L’anatomie de l’État (2)

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L’anatomie de l’État (2)

Publié le 13 octobre 2010
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 Traduction de l’opuscule de Murray Rothard, Anatomy of the State.

Anatomie de l’État (1) – Ce que l’État n’est pas

Ce qu’est l’État

L’homme est venu au monde nu, et a du s’employer à apprendre comment prendre possession des ressources données par la nature, et comment les transformer (par exemple, en investissant du « capital »), en les multiples endroits où les ressources peuvent être employées pour la satisfaction de ses désirs et l’amélioration de son niveau la vie. La seule manière par laquelle l’homme peut faire ceci est par l’utilisation de son esprit et de son énergie à transformer des ressources (c’est la « production »), et par l’échange de ces produits contre des produits créés par d’autres. L’homme a constaté que, par le processus de l’échange volontaire et mutuel, la productivité, et par conséquent le niveau de vie de tous les participants à l’échange, peuvent augmenter énormément. La seule façon « naturelle » pour que l’homme survive et puisse s’enrichir est donc qu’il emploie son esprit et son énergie à s’engager dans le processus de production et d’échange. Il fait ceci, en premier lieu, en trouvant les ressources naturelles, et puis en les transformant (« en mélangeant son travail » à elles, comme disait Locke), pour en faire sa propriété individuelle ; ensuite en échangeant cette propriété contre la propriété que d’autres ont obtenu pareillement. Le chemin social dicté par la nature de l’homme est donc le chemin des « droits de propriété » et du « marché libre » de l’échange de tels droits. Par ce chemin, les hommes ont appris comment éviter les méthodes de la « jungle », qui consistent à combattre pour s’emparer de ressources rares et finies, de sorte que A puisse seulement les acquérir aux dépens de B et, au lieu de cela, ils ont énormément multiplié ces ressources grâce à des productions et des échanges, paisibles et harmonieux.

Le grand sociologue allemand Franz Oppenheimer a précisé qu’il y a deux manières, exclusives l’une de l’autre, d’acquérir de la richesse ; la première est la manière décrite ci-dessus de la production et de l’échange, qu’il a appelé « la voie économique ». L’autre manière est plus simple parce qu’elle n’exige pas la productivité ; c’est la manière de l’accaparement des marchandises d’une autre personne, ou de ses services, par l’utilisation de la force et de la violence. C’est la méthode de confiscation unilatérale, du vol de la propriété des autres. C’est la méthode qu’Oppenheimer a nommé « la voie politique » d’accroissement de la richesse. Il devrait être clair que l’utilisation pacifique de la raison et de l’énergie dans la production est la voie « naturelle » pour l’homme : ce sont les conditions de sa survie et de sa prospérité sur cette terre. Il devrait être également clair que le moyen coercitif et exploiteur est le contraire de la loi naturelle ; il est parasitaire car, au lieu d’ajouter à la production, il en soustrait. « La voie politique » siphonne la production au profit d’un individu ou d’un groupe parasite et destructeur ; et ceci réduit non seulement le nombre des producteurs, mais abaisse également l’incitation du producteur à produire au-delà de sa propre subsistance. En fin de compte, le voleur détruit même sa propre subsistance en réduisant ou en éliminant la source de son propre approvisionnement. Mais il y a plus encore que cela ; même dans le court terme, le prédateur agit à l’encontre de sa propre nature d’homme.

Nous sommes maintenant en mesure de répondre plus précisément à la question : qu’est-ce que l’État ? L’État, selon les mots d’Oppenheimer, est l’ « organisation de la voie politique » ; c’est la systématisation du processus prédateur sur un territoire donné [1]. Le crime, au mieux, est sporadique et incertain ; le parasitisme est éphémère, et la ligne de conduite coercitive et parasitaire peut être contestée à tout moment par la résistance des victimes. L’État fournit un canal légal, ordonné et systématique, pour la prédation de la propriété privée ; il rend certain, sécurisé et relativement « paisible » la vie de la caste parasitaire de la société [2]. Comme la production doit toujours précéder la prédation, le marché libre est antérieur à l’état. L’État n’a été jamais créé par un « contrat social » ; il est toujours né par la conquête et par l’exploitation. Le paradigme classique est celui d’une tribu de conquérants, qui pille et assassine les tribus conquises, et qui décide de faire une pause, car elle se rend compte que le temps de pillage sera plus long et plus sûr, et la situation plus plaisante, si les tribus conquises étaient autorisées à vivre et à produire, les conquérants se contentant d’exiger comme règle en retour un tribut régulier [3]. La naissance d’un État peut être illustrée comme suit : du haut des collines de Syldavie du Sud, un groupe de bandit parvient à obtenir le contrôle physique du territoire, et finalement le chef de clan se proclame « roi du gouvernement souverain et indépendant de Syldavie du Sud » ; et, si lui et ses hommes ont une force suffisante pour maintenir cette règle pendant un moment (en catimini !), un nouvel État aura joint la « famille des nations », et les anciens chefs bandits auront été transformés en noblesse légale du royaume.

Notes :

[1] « Il y a deux moyens fondamentalement opposés par lequel l’homme, ayant besoin de sa subsistance, est poussé à obtenir les moyens nécessaires pour satisfaire ses désirs. Ce sont le travail et le vol, son propre travail et l’appropriation de la force de travail par d’autres. (…) Je propose dans la discussion suivante d’appeler son propre travail et l’échange équivalent à son propre travail contre le travail d’autres, « la voie économique » de satisfaction du besoin, tandis que l’appropriation non récompensée du travail des autres s’appellera « la voie politique ». (…) L’Etat est une organisation de la voie politique. Aucun Etat ne peut naître, par conséquent, tant que la voie économique n’a pas créé un nombre défini de biens pour la satisfaction des besoins, lesquels biens peuvent être emportés ou accaparés par le vol guerrier », Franz Oppenheimer, The State (New York, Vanguard Press, 1926) pp. 24–27.

[2] Albert Jay Nock a écrit vivement que « l’Etat clame et exerce le monopole du crime (…) Il interdit le meurtre privé, mais lui-même organise le meurtre à une échelle colossale. Il punit le vol privé, mais lui-même fait main basse sans scrupule sur tout ce qu’il veut, qu’il s’agisse de la propriété d’un citoyen ou d’un étranger. », Nock, On Doing the Right Thing, and Other Essays (New York, Harper and Bros., 1929), p. 143 ; cité in Jack Schwartzman, « Albert Jay Nock—A Superfluous Man, » Faith and Freedom (December, 1953) : 11.

[3] « Qu’est-ce, alors, que l’Etat comme concept sociologique ? L’Etat, dans sa genèse (…) est une institution sociale, imposée par un groupe victorieux d’hommes sur un groupe défait, avec le but unique de régler la domination du groupe victorieux sur le groupe défait, et de se protéger contre la révolte intérieure et les attaques de l’étranger. Téléologiquement, cette domination n’a eu aucun autre but que l’exploitation économique du vaincu par les vainqueurs. », Oppenheimer, The State, p. 15. Et Bertrand de Jouvenel ajoute : « l’Etat est essentiellement le résultat des succès réalisés par une bande des brigands, qui se superpose à de petites et distinctes sociétés. », Du Pouvoir, p. 100-101.

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