Fusillade à Tucson, Arizona

Premières écœurantes récupérations politiques de ce drame

Une parlementaire démocrate américaine, Gabrielle Giffords, a été hospitalisée dans un état grave ce samedi après une fusillade qui a fait six morts lors d’un rassemblement politique en Arizona, provoquant un choc dans le pays. Arrêté sur les lieux, le tireur, Jared Lee Loughner, manifestement déséquilibré, a 22 ans, est connu des services de police et possède des antécédents judiciaires.  Il a tenté, sans succès, d’intégrer l’armée et été suspendu de son lycée l’an dernier, la direction exigeant une autorisation psychiatrique prouvant qu’il n’était pas un danger pour autrui. Par ailleurs, après avoir révélé qu’elles recherchaient une deuxième personne, suspectant que  Loughner n’aurait pas agi seul, les autorités ont arrêté et puis remis en liberté sans charge le suspect qui apparaissait sur un enregistrement vidéo et qui s’est avéré être simplement le taxiste qui amena Loughner sur la scène du crime. Parallèlement, les enquêteurs ouvrent une nouvelle piste qui conduirait vers des groupes antisémites (Giffords est juive).

Tels sont les premiers éléments d’enquête sur ce drame. Malheureusement, comme c’est souvent le cas dans ce genre de lamentable affaire aux États-Unis, on voit déjà les premières réactions présumées indignées – mais surtout écœurantes – de personnes qui tentent de récupérer politiquement ce tragique événement.

Ainsi la première réaction, aux États-Unis, de la blogosphère démocrate a été de rendre responsable les républicains pour leur rhétorique, de désigner Loughner comme un taré de droite (« right-wing nut »), de lancer ses attaques contre Sarah Palin, parce qu’elle avait inscrit Gabrielle Giffons dans la liste des objectifs à atteindre lors des dernières élections, et, dans la foulée, d’accuser le mouvement populaire du Tea Party d’engendrer ce genre de dément. Et là, on ne parle pas de Tartempion s’exprimant sur son blog personnel, mais bien de personnages comme Paul Krugman, Brad DeLong, Andrew Sullivan, etc. Ou du shérif démocrate du comté, Clarence Dupnik, en charge de l’enquête qui dès samedi a lancé la charge en décrivant l’Arizona comme La Mecque du racisme et de la bigoterie.

Alors repassons certains points de l’accusation.

Tout d’abord, il est plus que difficile de relier Jared Loughner aux républicains ou même au mouvement du Tea Party dès lors qu’un de ses livres préférés se trouve être le Manifeste du parti communiste de Marx (de même que Mein Kampf) ou qu’il approuve sur Youtube une vidéo montrant quelqu’un brûler la bannière étoilée. Quand ces éléments ont été connus, les démocrates ont dû baisser d’un ton et admettre que, de fait, ce dément criminel ne devait pas être « de droite ». Au contraire, selon plusieurs de ses anciens condisciples, Loughner se considérait comme un radical de gauche.

En ce qui concerne l’accusation faite à Sarah Palin, elle consiste en un graphique qu’elle avait mis en ligne lors des dernières élections, où elle indiquait les États où rien n’était joué et où il fallait concentrer les efforts de la campagne électorale. Un de ces objectifs était l’élection où participait Gabrielle Giffords. Sur le graphique, ces objectifs de campagne étaient visualisés sous la forme du viseur d’une arme.

Sans entrer dans le stérile débat de savoir s’il est approprié ou non d’employer ce genre de symbolique pour indiquer des objectifs politiques, on peut néanmoins signaler la parfaite hypocrisie de ceux qui poussent des cris d’orfraies à ce sujet alors que les démocrates firent exactement la même chose du temps de Bush. On voit donc que les deux grands partis américains usent des mêmes tactiques graphiques et de la même rhétorique belliqueuse pour entraîner leurs partisans.

Enfin, le ridicule semble avoir été atteint avec l’ancien économiste reconverti dans la politique, Paul Krugman, lorsque dans sa première réaction a été d’insinuer que la tentative d’assassinat sur la représentante démocrate faisait partie d’un complot ou avait été inspiré par les opposants au plan de réforme des soins de santé d’Obama.

La tuerie de Tuscon.