Macron laissera les salariés qui démissionnent toucher le chômage

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Travail & emploi

Par Éric Verhaeghe.

salariés qui démissionnent

Emmanuel Macron By: OFFICIAL LEWEB PHOTOSCC BY 2.0

Emmanuel Macron, dans son interview au Nouvel Observateur (dont l’effet a souffert de l’élection de Trump aux États-Unis), dévoile une partie de son programme. Entre autres propositions techniques qui pourraient faire réagir, on notera cette idée d’autoriser le versement d’allocations chômage aux salariés qui démissionnent. L’idée correspond bien au personnage : débloquer de façon pragmatique des situations qui n’ont plus beaucoup de sens.

La démission et ses tabous historiques

Aujourd’hui, les salariés qui démissionnent n’ont pas droit à l’allocation chômage. Cette dernière est en effet versée aux salariés involontairement privés d’emplois. Or, les salariés qui démissionnent n’entrent pas, à bon droit, dans cette catégorie. La démission est donc privative d’allocation chômage.

En proposant de revenir sur ce mécanisme, beaucoup accuseront Macron de faire entrer un gros ver gourmand dans un fruit déjà pourri par les déficits. Le régime chômage, que Macron propose par ailleurs de nationaliser, cumule en effet une dette supérieure à une année de prestations, et il n’existe pas d’unanimité, parmi les partenaires sociaux, pour enrayer le phénomène. En proposant d’accroître les situations où les indemnités peuvent être versées, Macron élargit donc le déficit au lieu de le réduire.

Une dégradation de la valeur travail ?

Contre cette mesure, on entend déjà les critiques existentielles. Comment peut-on indemniser un salarié pour une situation qu’il a choisie. L’indemnisation est en effet, en droit « vulgaire », la réparation d’un dommage subi. En démissionnant, le salarié ne subit rien. Au contraire, il agit.

La proposition de Macron apparaît donc bien comme un encouragement discret à quitter son emploi pour des raisons totalement intéressées. Les employeurs ont tous en tête l’exemple de ces salariés qui ont suffisamment d’ancienneté pour être indemnisés et qui cherchent la petite bête pour être licenciés : l’indemnisation qu’ils espèrent après leur licenciement est un élément de motivation… pour rompre le contrat de travail.

Cette attitude sera évidemment nourrie par la proposition du candidat Macron.

Des effets pervers non désirés

Mais il est vrai qu’en privant les salariés qui démissionnent de toute indemnité, la réglementation en vigueur produit de véritables effets pervers.

C’est le cas pour tous ceux qui s’ennuient au travail, ou qui ne s’y sentent pas bien, ou qui sont en conflit avec leur environnement. Leur appétence pour l’entreprise qui les emploie baisse au point que quitter son emploi devienne une obsession, un souhait profond.

On sait, en l’état du droit, comment se solde cette situation dans la plupart des cas : le salarié cherche des prétextes pour partir, essaie de pousser l’employeur à la faute, et la situation dégénère. Parfois les deux parties s’entendent sur une rupture conventionnelle, qui permet au salarié de partir en gardant le bénéfice de l’allocation chômage. L’absence d’allocation chômage pour les salariés qui démissionnent peut donc pousser à des comportements contentieux qui déstabilisent la vie de l’entreprise.

Le pragmatisme Macron

En ce sens, la proposition de Macron peut éviter des moments désagréables au chef d’entreprise, et désengorger les prud’hommes. Rappelons que plus de la moitié des ruptures de contrats de travail s’explique par des démissions. C’est dire l’ampleur financière de la proposition de Macron (mal valorisée aujourd’hui) et l’impact qu’elle peut avoir sur la vie en entreprise.

Dans la pratique, on saluera son pragmatisme. Certes, intellectuellement, elle est choquante au premier abord, dans la mesure où elle renverse les valeurs. Mais elle aborde un sujet de préoccupation important pour les Français, et elle pourrait modifier la face des relations de travail en entreprise. Au lieu de chercher la faute pour partir dans des conditions financières acceptables, le salarié malheureux pourra partir dans des conditions claires et des délais rapides.

