Le joyeux bordel des pensions

Un éléphant se tient là, dans notre salon, et nous faisons semblant de ne pas le voir

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Le joyeux bordel des pensions

Publié le 4 avril 2011
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Un éléphant se tient là, dans notre salon. Et nous faisons semblant de ne pas le voir. Il s’appelle : régimes de retraite.

Aujourd’hui, seul un travailleur québécois sur trois possède un régime de retraite de son employeur. Parmi eux, un sur trois profite d’un régime à prestations déterminées : peu importe si la bourse chute, ces gens reçoivent à la retraite un montant fixe, calculé en fonction de leurs meilleures années de salaire. Pour le reste de leurs jours. Qui sont ces chanceux ? La presque totalité des travailleurs permanents du secteur public. Dans le privé, un travailleur sur cinq profite d’un tel régime « Cadillac ». Souvent dans les très grandes entreprises.

Ça veut dire quoi concrètement ? Par exemple, si la bourse chute, ou que la ville de Ste-Tulipe gère mal son régime de retraite, le policier ou le col bleu de Ste-Tulipe peut dormir tranquille. Car s’il manque de l’argent dans la caisse, le maire de Ste-Tulipe va hausser les taxes municipales, et les citoyens paieront. Ces mêmes citoyens dont deux sur trois ne possèdent aucun régime de retraite.

C’est arrivé l’an dernier à Montréal et à Québec. Les récentes hausses de taxes foncières dans ces deux villes, c’est en grande partie pour renflouer les caisses de retraite des employés municipaux.

Ça risque d’empirer

Dans le dernier budget du gouvernement du Québec, il manque $71 milliards pour payer les prestations de retraite promises aux fonctionnaires. Le gouvernement possède un fonds d’amortissement d’une quarantaine de milliards pour payer cette somme. Sauf qu’il s’agit d’argent emprunté. Ce qui fait que le « trou » des régimes de retraite du gouvernement ajoute à lui seul 71 milliards sur notre dette. Dette que devront payer, je le répète, tous les contribuables — dont deux sur trois ne possèdent aucun régime de retraite.

Et la situation risque d’empirer : croissance économique plus faible dans les années à venir, vieillissement de la population et rendements faméliques des obligations risquent de creuser ces déficits. Au Québec, plusieurs régimes de retraite municipaux sont déjà déficitaires. Au point que les villes s’apprêtent à demander au gouvernement provincial de changer la loi pour pouvoir diminuer les avantages sociaux de leurs futurs travailleurs.

C’est un début, mais ce sera insuffisant. Pour régler le problème, il faudra aussi demander aux employés actuels de contribuer plus. Ou d’accepter de sacrifier une partie de leurs avantages promis – comme les prestations déterminées. Ces derniers ne la trouveront pas drôle, et on les comprend.

Promesses irréalistes

Bon an mal an, seul un Québécois sur quatre cotise à un REER [régime enregistré d’épargne-retraite], selon Statistique Canada. Combien mettent-ils de côté ? De $2.000 à $3.000 en moyenne. Et plusieurs d’entre eux vont manquer d’argent en cours de route, et retirer cet argent avant leur retraite.

C’est à ces gens que l’on va demander de renflouer des régimes de retraite en or ?

Vrai, ce n’est pas l’entièreté des employés publics qui profitent de régimes « Cadillac ». Les employés des Villes de Montréal et Québec, c’est connu, profitent de fonds de pension parmi les plus avantageux. Aussi, les employés du secteur public cotisent à leur régime de retraite toutes les deux semaines, c’est donc leur argent. Mais le problème est que l’on force aujourd’hui le reste des citoyens à payer un généreux filet de sûreté aux employés du public – une assurance tout risque – pendant que ces mêmes citoyens font face au néant à la retraite.

Comme j’ai déjà écrit, les travailleurs de la fonction publique ne sont pas à blâmer. La faute de ce gâchis incombe aux politiciens. On commence à peine à réaliser les conséquences des promesses démesurées faites par ces derniers au fil des ans. Et du joyeux bordel qui s’annonce.

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