HADOPI : des récompenses pour un échec cuisant

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Récompenser les coupables, punir les innocents, gaspiller de l’argent public sans compter : HADOPI est une réussite !

HADOPI, c’est un projet informatique typique, avec les sept étapes qui permettent de caractériser la bonne grosse foirade dispendieuse dont le contribuable et le citoyen se souviendront longtemps sur leur facture tri-annuelle à entête du Ministère des Finances. Souriez, vous êtes taxés.

Pour rappel, les sept étapes sont les suivantes :

1. l’enthousiasme
2. la découverte des difficultés
3. la confusion
4. les responsables se défilent
5. la recherche des coupables
6. la punition des innocents
7. la récompense des derniers arrivés qui n’ont rien fait sur le projet.

    Je n’aurai pas besoin de passer chaque étape en revue, on se souvient déjà fort bien de chacune d’entre elles, celle de la confusion ayant été assez longue, et la retraite en rase campagne des Albanel et autre Donnedieu de Vabre illustrant parfaitement l’étape 4. Pour les étapes 5 et 6, l’intérêt de la HADOPI aura été d’avoir industrialisé le processus, ce qui permet de faire participer au projet un nombre considérable de personnes (plus de 100.000 nous pipeaute-t-on vigoureusement).

    Arrive donc à présent l’étape 7. Et là, je dois dire que les pignoufs qui nous gouvernent et crament notre argent dans la plus parfaite désinvolture ne se seront pas retenus. Non seulement, on va récompenser, mais on va le faire en grandes pompes (à talonnettes), avec Légion d’Honneur et tout le bastringue : la présidente de la Haute Autorité Destinée à Observer les Petits Internautes s’est vue décerner la Légion d’Honneur.

    Logo HADOPI : haute autorité destinée à observer les petits internautes

    Pour rappel, le hochet récompense les mérites éminents rendus à la nation. Je dis « hochet », car ce qui fut jadis une distinction pour des actes de bravoure, d’honneur ou de prestige en faveur de la nation, est devenu ces dernières années un vague colifichet qu’on épingle à sa boutonnière pour impressionner la bourgeoise dans des réceptions d’ambassadeur où, de restrictions budgétaires en erreurs de castings, on n’en est à distribuer du Banga (et des boules de choco) à la place du champagne et du caviar.

    Avec l’arrivée de Sarkozy, c’est même devenu une marque douteuse, comme celle de la Bête, où celui qui la reçoit se retrouve dans la délicate position de ne pas trop pouvoir en faire démonstration (sauf si, benêt qu’il est, il n’a pas compris qu’il s’est fait entuber).

    On pourrait croire qu’avec cette distribution, l’Etat aurait suffisamment marqué son plaisir d’avoir claqué 12 millions dans une institution totalement inutile dirigée par des incompétents notoires. Eh bien non : Sarkozy va plus loin que trop, et nomme conseiller à l’Elysée Olivier Henrard, le juriste architecte de la bouse législative aboutissant à la création de ce nouveau fromage républicain.

    Non seulement, ses petites mictions juridiques nous coûtent un pont tous les ans, mais en plus, il va continuer à sévir plus près de son maître en attendant, sans doute, un autre poste dans un autre fromage. Et si je dis « sévir », c’est en l’occurrence parce que le gars Oliv’ va travailler — d’arrache-pied, on en est sûr — à la prochaine mutation du zombie hadopiteux : la version 3 de la loi est en effet dans les cartons comme on avait pu s’en douter à la suite du douteux repas organisé entre Sarkozy et des alibis numériques.

    Bref : tout se déroule exactement comme prévu. Ceux qui n’ont participé que de loin au projet, ou qui s’y sont mouillés en dernier reçoivent les lauriers, et les besogneux artisans de la catastrophe pourront continuer de punir les innocents en toute tranquillité. Et ce, d’autant plus que la pauvre Autorité montre tous les signes d’une zombification avancée : morte avant d’avoir réellement pu servir, déjà dépassée, ne fonctionnant mécaniquement plus que sur des spasmes réflexifs sans aucune intelligence, l’institution avance, aveugle et bête, sur des chemins numériques de plus en plus petits et de moins en moins fréquentés.

    Hadopi Of The Dead

    Tout se passe comme si le zombie parcourait, direction le désert, la lande décharnée et battue par les vents de la solitude du P2P, pendant que la population vivante, celle qui dispose encore de son cerveau en parfait état de marche, courait dans l’autre sens, vers les steppes lumineuses et herbeuses des échanges par newsgroup et autres tunnels VPN.

    Car en effet, à mesure que les quelques lettres de rappel à la loi tombent péniblement dans des boîtes mails de grands-pères connectés à l’internet par de facétieux petits-enfants, les abonnements VPN (réseaux privés sécurisés) et aux newsgroup binaires explosent.

    Autrement dit, HADOPI, la pauvrette, vient à peine de se remettre de ses rocambolesques aventures de distribution de pourriels qu’elle est déjà frappée d’obsolescence.

    Le combat contre le piratage et les méchants L33t H4x0Rz qui pompait du film de tous les côtés est à peine engagé que, pouf, déjà, il est perdu. Je le redis, c’est assez triste comme ça : le contribuable a donc été forcé de dépenser 12 millions d’euros, 12 putain de bordel de millions d’euros, pour payer une bande de clowns incompétents infoutus d’envoyer 100.000 mails en 6 mois (ça fait 555 mails par jours, nom d’une pipe en bois), pour essayer de contrer un crime imaginaire pendant que les industries concernées explosent des records de bénéfice.

    Et le pompon de cette absurdité coûteuse est qu’en ayant vaguement montré une velléité d’agir en pure perte et sans rien connaître du domaine (une des caractéristique de l’action politique, du reste, et une définition de celle de Sarkozy, en particulier), on a simplement forcé les utilisateurs à escalader dans la course aux armements : tous sur VPN.

    Le souci, c’est qu’une fois les échanges passés sur ce genre de tunnels, il va être très très très difficile, voire impossible, de trouver une parade, sauf, bien sûr, à transformer la France, pays des droits de l’homme, de la liberté d’expression et de la dette étatique abyssale, en petite Chine, avec une recherche importante dédié au Deep Packet Inspection, ce qui promet encore de grands moments de rigolade technoïde.

    Là où, finalement, la France aurait pu choisir d’accompagner les changements numériques de l’industrie de la culture, éventuellement en aidant les principaux acteurs à trouver un terrain d’entente ou, mieux encore, en laissant le marché se dépatouiller seul, obligeant ainsi les majors à changer leur business model antédiluvien, l’Etat aura choisi l’intervention brouillonne, ridicule et incompréhensible, menée par des ânes et des incompétents, complètement hors tempo, le tout, à grand frais et sans la moindre concertation avec les principaux intéressés.

    A la réflexion, c’est … business as usual.
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