On assiste ici au combat du pragmatisme contre la morale, et il est probable que Macron doive tôt ou tard clarifier sa position sur ce sujet.

De l’assurance contre le risque à la Sécurité sociale professionnelle

En fait, Emmanuel Macron propose, sans le dire clairement, que le régime d’indemnisation du chômage perde son caractère assurantiel de protection contre le risque chômage, au profit d’une logique sensiblement différente qui tient en un mot simple : fluidifier les ruptures de contrat.

La proposition ne manque pas d’intérêt. Elle illustre une démarche pragmatique d’un insider.

Reste à savoir combien elle coûte pour un régime déjà exténué financièrement. Sur ce point, Macron ne dit rien, mais l’idée qu’il promeut de sécurité sociale professionnelle mise en place de façon somme toute volontaire, mais discrète, avec des droits attachés au contrat et non à la personne, a un inconvénient : elle n’est pas chiffrée budgétairement.

Sur le web

  1. Oui, cette mesure qui va dans le bon sens, notamment lorsque le nouvel employeur ne convient pas, il pourra rompre sa période d’essai. Pas sur que le coût de cette réforme soit lourd car un salarié installé depuis longtemps préférera de trouver son nouvel emploi avant de démissionner…

    1. e…c’est nul
      mais ce type est nul aussi, une démission est suivie de 2a6 mois de présence ou non dans l’entreprise …….payés donc cela ne pose pas de problème dans une société de plein emploi… dans la notre ,c’est du courage de gueule!

  2. Mais la vraie réforme sera de remplacer le CDD par un contrat non limité dans le temps, à droits progressifs (sans effets de seuil)!!!

    1. La vrai réforme serait de supprimer les contrats de travail de type CDI, CDD pour des prestations en tant qu’indépendant avec ce statut d’indépendant pour tout le monde

      1. Bravo, moi je pense qu’il faut supprimer tous les CDI. Et ne mettre en place que des CDD passant par des entreprises de travail temporaires, comme Bis, Manpo, Kelly, Delta et compagnies. Celles ci, m’ont fait « vivre » jusqu’à la fin de mes carrières professionnelles de missions temporaires diverses et variées et dont les heures effectuées, me permirent de changer plusieurs fois de spécialités professionnelles.
        Au cours de l’une de mes missions, j’ai profité du fait de pouvoir partir en 1 semaine d’une entreprise dans laquelle j’exerçai un travail qui me plaisait mais dont le chef de Service m’avait pris en grippe pour des raisons que seul il connaissait. Beaucoup d’autres avant moi, avaient du « subir » les vexations de ce « chef de Service », qui était d’origine maghrébine. Merci Manpower.
        Quant aux autres techniciens du service, en CDI, ils faisaient le « dos rond » pour s’éviter des ennuis professionnels du genre « faute professionnelle lourde ou grave » et ne pas être indemnisés à leur « départ non négocié ».
        Il est vrai que le discourt officiel sur les ETT est d’être toujours des « vendeurs ou des profiteurs de travailleurs ». La réalité est loin de ce que les « gauchisants bien pensants » ont diffusés depuis les années 90.
        Bien entendu, le CDD pourrait être fait par l’entreprise elle-même, mais ce serait un CDD avec le terme de CDD de Projet. Comme cela, l’entreprise pourrait arrêter le bénéficiaire dès le projet finalisé.

      2. À mon tour : la vraie réforme est un contrat de travail sans droits progressifs, aux droits de rupture strictement identiques entre les parties. La durée du contrat n’est qu’un détail, tout comme la durée de location d’un appartement. A la semaine, à la journée, au mois ou par période triennale, pire même sans date de fin retenue contractuellement, peu importe. L’essentiel est l’équilibre entre les co-contractants.
        Et il est loin le temps de l’horrible patron qui exploitait son pauvre ouvrier.
        Démission du jour au lendemain sans préavis ?
        Licenciement dans les mêmes conditions !

