La revanche de la société civile

…sur l’État providence

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Etat Providence Ewald (Crédits : Grasset, tous droits réservés)

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La revanche de la société civile

Publié le 2 novembre 2010
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En 1980. Margaret Thatcher affirme : « La société n’existe pas, il n’existe que des individus. »[There is no such thing as society]

2010. David Cameron, son successeur, lui aussi conservateur, lance un vaste programme intitulé : « The Big Society ».

L’argument est à peu près le suivant : il y a en Grande-Bretagne trop d’individus et pas assez de société.

L’Etat, par son omniprésence, a détruit la société. Il lui appartient désormais de la reconstruire, d’encourager les individus à s’associer, s’organiser pour prendre leurs affaires en mains, et pour cela de soutenir financièrement les bonnes initiatives.

Recréer une « société civile » serait donc la tâche de l’Etat en ce début de XXI e siècle. Un programme qui, pour nous Français, n’est pas sans rappeler celui qui a présidé, il y a deux siècles, à la rédaction du Code civil : « Civiliser une société que la Révolution avait par trop politisée. » Quel fut l’instrument essentiel de cette « civilisation » ? L’institution de la famille.

Comment expliquer qu’on en soit arrivé là ?

Aujourd’hui, dans les sociétés occidentales, l’étatisation résulte du développement de l’Etat providence. Progressivement, ce dernier est devenu le gestionnaire direct de vastes services publics qui visent à organiser le bien-être (« welfare ») des individus. Ils achètent leurs nouveaux « droits » par l’acceptation de nouveaux prélèvements sociaux et fiscaux.

Ainsi est-on passé en matière de bien-être d’un système de devoirs à un système de droits : la santé n’est plus seulement l’ensemble des exigences de comportement pour se maintenir en forme, mais une créance qu’on a sur l’Etat ; la retraite n’est plus corrélative d’un choix d’activité de comportements d’épargne, mais un droit à vivre rentier. Et nous sommes peut-être en train d’inventer le droit à l’autonomie pour les personnes dépendantes.

Mais le système a atteint une double limite. Limite interne liée à l’acceptabilité des prélèvements et au fait que l’individualisme conduit a une utilisation si consumériste des protections sociales qu’elle menace ce qui les fonde. Limite externe : la dette sociale étatisée est perçue comme une dette publique qui engage la crédibilité et la solvabilité d’un Etat pris en étau entre la nécessité d’augmenter toujours plus les prélèvements d’un côté et de garder une économie nationale compétitive de l’autre.

La vision conservatrice britannique vise à sortir de cette difficulté d’une manière singulière. Il ne s’agit pas exactement d’un désengagement de l’Etat ; il ne s’agit pas non plus d’un report des risques et des charges sur l’individu. Il s’agit d’une politique publique qui cherche à ce que de nouveaux agents, regroupés en communautés, mutualisés, s’organisent pour prendre leurs affaires en mains. Et l’Etat s’engage à financer ou à contribuer au financement des projets portés par ces nouveaux agents.

Dans les années 1990, beaucoup d’acteurs de la mutualité avaient perdu la foi dans la vertu de leurs institutions. Il fallait devenir comme les autres et pour cela se démutualiser. Mais peut-être sommes-nous à l’orée d’un nouvel âge pour de nouvelles mutualisations.

Prendre en compte cette indication pourrait avoir deux grandes conséquences. La première concerne le traitement de la dépendance. Allons-nous traiter la dépendance en renforçant les droits que les individus pourront tirer sur des allocations publiques ? Allons-nous, à l’inverse, faire que la nouvelle politique publique renforce les liens et les réseaux qui organisent d’ores et déjà les soins donnés aux personnes dépendantes ?

La seconde concerne l’assurance et la stratégie des assureurs. Doivent-ils se penser comme les auxiliaires financiers d’un Etat providence devenu exsangue ? Ne sont-ils pas là plutôt pour être les institutions dont les individus, appelés à se prendre en charge, vont avoir besoin pour organiser les nouvelles « communautés » ?

Article repris du site de l’Institut Turgot avec l’aimable autorisation d’Henri Lepage

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