Le vrai coût des élections

Les élections sont une sorte d’enchère d’objets volés, organisée à l’avance

Pour plusieurs d’entre nous, le célibat pèse sur le portefeuille. Surtout quand on est « à la chasse ». Les bars, les sorties, les vêtements… Pour certains, séduire coûte cher.

C’est le cas des politiciens. Nous cruiser coûte cher.

Dans une chronique précédente, j’écrivais que nous allions collectivement débourser environ $300 millions pour organiser une autre élection. Qui servira surtout à satisfaire l’égo de nos politiciens. On se retrouvera probablement avec le même résultat qu’aujourd’hui : un gouvernement conservateur minoritaire.

Sans surprise, des commentateurs (qui nous croient plus riches que nous ne le sommes) ont monté aux barricades pour clamer que 300 millions, c’est rien. Du petit change. Surtout pour exercer ce formidable droit de cocher un nom, et de l’insérer dans une petite boîte en carton.

Soit. Mais le véritable coût d’une élection ne se limite pas aux $300 millions qui serviront à payer les préposés au scrutin, la paperasse, louer les bureaux ou rembourser les dépenses des candidats. Nous payerons aussi — et probablement plus — suite aux promesses de toute sorte qui risquent de sortir de la bouche des chefs de parti. On gagne des élections en promettant de dépenser l’argent des autres, pas en jouant à Séraphin.

Une enchère d’objets volés

H.L. Mencken, un des écrivains les plus influents que l’Amérique ait connu, a écrit : « les élections sont une sorte d’enchère d’objets volés, organisée à l’avance ».

Ce n’est pas seulement les cyniques comme Mencken qui mettent en lumière cette tendance. Dans une étude, la chercheuse Geneviève Tellier, de l’université d’Ottawa, démontre que les dépenses publiques tendent à augmenter avant une élection.

« Plus la date des prochaines élections se rapproche, plus les gouvernements, toutes idéologies confondues, sont incités à augmenter leurs dépenses dans le but de favoriser leur réélection », écrit Mme Tellier. Les gouvernements sont aussi attentifs aux sondages, puisque les électeurs votent pour le parti qui leur procure les bénéfices les plus élevés.

Pour les années électorales ayant eu lieu entre 1982 et 2000, les dépenses publiques ont augmenté par rapport à l’année précédente dans 80% des cas.

Mais selon la chercheuse, ces dépenses résultent surtout de la popularité ou non du gouvernement. Moins il est populaire, plus il va dépenser. On note d’ailleurs cette tendance chez les gouvernements minoritaires. « Le budget du gouvernement fédéral a fortement augmenté en raison de la crise économique de 2008. Si le gouvernement conservateur avait été majoritaire, il semble raisonnable de croire qu’il aurait dépensé moins. »

Un p’tit deux sur les dépenses

Cette professeure de science politique me précise toutefois qu’elle serait surprise de voir les conservateurs annoncer des dépenses supplémentaires durant la campagne électorale. « Ils ont travaillé pendant des mois pour concevoir un budget qui pourrait être utilisé comme plate-forme électorale. Les mesures présentées dans leur budget seront celles qui seront utilisées pendant la campagne électorale. »

Nous verrons bien dans les semaines qui viennent.

Pour ma part, je vous parie un p’tit deux que d’ici les élections, les conservateurs auront promis plus de dépenses que ce qu’on retrouve dans leur budget actuellement. Si ça se corse moindrement dans les sondages, je m’attends à ce que les subventions pleuvent, et à voir de belles photos de poignées de main dans les journaux.