Krugman vs. Murphy

Débat opposant le keynésianisme à la théorie autrichienne des cycles économiques

L’économiste Robert Murphy mène présentement une campagne afin de convaincre Paul Krugman de lui accorder un débat opposant le keynésianisme à la théorie autrichienne des cycles économiques (ABCT). Paul Krugman a en quelque sorte répondu à Robert Murphy dans un article publié sur son blog la semaine dernière. Murphy a ensuite publié une réplique sur le site du Mises Institute, laquelle je trouve trop longue, mais qui résume quand même bien l’ABCT et certaines des nombreuses erreurs commises par Krugman. Je vous propose donc une réponse plus concise (et en français) aux questions et objections soulevées par Krugman dans sa réponse à Murphy.

1) Si l’inflation est causée par une trop grande quantité de monnaie pourchassant trop peu de biens, pourquoi est-ce que les récessions ne sont-elles pas associées à une accélération plutôt qu’à un ralentissement de l’inflation alors que l’offre de biens diminue ?

Krugman démontre ici sa méconnaissance totale de l’ABCT. Les boums générés par l’expansion du crédit finissent par créer de l’inflation. Par la suite, la banque centrale intervient pour contrer l’inflation excessive en augmentant les taux (i.e. en resserrant l’expansion du crédit). Cela déclenche alors la contraction, les emprunts sont remboursés ou radiés, la masse monétaire diminue et la déflation s’installe. C’est exactement ce qui s’est produit durant toutes les récessions américaines depuis la création de la Federal Reserve, sans exception. En quoi est-ce contraire aux prévisions de l’ABCT ?

2) Pourquoi est-ce que quand les banques centrales décident de ralentir l’économie, l’économie obéit et ralentit ?

Encore une fois, ce phénomène est tout à fait en ligne avec l’ABCT. Lorsque la banque centrale ralentit l’expansion de la masse monétaire, les taux d’intérêt se mettent à augmenter et les mauvais investissements faits durant le boum sont révélés au grand jour. C’est exactement ce que l’ABCT prévoit.

3) Quelle preuve y a-t-il que la capacité de l’économie est endommagée durant les boums ?

Autrement dit, Krugman nie l’existence des « mauvais investissements » déplorés par les Autrichiens. Donc, le gigantesque gâchis immobilier n’est pas un mauvais investissement à ses yeux ? Le chômage plus élevé dans les États où la bulle immobilière a été la plus sévère ? Le taux chômage le plus élevé dans la construction que dans toute autre industrie ? Le chômage plus élevé dans la fabrication de biens durables que dans la fabrication de biens non-durables ? Et tous ces emplois créés dans la construction et qui sont maintenant désuets, alors que ces gens auraient pu intégrer le marché du travail dans un secteur plus sain ? Et toutes ces ressources gaspillées dans la construction qui aurait pu servir à améliorer le capital productif de l’économie ?

Ces éléments vont tous dans le sens de l’ABCT et, à l’opposé, sont inexpliqués par le keynésianisme.

D’autre part, dans un article paru le 25 janvier, Krugman ajoute à son palmarès de bourdes monumentales en tentant d’expliquer pourquoi la politique monétaire expansionniste de la Fed ne serait pas une forme de subvention aux banques.

Krugman nous explique qu’en effet, les taux à court terme sont près de 0% en raison de la politique monétaire. Cependant, si les banques empruntent à près de 0% pour investir dans les obligations de 10 ans du gouvernement, celles-ci obtiendront un profit sur le différentiel de taux, mais réaliseront une perte en capital si les taux à long terme augmentent. Il n’y a donc pas d’opportunité pour les banques de faire du profit sur le dos de la Fed.

Ceci étant dit, Krugman oublie que les banques ne font pas qu’acheter des obligations du gouvernement. Elles font des prêts, elles financent des positions spéculatives sur divers marchés et elles investissent dans d’autres titres que les t-bonds. Je veux bien croire que la structure temporelle des taux puisse être efficiente, ce qui restreindrait les possibilités d’arbitrage, mais lorsqu’on emprunte à 0% dans un contexte où les réserves bancaires sont en hyper- abondance pour prêter à 5% pour une hypothèque et 25% pour une carte de crédit, y a-t-il vraiment quelqu’un d’assez stupide pour prétendre que ce pari ne sera pas payant ? Évidemment, la Fed prête à très court terme alors que les banques investissent l’argent à plus long terme. Ceci étant dit, il faudra tout un revirement de situation pour que les banques sortent perdante de ce genre de position.

En outre, Krugman oublie de considérer un scénario à la japonaise dans lequel les taux d’intérêt à long terme baisserait plutôt que de monter, ce qui permettrait aux banques de réaliser de gros profits en détenant des t-bonds. Ensuite, Krugman oublie de considérer le Quantitative Easing. La Fed utilise de la nouvelle monnaie pour acheter des t-bonds des banques à fort prix, leur permettant de réaliser un gros profit. N’est-ce pas une subvention ?

Environ 100% des commentateurs de cet article (dont plusieurs sont pro-Krugman) n’en reviennent pas et s’oppose fortement à Krugman sur ce point. Malgré ma déjà très faible opinion de lui, je ne le croyais pas aussi simplet !

Même si je ne suis pas un grand fan de Murphy, je pense que Krugman se ferait démolir dans un débat direct avec lui. En fait, j’aimerais bien qu’ils s’adonnent à un débat écrit comme l’avait fait Keynes et Hayek il y a quelques décennies… mais Krugman n’a rien à y gagner et tout à y perdre et il le sait très bien, donc on peut oublier ça.