L’Europe contre l’euro

De plus en plus de désillusion sur l’ensemble du grand projet euro

Bon, nous n’en sommes pas encore là. Mais ceux qui pensent – et il y en a – qu’émettre des réserves sur le futur de l’euro est quelque chose qui n’existe que parmi les députés conservateurs britanniques du genre « je vous l’avais bien dit », ferait bien de jeter un coup d’oeil à un journal en Europe de temps en temps.

Bien que le ton et le point focal des critiques varient – en fonction des attitudes dominantes sur l’Europe dans les divers pays – les médias dans toute l’Europe sont clairement en train d’exprimer de plus en plus de désillusion sur l’ensemble du grand projet euro. Et c’est le contraire qui aurait été étonnant.

Un billet d’opinion dans Expansión, le quotidien économique sspagnol, avançait l’argument suivant :

« Le prochain pas prévisible est que les autres pays de la périphérie de l’Europe, dont le bien-être est remis en question, vont s’interroger sur la légitimité d’un corps supranational qui a très peu de contrepoids démocratiques et qui impose du sang et des larmes. »

Un billet d’opinion du correspondant à Bruxelles du quotidien espagnol La Razón, Jorge Valero, intitulé La douce décadence de l’Europe, nous dit :

« La lente sortie de récession, par rapport aux États-Unis et aux économies émergentes, a révélé des zones d’ombre, des déséquilibres et des contradictions dans le joyau de la couronne de l’utopie Européenne : l’euro. »

Passons en France, où un article de commentaire du Figaro nous dit :

« Le domino grec est tombé au printemps dernier, le domino irlandais oscille depuis quelques jours. Le domino espagnol suivra, avec le domino portugais. Tout cela est très triste pour les experts qui ont conçu la zone euro et qui l’ont mise en pratique, en poursuivant une politique monétaire souvent absurde qui a conduit au ‘génocide’ de notre industrie. »

Un éditorial des Échos note :

« Dublin a besoin du même montant qu’Athènes… pour un pays presque trois fois moins peuplé. Après la crise irlandaise, l’Europe va devoir revoir ses critères pour l’évaluation de ce qui constitue une politiques économique saine. Et travailler avec l’idée que, si la folie publique peut atteindre un plafond, le délire privé peut aller encore plus loin. »

En Allemagne, la une du Handelsblatt d’hier portait le gros titre : « La prochaine Irlande s’appelle le Portugal », et un article dans le même journal notait que la crise actuelle a « une fois de plus révélé la société à deux étages de l’eurozone. » Un article du Frankfurter Allgemeine Zeitung sonnait un avertissement contre « la logique bizarre des sauvetages » selon laquelle, comme on a accordé un renflouement à l’Irlande, « il n’y a plus de souci à se faire sur l’Espagne et le Portugal ».

Dans le Handelsblatt d’aujourd’hui, un article de commentaire avance l’argument suivant :

« Quant à savoir si nous pouvons sauver l’euro, on peut se poser la question. Ce qui est sûr, par contre c’est que nous sommes devenus des fossoyeurs en poussant les pays en crise dans une camisole de force. »

Comme nous l’avons dit dans un billet précédent, Dorothea Siems a exprimé, dans Die Welt hier, des vues corsées :

« L’aventure euro court le risque de rencontrer une fin terrible. L’Allemagne doit rendre clair où se trouvent les limites de ce qu’elle peut supporter. Parce que l’euro n’est pas un but en soi. L’Europe est beaucoup plus que juste la zone Euro. Non pas à cause des jeux de pouvoir nationaux, mais du fait du sens de la réalité. Le futur de l’UE ne devrait pas être rendu dépendant de l’euro, simplement pour la raison de ne pas vouloir faire de mal à l’unité européenne pour le long terme. »

Plus au Nord, un article d’analyse du quotidien Suédois Svenska Dagbladet notait :

« Ca a pris six mois aux marché pour se rendre compte que le remède miracle contre la crise de la dette, prescrit par les docteurs de l’UE au printemps, n’est en fait que de l’eau gazeuse sans valeur. »

Une colonne d’opinion dans le journal hongrois Magyar Nemzet disait quant à lui :

« La zone euro, que la plupart des États d’Europe centrale voulait rejoindre, marche maintenant en direction de l’incertitude… Jusqu’ici, les exigences pour adopter l’euro pouvaient être esquivées sans punition et désormais [tous les pays de la zone euro] en subissent les conséquences. »

Dans le même temps, le magazine hongrois HVG rapportait les propos du premier ministre hongrois Viktor Orban qui disait que la Hongrie « est contente de ne pas être dans la zone euro. »

Un article du Blog d’Open Europe repris avec l’aimable autorisation de ses responsables.