Qu’est ce qu’une économie de services mutuels ?

L’économie de services mutuels constitue l’aboutissement de l’intuition de Jean-Baptiste Say

Qu’est-ce que l’homme ? – Qu’est ce que le Droit naturel ?La vie en société fonde-t-elle des droits innés ?Comment passe-t-on de la prédation à l’échange ? – Quels sont les principes d’un droit humain ?

Par Raoul Audouin

La formule « économie de service » a été inventée par des personnes de bonne volonté, mais affligées d’un complexe de culpabilité qui leur a fait choisir cette expression pour l’opposer à une « économie de profit ». Ce ne sera pas notre cas. Le profit et l’enrichissement sont de bonnes choses, pour l’individu et pour la société ; comme le plaisir conjugal et les joies de la paternité sont de bonnes choses pour les époux et les membres de la famille.

Une économie de services mutuels constitue l’aboutissement nécessaire de l’intuition de Jean-Baptiste Say : « Les produits et les services s’échangent contre des produits et des services ». En effet, les produits mêmes ne sont achetés qu’en vue des services qu’en escompte l’acheteur : j’achète un disque pour la musique que j’écouterai, de la même façon qu’un billet pour le concert. Et dans un échange, chaque échangiste se décide parce qu’il juge pouvoir tirer, de ce qu’il acquiert, plus de services que de ce qu’il cède. Cette notion, fondamentale et simple, fournit la clef de toute l’économie de libres contrats.

Parler d’échanges de services, c’est sortir de la fausse opposition entre égoïsme et altruisme. C’est ramener la notion de valeur-travail à sa place limitée de composante du prix demandé. C’est éclairer le rôle de la monnaie par son utilité de tierce marchandise, gage de services rendus ouvrant créance sur d’autres services. L’économie d’échanges, c’est-à-dire de services mutuels librement offerts et acceptés, nous paraît à la fois conforme à l’ordre naturel et au commandement de la charité : si je dois, de mes talents, servir mon prochain, celui-ci doit aussi me servir de ses talents, moi qui suis son prochain.

Qu’il faille savoir dépasser le donnant-donnant, c’est à la fois le prix de notre dignité quand nous sommes forts, et la rançon qui nous libère quand nous sommes désarmés. Qu’il faille dresser des garde-fous contre la malfaisance « trop humaine », c’est le fruit amer de nos fautes et de nos aveuglements. Il est normal de mériter les biens dont on profite, en fournissant à ceux qui nous les procurent une contrepartie, fixée de gré à gré. L’économie d’échanges libres n’est fondamentalement rien d’autre, bien qu’à notre époque cela implique un processus d’une extrême complexité. En ce siècle, l’intelligence des choses a été obscurcie par les idéologies, conservatrice ou révolutionnaire, démocratique ou aristocratique, fidéiste ou positiviste, nietzschéenne ou marxiste…

(À suivre : L’économie n’est-elle pas le champ de bataille des intérêts ?)