Comment l’État, rentier, devient voleur

Publié Par Yves Buchsenschutz, le dans Économie générale

Par Yves Buchsenschutz.
Un article d’Emploi2017

On devrait relire plus souvent Balzac ou Alexandre Dumas. Leurs écrits sont truffés de la notion de rente. Qu’il s’agisse de Rastignac ou du comte de Monte-Cristo, chacun s’efforce à l’époque de maximiser « sa rente ». Il s’agit en fait, au XIXe siècle en général, du revenu régulier et quasi-inéluctable d’un emprunt d’État, dans lequel un capital a été placé.

Cette notion est tellement prégnante que, plus que la fortune elle-même, elle est à l’époque la mesure usuelle de la richesse. Outre les emprunts d’État, elle peut provenir de loyers d’habitation, de fermages de terres, etc. Au demeurant, chacun tente de la maximiser bien entendu, mais aussi de la sécuriser. Et l’on retrouve toujours ces quelques mots-clés : revenu, régularité, sécurité, durée (et oisiveté).

La société de rentes

Si l’on y regarde d’un peu plus près, on observe que ces comportements individuels s’étendent en fait à presque toutes les organisations, toutes les situations et toutes les époques : les associations préfèrent les engagements de dons réguliers, les actionnaires des dividendes récurrents, les sociétés de parts de marché importantes et de marques puissantes susceptibles de garantir une situation confortable, les salariés de contrats à durée indéterminée qui protègent d’une éventuelle surprise, les professions de règles et de lois qui s’approchent le plus possible de la corporation, voire d’un numerus clausus

L’État lui-même préférera un bon impôt ou une cotisation à la vente d’une prestation, trop aléatoire : son souci est de transformer le client en usager, beaucoup moins versatile. Quant au fonctionnaire, il s’est arrogé un statut qui lui garantit une situation stable à vie.

Mélangeant l’instinct de survie et le principe de précaution, on peut dire sans risque de se tromper que tout organisme qui s’est fait une place au soleil, tente ou tentera de la consolider sous la forme d’une rente, monétaire ou de situation, ce qui revient au même. C’est un processus tout à fait naturel, comparable dans une certaine mesure à l’épargne en particulier, « pour les vieux jours » !

Explication avec Jean de la Fontaine

Certains ont beaucoup glosé sur ce phénomène, quoique la réponse ait été donnée il y a déjà longtemps — et pas pour la première fois — par Jean de La Fontaine dans La Cigale et la Fourmi. À l’école communale on nous apprenait que l’attitude vertueuse, était celle… de la fourmi.

C’est vrai si l’on y réfléchit, à la seule exception près de son intangibilité : que l’on cherche à prévoir, à préparer l’avenir, certes, mais que l’on se réserve « ad vitam aeternam », et ceci y compris aux dépens de son voisin, un confort spécifique est la vraie limite morale de la rente.

Elle génère en effet, dans ce cas, deux conséquences nuisibles majeures : elle bloque toute évolution dans un état donné et devient l’ennemi juré du progrès (pour tous) et surtout, se transforme en avantages acquis, ce qui, regardé sous un autre angle, s’appelle un privilège.

Deux sortes de rente

À cette aune, on en arrive à distinguer deux sortes de rente :

La première est la rente simple ou naturelle, ou prévoyance, laquelle est forcément soumise à la versatilité d’un client, à l’émergence de la concurrence, à la transformation de la situation par une nouvelle idée ou une nouvelle approche, etc. Devenue frein ou contrainte, désormais inadaptée, la rente simple s’éteindra naturellement, et une autre tentera de la remplacer au profit d’un meilleur offreur.

La seconde est la rente perpétuelle ou bloquée qui a aujourd’hui de fait quasiment disparu, sauf au profit de l’État, et le plus souvent, de ses serviteurs : les fonctionnaires.
Les deux instruments principaux de cette opportune consolidation ont été : le monopole et le statut (qui en est d’ailleurs une forme particulière).
Grâce au monopole, l’État a éliminé la concurrence, donc la remise en cause possible de sa rente.

