Victoire de Donald Trump aux primaires : la droite américaine secouée

Publié Par Daniel Girard, le dans Amérique du Nord

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis.

Une onde de choc. Donald Trump ne s’attendait pas à se retrouver seul candidat en lice pour l’investiture républicaine cette semaine. Contre toute attente, ses deux rivaux, Ted Cruz et John Kasich, se sont retirés de la course, laissant le milliardaire pantois et satisfait.

Mais ce qui a réjoui l’homme d’affaires a créé, dans l’establishment républicain, la consternation et la résignation chez plusieurs et un mouvement de déni et de révolte dans l’élite. Les ex-présidents Bush, George H W et son fils W, ont été les premiers a dire qu’ils n’allaient pas appuyer Donald Trump. Peu surprenant. Le milliardaire a été cinglant dans la campagne à l’investiture envers le frère de W, Jeb, le qualifiant d’homme de peu d’énergie.

Il s’en est aussi pris à W en soulignant que l’invasion de l’Irak avait été une décision catastrophique. Mais le véritable coup de tonnerre est survenu à CNN. Ce qui s’annonçait comme une entrevue de routine entre le chef d’antenne Jake Tapper et le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a pris une tournure surprenante quand Jake Tapper a demandé à Paul Ryan s’il appuyait Donald Trump.

Paul Ryan a souligné à un Jake Trapper sourcillant, qu’il n’était pas prêt à endosser Donald Trump ; qu’il estimait que le milliardaire devait d’abord démontrer sa capacité à unir le Parti républicain. Il a rappelé que le GOP est le parti de Lincoln et de Ronald Reagan, guidé par des principes conservateurs ; que Donald Trump devait se montrer digne d’en être le porte-étendard, car le parti devra élargir sa base pour séduire les gens de toutes origines et les indépendants.

Le père de Ted Cruz fréquentait l’assassin de JFK ?

Cet appel de Paul Ryan à plus de dignité et de maturité survient alors que l’attaque de Donald Trump contre le père de Ted Cruz fait sourciller des républicains. Juste avant de balayer la primaire de l’Indiana, mardi dernier, Donald Trump avait, dans une entrevue télévisée, évoqué un article du tabloïd à potins National Enquirer faisant état de liens entre le père de Ted Cruz, Rafael, et l’assassin de John F. Kennedy, Lee Harvey Oswald.

Les propos de Donald Trump avaient mené à une réplique vitriolique de Ted Cruz, qui a accusé le milliardaire d’être un menteur narcissique. Wolf Blitzer, chef d’antenne à CNN est revenu sur cette controverse avec le milliardaire au lendemain de l’abandon de Ted Cruz. Donald Trump a admis qu’il savait que l’article n’était pas crédible mais qu’il l’avait évoqué parce que Rafael Cruz avait tenu des propos critiques à son égard. Même si toute cette histoire n’a eu aucun impact, le fait que Donald Trump évoque le National Enquirer comme source journalistique donne des munitions à ceux qui exigent davantage de rigueur d’un homme qui aspire à la présidence et au poste de commandant en chef.

Et c’est en raison des doutes que soulèvent les analyses de Donald Trump, que le mouvement #NeverTrump tarde à s’essouffler. Le sénateur républicain du Nebraska, Ben Sasse, n’accepte pas d’avoir à choisir entre Hillary Clinton et Donald Trump. Le sénateur est d’accord avec les électeurs de son État qui lui disent que les deux candidats sont des mauvais choix. Il a lancé un appel à la majorité des Américains pour une nouvelle candidature à la présidence sur sa page Facebook.

Une candidature inopinée ?

Pour Ben Sasse, les républicains qui veulent un meilleur choix ne peuvent être ignorés. Le chroniqueur radiophonique Erick Erickson est d’accord. Il s’affaire, avec des stratèges républicains, à préparer le lancement d’une nouvelle candidature, à déterminer. Le temps presse. Mais la légitimité de l’initiative pose problème. Donald Trump a déjà amassé dix millions de voix dans les primaires, surpassant même le total de Mitt Romney en 2012. Le milliardaire a battu seize candidats. Les électeurs ont opté pour lui. Leur choix doit être respecté.

Quand un journaliste mange son journal…

Bien sûr beaucoup de politiciens républicains sont sûrs qu’ils deviendront de la chair à canon sur le champ de bataille électoral avec Donald Trump. Ils font fi des qualités ayant permis au milliardaire de triompher à l’investiture malgré son inexpérience politique. Et il y a l’élite journalistique.