        Pour l’assurance « sans Emploi en ce moment », la solution est d’en faire un vrai régime d’assurance de droit totalement privé, sans ingerence de l’Etat.
        AXA est tout à fait a meme de proposer de tels contrats : je cotise tous les mois àla hauteur de la prestation que je suis susceptible de réclamer un jour.
        Si je suis licencié, mon contrat AXA me verse le capital ou la rente, sur quelques mois, semaines ou années, selon les accords d’origine.
        Si je perds mon Emploi pour cause de santé précaire, il peut même y avoir péréquation avec mon contrat « santé » privé de la même compagnie.
        Si je décide de démissionner, je peux demander à liquider mes droite, un peu comme une assurance-vie.

        Bref, dès lors où on retire le mot « chômage » et sa connotation socialiste, et qu’on le remplace par un autre terme plus factuel, les solutions deviennent nombreuses, et la plupart ne nécessitent pas du tout l’intervention de l’Etat !

  3. Toute réforme se heurtera au faible niveau de créations d’emploi. Or 100% ne proposent que ces solutions qui ne sont que des cautères sur des jambes de bois.
    Qui crée des emplois ? Les entrepreneurs. Tant que rien n’est fait pour favoriser les entrepreneurs, rien ne changera.

  4. Et voila le retour du revenu universel numérique 😉 par la fenêtre !

    Ex: L’entreprise demande à son salarié de démissionner pour le reprendre à un autre moment, ou dans une autre société liée à la premiere, etc…

    La démission n’a rien à voir avec le chômage, ni dans l’intention du salarié, ni dans son possible financement !

    1. c’est déjà une réalité mais a l’initiative du patron…voir par exemple les gens de spectacle ou les artisans et autres pour éviter le surcout de l’intérim

  5. La position de Macron ( il laissera les salariés qui démissionnent toucher le chômage) est logique voire normale …l’ouvrier ou l’employé cotise pour le chômage pendant son activité et , s’il n’a plus de travail , pour une raison ou une autre ( licenciement , démission…) touche les alloc chômage , sur la base du chômage qui est , au final , une assurance…
    Je crois que , sur cent chômeurs , seuls cinquante , en moyenne , touchent le chômage , les 50 autres en étant éliminé via textes votés par le paritarisme patronat / Syndicat , censé défendre le’s intérêts des travailleurs…
    a noter qu’en 2015 , bien qu’avec un chômeur sur deux touchant le chômage , le déficit cumulé de l’Unedic devrait friser les 26 milliards d’€…

    1. non arrêtez…ce n’est pas une assurance, votre assureur vous fera payer telle prime en fonction des risques que vous ayez un accident , pas si vous avez envie de changer de voiture ou il va sensiblement changer le montant de la prime! … mais bon, il faut juste commencer par dire que l’assurance chomage n’est pas..une assurance..

      1. le’mière ,

        Mais si , c’est une assurance , qui a été vidée de son sens par la pratique ( le paritarisme)…
        En Gb , tout un chacun qui est au chomage pour un motif x ou y est indemnisé ( je sais , pas beaucoup ( 90 £ par week pendant quatre mois ) mais c’est pour ttle monde et dans un marché du taf fluide ( avec généralisation des cdd) et économie ouverte , vous retrouvez du boulot vite…

  6. Si les employeurs étaient un peu moins coincés du cul sur la rupture conventionnelle cette mesure serait inutile. En l’occurrence, elle peut effectivement aider à fluidifier le marché du travail.

    Je vois d’ici les cris de vierge effarouchée du patronat, qui oublie que les cotisations chômage d’un salarié ne sont pas un impôt et que ce dernier est légitime à vouloir récupérer une part de ses cotisations sociales pour financer un changement de carrière.