Il a également éliminé la possibilité d’évolution, donc de productivité, donc l’augmentation potentielle de la richesse de la société : un exemple caricatural de ce phénomène est le monopole de la SNCF ; non seulement elle prétend au monopole du chemin de fer mais elle l’a fait étendre à celui de la création de lignes de cars qui auraient pu la menacer indirectement1. 

L’Éducation nationale, elle, a fait légalement limiter la possibilité d’ouverture d’établissements privés à 20% du marché, etc., et pourtant un établissement d’enseignement privé est en moyenne plus efficace et moins coûteux pour la collectivité que son homologue public ! On parle de 30% d’écart !


Tout ceci sans compter le monopole des fonctionnaires, consacré par leur statut. Tant qu’il était contrebalancé par une rémunération inférieure et que la situation générale était le plein emploi, il pouvait peut-être être admis. Ces conditions ayant radicalement changé, il est devenu un privilège bloqué.

Impôt et fausse gratuité

Mais un deuxième danger s’annonce à l’horizon : pour justifier son monopole, l’État-providence a imaginé un mode original de fonctionnement : ses prestations seront financées par l’impôt ; en revanche, elles seront d’apparence « gratuites » pour le client devenu usager, et bientôt clientèle.
Devant la gratuité, le client devient un consommateur « d’aubaine » et abaisse considérablement ses exigences.

La correspondance entre l’impôt demandé et la prestation offerte (tir à l’arc, concert ou parterre de fleurs…) devient introuvable et donc non contestable, ni dans son coût ni même dans son existence.
Pour croître et prospérer, il suffit dès lors à l’État d’élargir ses domaines d’activité pour augmenter sa rente et celle de ses commensaux, les fonctionnaires.

Au passage, il pourra même diriger la consommation là où le souhaitent ses serviteurs et se servir grassement dans les domaines les plus rémunérateurs !
Oui l’État peut tout faire, mais à quel coût ? Pour qui et pour quoi ?

  1. Jusqu’à la récente loi Macron, nul ne pouvait ouvrir en France une ligne d’autobus intercités sans l’autorisation de la SNCF. Ceci explique assez bien l’absence historique d’une offre de Grey Hounds de type US en France.
  1. Oui, mais à force de vouloir tout faire, l’Etat ne fait plus rien.
    En tout cas plus rien de bien, n’en déplaise aux quelques « people » qui dans un journal du dimanche ont affiché leurs états d’âme, ou plutôt plaidé pour leur chapelle et le maintien de leur rente…

  2. Ne vaudrait-il pas mieux que l’État s’oblige à un grand rôle d’arbitre (objectif ou tout du moins le moins subjectif possible) et se défaire de tous les domaines d’incompétence où il se dit-lui-même par orgueil exceller

  3. Tout devra être « libérer » en 2017. Au lieu de vouloir donner un « revenu universel » ou une soit disant « prime de patrimoine » future arlésienne hollandiaise, il faudra donner à chaque français « travaillant » ou ayant travaillé, une action sur les entreprises détenues par l’État et qui seront privatisées ensuite. Ainsi chaque français aurait une fois dans sa vie l’impression d’être un vrai actionnaire d’une vraie entreprise. Ils pourraient se regrouper et orienter la politique de ces entreprises en fonction de leurs désidératas du moment. En espèrant qu’il n’y est plus de grèves, plus de coupures de courant, plus de liberté, plus de responsabilité de la part de chacun des heureux ex-fonctionnaires ex-parasitaires du privé. Sinon, sinon, il faudra tout détruire. La liberté des uns, s’arrête la ou commence la liberté des autres. On ne va pas passer notre vie et celles de nos enfants, à remplir le tonneau des Danaïdes socialisto communiste français. Fidel est mort et incinéré.

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