Elle appartient à l’establishment. Elle n’a pu surmonter son hostilité envers Donald Trump. Cette élite était trop occupée à s’indigner des déclarations à l’emporte-pièce du milliardaire. Elle négligeait d’utiliser avec justesse ses instruments d’analyse. Cette faillite journalistique est illustrée par la dégustation de journal de l’éditorialiste du Washington Post, Dana Milbank. Il avait promis de manger son quotidien si Donald Trump remportait l’investiture républicaine. Il trouvera sûrement, sondages en main, d’excellentes raisons de prédire la défaite de Donald Trump à la présidentielle de novembre. On lui recommande de se garder de l’assaisonnement pour son prochain ragoût de papier.

  1. Clinton et Trump, 2 new-yorkais. Pas étonnant qu’un type du Nebraska arrive à trouver des gens de son état pour vouloir un autre choix…
    Mais à moins de trouver quelque chose de vraiment différent (un alien ou Reagan ressuscité), je ne vois pas ce qu’il pourrait sortir d’autre qui n’ait pas déjà été dans le panel battu par Trump.
    Avec les calculettes, la connaissance des résultats obtenus, et le tout contre Trump, il pourrait faire passer Hollande, mais on sait que le résultat serait à peine moins pire que l’ «  » amère «  » Clinton.

    1. Exact amike. On a hâte de connaître le nom de ce sauveur du Parti républicain. Seize autres viennent d’essayer et ont échoué.

  2. Stéphane Boulots

    Le retrait de Cruz est incompréhensible, juste quelques jours après son annonce d’association avec Fiorina.
    Va-t’on vers une candidature indépendante Cruz/Fiorina (ou autre) ?

    1. Il ne reste plus de délégués à récolter.

  3. Les électeurs républicains ont désigné Trump pour les représenter, « vox populi, vox Dei » et tant pis pour les « élites » du parti qui voient arriver leur fin; si Trump triomphe, il y aura alors un nouveau parti républicain à sa botte comme ce fut déjà le cas avec Reagan puis avec Bush père et fils.
    Néanmoins, la situation est hautement comique. En transposant chez nous, ce serait comme si Marine Le Pen triomphait aux primaires de la « droite ». On imagine la tête des caciques du parti !
    Mais le GOP a pour emblème un éléphant, animal qui comme chacun sait « trompe énormément » et qu’il faut éviter de promener dans un magasin de porcelaines.

    1. Les gens voulaient un outsider et Ted Cruz n’en était pas un. Je crois que Trump va représenter un formidable adversaire pour Hillary Clinton qui ferait mieux de ne pas le sous-estimer.

      1. Presque bien vu, Mr Girard.
        Il ne faut surtout pas sous-estimer le désarroi d’un peuple que la crise économique plonge dans la crise morale.
        Trump n’a aucun talent. Il surgit parce que l’américain moyen n’a aucun talent politique.
        Mais peut-on blamer les américains si leur Education Nationale est à la ramasse?
        Aux USA comme en france (comme partout dans le monde, d’ailleurs), les sciences humaines sont le parent pauvre au détriment de l’esprit d’entreprise, du chauvinisme et de la publicité.
        La crise du capitalisme se transforme en crise morale qui se transforme en crise sociale.
        Ces 2 derniers siècles nous l’ont assez montré, je crois.

        1. Aucun talent? Descendez de votre arrogance. Les Américains , qui se méfient de L’État comme nous le vénérons, n’ont certes pas de leçon à recevoir de Français!

          1. Donald Trump a beaucoup de talent, qu’il a peaufiné alors qu’il était à l’écran dans sa série  »The Apprentice » mais au-delà du showbiz, il sait parler aux gens avec une spontanéité qui échappe à tous les autres politiciens, qui paraissent incapables de sincérité.

        2. MDR ! au fait, rappelez nous le classement PISA et aussi celui de Shanghaï qui prend en compte également les recherches publiées jusqu’aux récompenses internationales attribuées dont le Nobel.
          Mais j’admet volontier que l’américain lambda n’a certainement pas votre talent politique ni votre esprit d’analyse. Je doute néanmoins qu’il en soit fort marri.

      2. « Les gens voulaient un outsider »

        C’est juste une question de communication, le type le plus consensuel peut se positionner comme outsider comme le plus original peut très bien prendre la casquette du défenseur de la stabilité. C’est pour cela que je n’ai que peu de gout pour les campagnes politiques. Je ne pense pas que Trump s’exprime avec sincérité et spontanéité comme on le dit, comme n’importe quel autre candidat. C’est naïf de croire cela. C’est justement illisible, Trump ou Clinton on a aucune idée de ce qui arrive.