    J’admets que la rupture conventionnelle devrait rendre caduque ce type de mesure, mais énormément d’employeurs en PMe/PMI semblent incapables de comprendre que ce mode de rupture est de loin le mojsn coûteux pour l’entreprise.

    1. ModernGuy +1
      Dans tous les cas les générations montantes finiront par imposer cette vision du travail.
      On n’empêche pas la neige de tomber !

  7. La rupture conventionnelle (souvent dévoyée dans l’intérêt de l’un ou de l’autre) le permet déjà. Disons que cette mesure officialiserait ou faciliterait une pratique déjà existante.
    La question serait plutôt d’avoir un système d’indemnisation plus persuasif, c’est-à-dire avec une dégressivité plus rapide, pour que le chômage oblige à rechercher un travail sans attendre, et retrouve sa fonction première (assurer l’intérim du revenu entre 2 activités).

  8. Macron jamais élu, se comporte comme l’un d’entre eux, il fait du clientélisme.

    Les allocations chômage ? c’est une assurance, qu’il convient de privatiser et d’en respecter le terme « assurance ». Dès lors, un salarié cotisera pour lui et lui seul, et cumulera des points d’indemnité, un fois sans emploi, il sera libre d’utiliser son crédit ou pas.
    En utilisant ses points il épuise son crédit, en ne les utilisant pas ou partiellement il peut par exemple bénéficier d’une réduction de prime ou autre levier compensatoire.
    L’individu est ainsi responsabilisé puisque gestionnaire, et un chômeur dans de telles conditions n’impacte plus la société. Vous faites la même chose avec « l’assurance » santé (car c’est une assurance), et on en a terminé avec les débats creux. Et puis quoi de plus libéral ?

  9. Il travaille et il est soutenu financièrement par l’établishment Rothschild. Cette proposition de toucher le chômage lorsque l’on démissionne va augmenter la dette donc les intérêts car l’état devra emprunter pour financer cette idée. Tout bénéfice pour les banques encore une fois de plus !
    L’idée serait de donner une revenu de base d’au moins 1500 € à tous les citoyens mais il devrait être financé par la création monétaire qui serait ainsi soutiré en parti au monopole des banques privées. Bien entendu si ce revenu n’est pas dépensé à la fin du mois, il devra est détruit afin de ne pas créer d’inflation ! Mais l’idée va plus loin….
    Détail et explication ici : http://www.auto-bing.fr/documents/electrochoc.pdf
    Un livre aussi à lire : https://www.lejardindeslivres.fr/klepto.htm

  10. J’arrive à l’âge de la retraite et j’ai toujours considéré que ce n’était pas « aux autres » de régler mes problèmes et de payer pour mes désirs. J’ai eu ma première fille à 19 ans et sitôt ma sortie de la maternité j’ai pris ma plus belle plume pour trouver un emploi, ce qui fût fait en quelques semaines. A notre époque, quand on voulait changer de travail, on commençait par chercher un nouvel employeur et ensuite seulement on démissionnait !
    L’assurance chômage a été créée pour aider les salariés qui perdait leur emploi, pas pour ceux qui ne veulent plus travailler et se retrouvent de ce fait à la charge des autres … Notre système social était le meilleur, aujourd’hui c’est devenu une aberration qui encourage les gens à ne rien faire. Les uns doivent travailler de plus en plus pour que d’autres se reposent sur eux…
    Quant au RSA qui sera bientôt versé à partir de 18 ans, croyez-vous vraiment que cela incitera les jeunes à continuer leurs études ou à chercher un emploi ?…
    Question : comment Mr Macron, tous nos gouvernants et représentants participent-ils à cette assurance chômage qu’ils veulent ponctionner si généreusement ?
    Et tous les fonctionnaires ?
    Qui va payer ? Toujours les mêmes… jusqu’à ce qu’ils baissent les bras à leur tour… Et on parle d’ Egalité ? Et de solidarité bien sûr !!!

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