Rebelote les stress tests de l’autruche

Alors, quelles leçons avons-nous apprises avec les stress-tests ?

Vous vous rappelez les « stress tests » des banques de l’UE, qui étaient censés déterminer l’état de santé des institutions financières clés dans toutes l’Europe ? Les tests, qui ont été publiés l’été dernier, restent dans toutes les mémoires pour avoir déclaré saines les banques irlandaises. Quelques mois plus tard à peine, deux de ces banques étaient obligées de chercher secours dans les bras de l’État irlandais pour éviter la faillite, forçant du coup l’Irlande à appeler à l’aide elle-même.

Dire que cet épisode a mis en évidence de profonds défauts dans ces stress tests est un euphémisme.

Un problème était clairement qu’ils n’étaient pas assez durs. Les régulateurs ont estimé que les banques n’avaient besoin que de €3,5 milliards de capital frais, à peu près le dixième des estimations qui circulaient alors.

Et maintenant, une nouvelle tournée de stress-tests va commencer et le commissaire européen Michel Barnier vient de nous informer que l’Union Européenne va annoncer la méthodologie utilisée la semaine prochaine.

En novembre, au milieu de tout l’embarras autour de la crise irlandaise, son directeur général Jonathan Faull a déclaré que, la prochaine fois, ça allait être du sérieux. Il a maintenu que la nouvelle tournée serait « exigeante », la Commission poussant pour que les tests évaluent aussi la liquidité des institutions financières, ce qui semble un critère assez fondamental.

Ceci est en fait un exercice extrêmement important. L’Europe ne sortira jamais de son amollissement alimenté par l’euro si ses banques ne révèlent pas pour de bon leur exposition à la dette sous toutes ses formes.

Alors, quelles leçons avons-nous apprises ?

Eh bien, il y a des détails cruciaux qu’on ne connaît pas encore sur les tests, mais les régulateurs n’ont pas inspiré confiance jusqu’ici.

L’autorité bancaire européenne, qui va mener les stress-tests, a déjà déclaré que les vérifications de liquidité (qui ne feront pas partie des stress-tests eux-même mais d’évaluations séparées du risque) « ne seront pas publiées ». Le gouvernement allemand et la Bundesbank ont eux aussi résisté contre la transparence, le ministre des finances Wolfgang Schäuble ayant averti que « pour empêcher que les stress tests ne causent plus de dégâts que de bienfaits, nous sommes disposés à prendre en considération et à discuter quels tests seront publiés et lesquels ne le seront pas« .

Bien sûr, c’est un exercice d’équilibriste délicat. Il est facile de s’imaginer une panique bancaire comme conséquence de stress-tests qui ne seraient pas bons. Mais tenter de cacher le problème n’est pas une solution non plus.

Et nous avons à faire ici à la question la plus sujette à controverse et la plus problématique : une possible restructuration future, suite à un défaut souverain impliquant, par exemple, la Grèce, devrait-elle être un scénario à tester pour les banques ?

Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne, semble dire que non.

L’agence de presse financière MINI suggère que « faire la distinction entre la comptabilité de trading et celle des opérations bancaires pourrait signifier que les tests vont passer à côté des obligations souveraines détenues par les banques, puisque la plupart des obligations du trésor des pays de la zone euro sont détenues dans la comptabilité des opérations bancaires. »

Et c’est critique, parce que la crise de dette et de solvabilité, à laquelle fait face la zone euro, est si intimement liée au destin des banques d’Europe qu’il est impossible de faire la part des choses entre les deux. Clairement, l’une des principales craintes sur un défaut — voire une rupture — de la zone euro, seraient les pertes subies en conséquence par les banques européennes, ce qui à son tour ramènerait l’Europe à la situation de 2008 — ou bien, dans le cas de l’Irlande, 2010. Les contribuables se verraient de nouveau sollicités pour éviter l’effondrement complet du monde financier tel que nous le connaissons.

La leçon du dernier krach doit certainement être que les institutions financières, tout comme les États, doivent planifier pour la pire des éventualités.

Même si les chefs de la zone euro ne croient pas qu’un défaut ou un démantèlement ne soient désirables ou probables, la pire chose qu’ils peuvent faire est de ne même pas l’envisager.

Se contenter de faire passer la patate chaude, ce n’est pas un politique économique. Se mettre la tête dans le sable non plus.

Repris du blog d’Open Europe avec l’aimable autorisation de ses responsables.