        1. Un outsider, c’est quelqu’un qui n’est pas un politicien, comme le neurochirurgien Ben Carson, par exemple.

          1. Faudrait pas non plus surcôter les talents de Trump, les électeurs républicains perçoivent juste Trump pas comme quelqu’un de forcément compétent mais ils se reconnaissent dans le discours, l’attitude etc , voter pour quelqu’un parce qu’on considère qu’il prend le plus à coeur les soucis de l’américain moyen blanc rural qui se sent déclassé c’est pas voter pour de la compétence ou du talent, c’ est de l’homologie structural, ls gens de reconnaissent dans son franc parler, sa provocation permanente, ça rhétorique anti-élite, il flatte l’électorat en épousant ses discours au passions des électeurs républicains.
            Surprenant d’en faire une certaine éloge alors que le même type de personnage en France serait méprisé. Et puis le politicien à beau jeu de reprendre à son compte le ralliement pour du talent à la limite c’ est visible dans n’importe quel parti ou pour n’importe quelle élection

          2. Non, un outsider est quelqu’un qui adopte une communication qui lui donne l’air de ne pas entrer dans le moule, d’être contre le système, de contrer la bienpensance. Celui qui veut donner l’impression d’être une surprise, de s’imposer, qui représente l’inattendu. C’est juste une pure question de communication, rien de plus.

            1. L’outsider est surtout et d’abord celui qui gagne alors qu’on ne l’attendait pas.
              Il gagne parce qu’il est le meilleur et que les autres n’étaient que des canassons essoufflés, des has been ressassant des idées et des valeurs devenues tellement ringardes qu’elles ne font plus rire mais qu’elles agacent à la fin celui qui a la patience de les écouter ou qui ne peut pas faire autrement.

              Les élites qui vont être balayées représentaient à l’époque Reagan puis à nouveau à celle des Bush le renouveau du parti républicain par rapport aux vieilles barbes de l’époque précédente (Ike, Nixon). Elles ont fait leur temps et ce seront d’autres avec d’autres idées qui formeront l’élite du parti comme cela se fait depuis le commencement – en vous rappelant également que les EUA sont la plus vieille démocratie du monde occidental moderne puisque leur guerre d’indépendance date de 1776 (fin en 1783) et que leur Constitution fut ratifiée par les 13 colonies d’origine en 1790 avec les Dix Premiers Amendements (bill of Rights – 1791) qui vont avec. Depuis, ils sont toujours sous la même république, n’ayant rajouté que 15 amendements à leur Constitution entre 1791 et aujourd’hui.

              1. « L’outsider est surtout et d’abord celui qui gagne alors qu’on ne l’attendait pas. »

                Non, cette définition suppose qu’il faut attendre le résultat final avant de déclarer que quelqu’un est un outsider, ce qui n’est pas le cas…

                « Il gagne parce qu’il est le meilleur et que les autres n’étaient que des canassons essoufflés, des has been ressassant des idées et des valeurs devenues tellement ringardes qu’elles ne font plus rire mais qu’elles agacent à la fin celui qui a la patience de les écouter ou qui ne peut pas faire autrement. »

                Vous dites cela car vous ne voyez pas que ce n’est que de la communication. Regardez en France, qui sont les prétendus outsider ? Le Pen, Mélanchon, Fillon… Bref, ces gens qui ressassent des idées déjà vues depuis longtemps et qui sont difficilement du sang neuf. Vous ne prenez que quelques particularités du cas Trump (dont on ne connait toujours pas les idées d’ailleurs…) pour établir votre définition. Être un outsider se définit au niveau de la communication, du ressentit, cela n’a rien à voir avec le contenu d’un programme. Si le libéralisme n’avance pas, c’est justement car la politique n’a au final peu à voir avec la raison mais tout avec la passion.

                « Les élites qui vont être balayées représentaient à l’époque Reagan puis à nouveau à celle des Bush le renouveau du parti républicain par rapport aux vieilles barbes de l’époque précédente (Ike, Nixon). Elles ont fait leur temps et ce seront d’autres avec d’autres idées qui formeront l’élite du parti comme cela se fait depuis le commencement »

                Mouais bof, pour la politique étrangère Trump a prit des conseillers qui étaient tous là sous Bush, dont certains étaient déjà la sous Reagan… D’ailleurs comme je le dis souvent, Trump est toujours aussi illisible, ses conseillés semblant dire l’inverse de ce que les journalistes interprètent dans ses paroles.

