Krach tombe à plat

Le documentaire Krach prétend expliquer les causes de la crise économique mondiale

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Krach tombe à plat

Publié le 4 février 2011
- A +

Le Journal de Montréal, p. 27, Nathalie Elgrably-Lévy, 3 février 2011

Le documentaire Krach, produit par la Société Radio Canada, prétend expliquer les causes de la crise économique mondiale. Selon le synopsis, Krach est « l’histoire de banquiers qui ont mené le monde à la ruine, de leaders qui ont lutté pour le sauver et de gens ordinaires qui ont tout perdu ». Le ton est donc donné.

J’ai visionné attentivement les trois premiers épisodes. Le documentaire serait excellent… si on pouvait faire fi des demi-vérités, des erreurs, des omissions, des a priori non fondés et, surtout de l’absence d’analyse économique sérieuse.

Le documentaire explique que la crise a pris naissance dans le secteur de l’immobilier, car dans un contexte de taux d’intérêt bas et de réglementation minimale, les banquiers, aveuglés par le profit, accordaient des prêts hypothécaires sans se soucier de la solvabilité de l’emprunteur. Bien que fort populaire, cette explication est toutefois bancale : si les banquiers sont cupides, n’auraient-ils pas dû plutôt refuser de prêter des fonds à des clients insolvables et ainsi éviter de perdre leur argent ? C’est pourtant ce qu’ils avaient toujours fait, et c’est logique. Alors, pourquoi ont-ils adopté un comportement exactement à l’inverse de cette habitude ?

Krach ne peut prétendre identifier les véritables architectes de la crise sans répondre à cette question.

Le documentaire se devait donc de préciser que les banques étaient soumises au Community Reinvestment Act, une loi américaine leur interdisant de décliner les clients à risque. Il se devait également de souligner que les taux d’intérêt ridiculement bas étaient l’oeuvre de la Réserve fédérale qui avait délibérément inondé le marché de liquidités dans le but d’inciter à la consommation. Mais surtout, il se devait de souligner le fait que si les banques prêtaient sans discernement, c’était essentiellement parce que l’État garantissait les prêts insolvables par l’entremise de Fannie Mae et Freddie Mac, deux sociétés créées par le gouvernement américain et qui avaient pour mission de permettre l’accès au crédit aux clients à risque.

Le documentaire accuse également la déréglementation du secteur financier. Par contre, à aucun moment n’est-il précisé de quelle déréglementation il s’agit. Et pour cause ! Aucune déréglementation majeure n’a eu lieu. Certes, il y a eu la suppression graduelle du Glass-Steagall Act, une loi de 1933 imposant la séparation entre les banques de dépôt et les banques d’investissement.

Or, comment cette déréglementation aurait-elle bien pu causer la crise puisqu’elle ne faisait que concéder aux banques américaines les mêmes droits que ceux dont jouissent leurs rivales européennes ou canadiennes ?

En revanche, il y a eu le Sarbanes-Oxley Act, une loi américaine adoptée en 2002 et imposant de nouvelles règles relatives à la comptabilité et à la transparence financière.

Et que dire des budgets alloués aux agences de réglementation – budgets qui augmentent depuis plus de 20 ans – et des 12.000 fonctionnaires payés pour faire respecter des centaines de milliers de pages de réglementation dont les marchés financiers font l’objet ?

À plusieurs occasions, Krach déforme la réalité. Par exemple, lorsqu’il rend la crise responsable de la faillite de GM alors que les déboires financiers du constructeur sont légion depuis plus de 20 ans. Ou alors, lorsqu’il dénonce la construction du plus haut édifice du monde à Dubaï, alors que ce projet ne présente aucun lien avec les subprimes.

Selon la sagesse populaire, il ne faut pas croire tout ce qu’on voit à la télé. C’est particulièrement vrai pour Krach. Le documentaire est visuellement agréable. La réalisation est impeccable et le scénario, habilement conçu. Dommage qu’il désinforme en escamotant l’essentiel et en privant le téléspectateur d’une analyse économique honnête et rigoureuse!

Voir les commentaires (4)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (4)
  • Excellente synthèse.

  • En effet, difficile d’en dire davantage sur les causes de la crise en aussi peu de mots.

  • Ca fait longtemps qu’il est sorti ce film, non ? Espérons qu’il ne fera pas trop de dégâts en terme de désinformations…
    Malheureusement tout cela est déjà bien ancré dans la tête des gens, grâce à nos chers médias. L’autre jour encore je discutais avec un type en lui expliquant entre autres que le problème des taux venait de la FED, et il me soutenait que… La FED était justement le principal acteur de la dérégulation. Snif…

  • L’image est l’affiche du film « Krach », l’article traite d’un documentaire ayant le même titre.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Donald J. Boudreaux.

Les attitudes et les opinions de la soi-disant élite d'aujourd'hui - ces formateurs d'opinion publique que Deirdre McCloskey appelle "la cléricature" - sont infantiles. La plupart des journalistes et des essayistes travaillant pour la majorité des grands médias et des entreprises de divertissement, ainsi que la plupart des professeurs et des intellectuels publics, pensent, parlent et écrivent sur la société avec la perspicacité d'un enfant de maternelle.

Cette triste vérité est masquée par la seule carac... Poursuivre la lecture

Les drames aux urgences hospitalières rebondissent avec le retour massif des malades non covid. En 2019 les services d’urgences connaissaient déjà la crise la plus grave depuis ces 10 dernières années, avec plus de 25 000 000 passages par an.

Il n’était pas rare de rester 12 heures sur un brancard avant d’être pris en charge. Désertées par les malades paniqués par le covid pendant la pandémie elles connaissent un nouvel afflux alors que 20 % des lits sont fermés faute de personnels.

La liste des hôpitaux en difficultés est longue <... Poursuivre la lecture

Par Philbert Carbon. Un article de l'IREF Europe

Il y a un an nous nous penchions sur ce que nous préparait l’Union européenne-nounou pour nous empêcher de mourir en réglementant et taxant davantage l’alcool, le tabac et le sucre. En matière d’alcool, une nouvelle offensive est menée par Véronique Trillet-Lenoir, député européen de la République en marche (LREM), qui a rédigé un rapport dans le cadre de la commission spéciale sur la lutte contre le cancer (BECA) du Parlement européen. Sur la base de ce rapport, le Parlement de Strasbou... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles