ne serait plus un échange. À partir du moment où les gens sont libres, ils échangent… cela ne se décrète pas. Les économistes ont montré que l’échange est un jeu à somme positive car, s’il est justement librement consenti, c’est que tous les protagonistes de l’échange ont un intérêt à échanger. De ce processus dynamique naissent les « harmonies économiques » brillamment analysées par Bastiat. Aujourd’hui comme hier, ce sont les pays riches et protectionnistes – c’est-à-dire les « puissants » – qui imposent leurs normes, leurs régulations, leurs subventions et leurs propres protections alors que les pays pauvres – les « faibles » – réclament le démantèlement de ces systèmes protectionnistes profondément égoïstes et injustes. À l’origine, les accords du G.A.T.T. avaient pour mission de veiller à ce que tous les pays démantèlent leurs propres systèmes de protection puisque aucun ne voulait le faire s’il n’avait pas la garantie que les autres fassent de même. En transformant les accords du G.A.T.T. en O.M.C qui se présente comme une instance de régulation du commerce, les États – et notamment la France qui est à l’origine de cette conversion – ont pris le risque de faire triompher à nouveau le mercantilisme. Et quand le mercantilisme triomphe, ce sont toutes les valeurs du libéralisme qui reculent.

À tous ceux qui ont des doutes sur la vocation morale et humaniste du libéralisme, l’histoire et la science économique montrent que le libéralisme libère et protège les faibles contre les puissants (qui tirent leur pouvoir et leurs privilèges des entraves à la liberté qu’ils établissent pour notre bien…). Et comme les puissants n’ont pas spontanément tendance à mettre en œuvre un tel processus de libération et de libéralisation qui irait à l’encontre de leurs intérêts et privilèges, il faut des institutions fortes pour garantir un État de droit, c’est-à-dire un État respectueux des droits individuels fondamentaux. Un État libéral au sens originel du terme. À tous les croyants qui ont des doutes sur la possible conciliation – ou réconciliation – entre un engagement libéral et leur foi religieuse, l’histoire montre que ce sont les pays communistes qui furent anti-religieux et l’État-providence en France (ou le futur État européen) est un fondamentaliste laïque puisqu’il a justement l’ambition de se substituer à la providence elle-même de la même manière que le communisme avait la prétention d’apporter le paradis en ce bas monde. Comme le croyant qui prend parti pour le « faible », le libéralisme n’est jamais du côté des « puissants », c’est-à-dire de ceux qui détiennent et monopolisent le pouvoir. Plus fondamentalement, pour un croyant, un homme est d’abord un fils de Dieu avant d’être homme ou femme en particulier, patron ou salarié en particulier, riche ou pauvre en particulier. Et, tous les hommes sont les fils de Dieu.

Pour un libéral, un homme est d’abord un individu avant d’être homme ou femme en particulier, patron ou salarié en particulier, riche ou pauvre en particulier. Et tous les hommes sont des individus. Finalement, cette notion d’individu « abstrait » est fondamentale car elle fonde l’État de droit, c’est-à-dire l’État libéral : les lois sont faites pour protéger l’individu « abstrait », c’est-à-dire tous les hommes dans ce qu’ils ont d’universels.

On ne peut pas faire ni des lois de circonstances pour tel ou tel individu concret, ni des lois discriminatoires pour protéger et différencier ainsi telle ou telle catégorie spécifique sans mettre en péril l’État de droit. Et ce principe est tout autant valable sur le plan interne pour fonder l’État de droit, que sur le plan international pour fonder les relations internationales entre les États.