                1. Les idées de MLP ne sont pas nouvelles, bien évidemment, mais elles furent longtemps moquées et niées par la doxa dominante PS et UMP à une époque où l’évolution du monde et les évènements n’avaient pas encore validé plusieurs analyses du parti national. C’est fait maintenant et c’est pourquoi elles sont mieux connues aujourd’hui et ont donc un impact certain sur l’électorat directement impacté par les résultats de la politique traditionnelle (menée depuis longtemps)
                  Il en est de même pour Trump qui n’est pas le premier a avoir défendu des idées de rupture devant l’électorat. Mais cet électorat n’était pas encore mur pour élire ceux qui les défendaient avant Trump. Il l’est aujourd’hui.

                  Les propositions alternatives ne deviennent valables qu’après que les politiques menées auparavant aient échoué d’une manière tellement visible que même l’électeur le plus borné et le moins politisé en arrive à se poser des questions sur la pertinence des politiques menées jusqu’à présent et sur la qualité des politiciens qui les soutenaient.

                  1. Les idées de MLP sont les idées du parti communiste des années 70 et/ou 80 qui nous sont servies avec un nouvel enrobage communicationnelle. Ce sont des idées qui furent abandonnées par le PS et l’UMP tellement celles-ci étaient absurdes. Si on ne peut pas dire la même chose de tout les mouvements populistes, le FN est clairement une revanche du passé, des communistes qui devant l’échec manifeste de leur doctrine sont devenus aigris et se sont mélangé à la veille extrême droite française. Sauf à tordre les faits, il n’y a absolument rien de validé, aucune solution proposé par le FN n’a pas déjà échoué à de multiples reprises à l’étranger. Le FN est l’un des partis les plus passéiste et antilibéral de tout les partis d’importance en occident. Il n’y a pas de rupture de proposé, juste la continuité de ce qui a déjà échoué, c’est les idées de ceux qui souhaitent continuer la « rupture avec le capitalisme » de Mitterrand malgré l’échec évident de ce programme. Ajoutons qu’en bon parti laïcard français, c’est un parti anti-conservateur, encore plus maintenant que c’est Phillipo qui tient la barre. Un énarque qui a prit le contrôle du FN après avoir senti le bon plan pour satisfaire son ambition, les autres partis étant déjà remplis de ses semblables.

    2. Les Démocrates ont pour mascotte un âne.
      Est ce assez parlant? 🙂

  4. Correction de détail: « contrairement à toute attente… des zélites autoproclamées… »
    Pour ma part, et pas mal de sans-dents, pas de surprise: l’électeur américain moyen a des opinions qui feraient passer Marine LePen pour une joyeuse gauchiste.
    L’excès même de Trump, en regard de sa carrière professionnelle exemplaire à plus d’un titre, fait sa force.
    Les Américains moyens savent qu’il est plus raisonnable qu’il veut paraître, et aussi déterminé.
    Gageons que Clinton, exemple de corruption et de connivence, paiera cher sa totale incompétence.

  5. Rien de surprenant à ce que l’establishment Républicain, « la droite » américaine, soient secoués. D. Trump sorti de nulle part (en matière politique) arrive comme un cheveu sur la »soupe politique américaine ». Personne ne l’attendait, car la classe politique tourne sur elle-même et de ce fait , est déconnectée du peuple. Le peuple américain vient de lancer un pavé dans la mare. Et ce pavé ne manque pas de contenu. En regardant de près, ce que propose, pour l’instant D. Trump l’on peut constater qu’il y a de la cohérence dans ses propositions. Son programme qui sera plus affiné permettra de voir les points de rupture avec le politiquement correct qu’offrait la classe politique aux Américains. Ceux-ci à une très large majorité y seront gagnants. Les USA redeviendront une grande puissance.B. Obama ayant largement contribué au déclin des États Unis, le renouveau peut être envisagé avec D. Trump.

    1. Liberte5 Bon commentaire. Beaucoup de rebondissements à prévoir cette semaine avec l’establishment républicain.

      1. Il y aura la désignation du vice président: Ted Cruz de la droite dure Tea party et Bible belt ? Mais cela ferait trop artificiel. Alors Kasich le modéré ou Suzanna Martinez, gouverneur du nouveau Mexique, qui a l’avantage d’être une femme et une hispanique ?..ou encore un autre peu ou pas connu.
        Mais le vice-président doit apporter des voix ou des sympathies dans telle ou telle communauté

    2. Trump en fait ne vient pas de nulle part. En regardant sa bio, je constate qu’il avait été un supporter de Ross Perot (indépendant) en 2000 avant de passer démocrate et financer la campagne d’Hillary Clinton en 2008 avant de se réinscrire au parti républicain en 2009.
      Se remémorer qui était Ross Perot est intéressant car cela peut donner des indications sur ce que pense Trump sur le plan économique. Il y a une continuité entre ce que disait Perot et ce que dit Trump aujourd’hui. https://fr.wikipedia.org/wiki/Ross_Perot

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