La charité ne règle rien

Carlos Slim Helú, l'homme le plus riche du monde

La seule façon de combattre la pauvreté, c’est avec des emplois

Carlos Slim Helú, l'homme le plus riche du monde

« La seule façon de combattre la pauvreté, c’est avec des emplois. [..] Des milliers de milliards ont été donnés à des organisations caritatives dans les cinquante dernières années, et cela n’a rien résolu ». Voici les propos, intéressants, tenus fin septembre par Carlos Slim, l’homme le plus riche du monde. Jeudi, il renouvelait ses déclarations.

Sceptique des grandes démonstrations de générosité, tant publique que privé, il était le grand absent du show caritatif de Bill Gates et Warren Buffet. En 2007 déjà, il disait qu’il pourrait faire plus pour lutter contre la pauvreté en développant des entreprises qu’en jouant au Père Noël (being a Santa Claus).

Les critiques seront prompts à critiquer un Harpagon accroché à sa cassette. Pourtant Carlos Slim a déjà donné plusieurs milliards de dollars par l’intermédiaire de la Carlos Slim Foundation comme le soulignait Forbes… Le Wall Street Journal rappelait pour sa part qu’il avait soutenu de nombreux projets de la Gates Foundation.

En fait, par sa critique de la charité, il ne fait que dire autrement ce que les économistes disent également depuis longtemps. Ainsi l’économiste de Harvard Robert Barro dans un article de 2007, traduit par mes soins sur Catallaxia, écrivait: « Évidemment, M. Gates est libre de faire ce qu’il veut de ses 90 milliards. Mais je pense qu’il se leurre s’il croit que les efforts de la fondation Gates pourront accomplir autant pour la société que les succès passés et futurs de Microsoft. »

De même, William Easterly, professeur d’économie à la New York University; Easterly est critique de la façon dont l’aide au développement fonctionne actuellement. Dans The Elusive Quest for Growth, il analyse les raisons de l’échec de l’aide au développement à sortir les pays du Tiers-Monde de la pauvreté, par exemple sous sa forme de remise de dettes. Le bilan en est négatif selon lui. On est en effet entré dans un cercle vicieux dans lequel la remise de dettes est attendue, ce qui invite au gaspillage tout en incitant les prêteurs à ne plus prêter à ceux qui en ont besoin. Ainsi, Easterly souligne que les banques se sont progressivement retirées des pays africains à partir du milieu des années 1980. Dans The White Man’s Burden (Référence au fameux poême de Rudyard Kipling sur le fardeau de l’homme blanc), Easterly analyse les motivations de l’aide au développement et se montre très critique d’activistes comme Bob Geldoff ou Bono ainsi que de l’économiste Jeffrey Sachs. Easterly considère que cet activisme messianique est à rapprocher du sentiment de supériorité colonialiste, qui veut apporter le progrès aux sociétés archaïques.

Ces déclarations de Slim sont l’occasion au final de poser deux questions, reprises de Robert Frank:

  • Bill Gates et Warren Buffet ne feraient-ils pas plus pour la société si ils investissaient leur fortune dans de nouveaux business, au lieu de donner?
  • La philanthropie a-t-elle réglé un seul problème social majeur dans les cinquante dernières années?

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