Pour DSK, le socialisme, c’est kromeugnon

Dominique Strauss Kahn (Crédits : FMI, licence Creative Commons)

DSK se présenterait donc. Et son slogan est déjà tout trouvé : le socialisme, c’est kromeugnon !

C’est décidé : DSK sera candidat. Enfin, bon. Peut-être. Ah, y’a de quoi se tâter. Il hésite. Et puis non, il ne voudrait pas bousculer Martine, sa copine. Mais bon, tout de même : il y a une vraie opportunité… Alors, DSK rôde et s’approche, sans avoir trop l’air de s’y mettre, mais sans non plus laisser supposer qu’il n’en serait pas. Des fois que…

Et c’est donc tout en subtilité de raminagrobis que Dominique se rapproche doucement de mai 2012.

D’un côté, il est, officiellement tout du moins, toujours patron du FMI et ne peut, à ce titre, montrer trop d’empressement à venir se mêler de politique en France, faisant ainsi passer sa charge (fort bien rémunérée) en second plan. Il a déjà été rappelé à l’ordre pour avoir trempé le biscuit de façon fort peu discrète et pas assez anglo-saxonne ; nul doute que se lancer dans les présidentielles françaises maintenant le conduirait à prendre rapidement la porte, et fini les gros chèques de fin de mois.

De l’autre, … de l’autre, il n’en finit pas de savourer des sondages équivoques qui, s’ils ne permettent pas de déterminer avec précision sa popularité, lui donnent en tout cas une importance notoire dans le paysage politique français, et par conséquent chez les politiciens officiellement socialistes.

Et lorsqu’il passe par Paris, il s’empresse de le faire savoir et débarque, tout guilleret, sur les plateaux d’une télé d’état déjà toute acquise à sa parole.

DSK

Le pas-encore-candidat se sera donc fendu à de gentilles questions d’un journaliste dégoulinant — mon écran en est encore tout moite — de quelques réponses sur le mode « J’aime retrouver les Français« , qui a le bon goût de ne froisser personne même si les quelques Français qu’il retrouve dans les salons feutrés de la République sont tout sauf typiques.

On apprend ainsi qu’au FMI, il s’occupe « des problèmes des gens« . On ne saura pas s’il se charge de les résoudre ou plutôt d’en créer, encore qu’à voir l’état général de l’économie mondiale, on peut raisonnablement penser qu’il fait un travail décent d’innovations pour ne pas tomber à cours d’occupations.

En tout cas, dans sa courte interview, notre petit Dominique (de moins en moins petit, d’ailleurs, l’homme gonfle autant que son salaire, semble-t-il) ne nous aura épargné aucun atermoiement sur les difficultés que traversent, justement, ces gens qui subissent cette crise qu’il turbine à étendrerésoudre.

Eh oui : la crise, auparavant financière, s’est transformée en économique et, nous tartine-t-il en couches épaisses avec de vigoureux geste de poignet, elle reste maintenant dans une phase sociale. Comme d’autres à l’oreille des chevaux, il explique susurrer à l’oreille des guignols à mandats pour leur expliquer qu’il faut absolument faire plus de social, pour aider tout le monde avec l’argent gratuit que lui, avec Jean-Claude (de la BCE) et Ben (de la Fed) mettent à disposition pour ceux qui en demandent.

Point cependant parfaitement éclairant, Strauss-Kahn explique cependant que l’Europe et la France sont plus touchés que les autres parties du monde ; il décrit ainsi l’envie d’avancer qu’on ressent dans plusieurs grands pays émergents qui sont pourtant marqués par une très forte disparité des classes sociales, et, a contrario, l’absence quasi-pathologique de volonté et de désir des Français. On ne peut lui donner tort : s’il y a bien une caractéristique de la France actuellement, c’est cette absence mûrement acceptée de toute pétulance dès qu’il s’agit d’aller au travail, de s’en créer un, de fournir des efforts créatifs ; et lorsqu’on sait que toute tentative d’un tel entrain sera durement écrabouillée par les pantoufles moelleuses mais gigantesques et lourdissimes de l’Etat, on comprend que le citoyen s’est fait à l’idée de morosité ambiante.

Mais rassurez-vous : après ces quelques secondes de lucidité, Dominique, en pleine descente de sevrage et sentant que la réalité n’est subitement plus aussi bisounours que d’habitude, reprend bien vite une dose de sociaïne ; dans une belle lancée, il admet alors qu’il faut que, tout comme les individus, les états s’astreignent à des finances bien gérées, et que, pour ce faire, rien ne vaudrait un bon gros bouillon de relance keynésienne et de grands travaux au niveau européen. Chouette idée, ça, les grands travaux, non ?

Qu’on financeraient par l’emprunt, je suppose.

Oui : il faut avoir des finances saines, et reprendre une dose d’emprunts et de keynésianisme.

C’est ce même homme, le patron du FMI, qui prétend donc y connaître quelque chose en économie, qui, sur la pointe des pieds, se prépare à poser sa candidature pour les présidentielles de 2012, qui, dans un même souffle, nous explique tout ça. Ébouriffant, non ?

Mais le mieux, c’est finalement le petit slogan, quasiment en sorte de conclusion, dont nous gratifie le patron du FMI : pour lui, « Le socialisme, c’est l’espoir, l’avenir, l’innovation. »

En tout cas, si l’on doutait qu’il allait se lancer dans le jeu ridicule des présidentielles, on a maintenant confirmation ; il a même préparé, avec son crayon HB sur un petit calepin aux rayures seyès, un petit bout de langue légèrement sorti et le front plissé sous l’effort de concentration, toute une batterie de gentils slogans qui permettront de rendre le socialisme plus doux, plus joli, plus sympa. Sur les premières lignes, on peut sans doute lire « Le socialisme, c’est kromeugnon », biffé car jugé trop jeune, sans doute… Et, un peu plus bas, le fameux socialisme équivalent à l’espwâr, l’avenir et l’innovation.

Et là, si on l’ajoute au reste de ses envolées lyriques, ça fait tout de suite froid dans le dos.

L’espoir serait donc le socialisme dans lequel on baigne pourtant depuis plus de trente ans ?

L’avenir, ce serait ce socialisme qu’on n’arrête pas d’appliquer, à dose plus ou moins fortes, dans toutes les strates de la société, de la commune à la nation en passant par le département, la région et toutes les antennes sociales, médicales, administratives et bureaucratiques ?

L’innovation, ce serait cette recette poussiéreuse, qui a été appliquée avec le succès qu’on connaît dans des douzaines d’endroits qui travaillent encore à s’en remettre ou continuent de s’y enfoncer ? Ce serait cette idée délétère qu’on ressort en France à toutes les occasions, pour tenter de sauver un système qui survit depuis plus de soixante ans en assurant le vol des uns par les autres, qui s’avachit lentement sous son propre poids ?

Oh, oui ! Chic alors, DSK se présente !

Mais qu’il soit élu ou non, vraiment, ce pays est foutu.
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