Primaires de New York : Trump et Clinton triomphent ; Ted Cruz humilié

Publié Par Daniel Girard, le dans Amérique du Nord

Par Daniel Girard, depuis Boston (Etats-Unis).

Donald Trump en campagne dans le Nevada pour la primaire républicaine en janvier 2016

Darron Birgenheier-Donald Trump in Reno Nevada-janvier 2016 (CC BY-SA 2.0)

Après avoir été terrassé par Ted Cruz au Wisconsin le 5 avril dernier, Donald Trump avait promis de rebondir avec force dans l’État de New York. Le milliardaire n’a pas raté sa chance. Il a défié les sondages en décrochant plus de 60% du vote contre seulement 25,2% pour John Kasich et à peine 14,8% pour le sénateur texan Ted Cruz.

95 délégués étaient en jeu dans l’État. En l’emportant avec une telle majorité, Donald Trump a pu décrocher 90 des 95 délégués. John Kasich a récolté les cinq autres. Le sénateur Ted Cruz a été blanchi. Les résidents de l’État de New York n’ont pas digéré son commentaire sarcastique sur les valeurs de New York.

Mission impossible pour Ted Cruz

La débâcle du Texan à New York fait en sorte qu’il lui sera impossible de remporter l’investiture d’ici la convention de juillet. Ted Cruz compte 553 délégués et il n’en reste que 680 à décrocher alors que le seuil victorieux est de 1237. Le sénateur texan ne pourra l’emporter que lors d’une convention contestée, qui n’aura pas lieu si Donald Trump remporte 57% des 680 délégués restants. Pour le milliardaire, Ted Cruz est éliminé mathématiquement.

La déconfiture de Ted Cruz aux mains de Donald Trump est ironique. Ted Cruz avait revêtu l’habit de l’outsider au Sénat américain en faisant cavalier seul contre l’Obamacare, au grand dam de ses collègues républicains. En se lançant dans la course à la présidence, Ted Cruz a voulu capitaliser sur la colère des électeurs républicains contre Washington. Mais Donald Trump lui a ravi cet habit d’outsider en disant à haute voix ce que beaucoup d’électeurs veulent entendre mais n’osent pas dire de peur de heurter la rectitude politique. Lors d’un sondage à la sortie de l’urne sept électeurs de Donald Trump sur dix ont dit appuyer l’idée du milliardaire d’empêcher les musulmans d’entrer aux États-Unis.

Donald Trump est aussi devenu le champion de la lutte contre l’immigration illégale, liée au trafic de drogue et à la perte d’emplois, le défenseur des intérêts américains contre la concurrence déloyale de la Chine et il n’a pas hésité à réclamer plus de vigueur de l’OTAN, qu’il a qualifié d’organisation désuète. Ted Cruz a été incapable de concurrencer Donald Trump dans ce registre d’idées. Il a continué de se présenter comme le grand défenseur de la constitution, un sujet qui interpelle bien peu des électeurs préoccupés par leur situation économique.

Ted Cruz, candidat de l’establishment

Réfractaires à l’idée de voir Donald Trump devenir le candidat républicain et, comme le disait Lindsay Graham, devant choisir entre l’injection de poison et la fusillade, c’est sans enthousiasme et en petit nombre que des politiciens républicains ont commencé à appuyer et à financer avec des SuperPacs le sénateur qu’ils ont tant détesté. Ce faisant ils ont fait de Ted Cruz le candidat de l’establishment. Il aura de la misère à s’en remettre.

Dure défaite de Bernie Sanders

Tout comme Ted Cruz, le démocrate Bernie Sanders a vu son sentier vers l’investiture de son parti rétrécir. Le sénateur du Vermont semblait pourtant sur une lancée après avoir accumulé une série de victoires parfois surprenantes. Originaire de Brooklyn, Bernie Sanders ne s’attendait pas à la victoire, mais il espérait perdre par tout au plus cinq à sept points. La défaite fut cinglante, par près de 16 points. Hillary Clinton a coiffé Bernie Sanders par 57,9% contre 42,1%. Précisons que pour voter aux primaires de New York il fallait s’être inscrit au registre des électeurs il y a un an, ce qui a généré beaucoup de frustration chez plusieurs jeunes qui n’ont pas pu voter pour leur candidat. Contrairement à plusieurs autres États, New York ne permettait pas aux électeurs indépendants de voter aux primaires, ce qui a désavantagé le sénateur du Vermont, populaire auprès des jeunes, comme on le voit à la sortie de l’urne.

Ce que l’on a aussi constaté à la sortie de l’urne, c’est que Bernie Sanders ne parvient pas à percer chez les Noirs et les Latinos, ce qui augure mal pour la suite de la lutte à l’investiture.

Mais malgré la défaite, et les appels d’Hillary Clinton à l’unité, Bernie Sanders refuse de jeter l’éponge. Il estime voir le sentier de la victoire devant lui et il compte poursuivre son chemin.

Le prochain Super mardi : déterminant

Le mardi 26 avril sera déterminant pour Bernie Sanders et Ted Cruz. Cinq États sont en jeu. La Pennsylvanie et le Maryland sont les plus riches en délégués. Les électeurs du Rhode Island, du Connecticut et du Delaware seront aussi aux urnes. Ce sera un test central pour Ted Cruz. Une faible performance électorale ce jour-là paverait la voie à l’investiture incontournable de Donald Trump.

  1. « Précisons que pour voter aux primaires de New York il fallait s’être inscrit au registre des électeurs il y a un an… »

    Avec une précision pareil, on peut déduire que Sanders aurait pu faire un 80/20 sur les moins de 30ans.
    A point à noter quand certains nous défendront Clinton comme le futur …

  2. Sanders est cuit mais je ne suis pas loin de penser que le parti démocrate l’est tout autant. En effet, même si Clinton aura l’investiture, les idées de Sanders sont tout sauf marginales au sein de l’électorat démocrate, il n’est donc pas exclu qu’un groupe « pro Bernie », qui serait l’équivalent du Tea Party à gauche, émerge au Congrès et gêne considérablement Clinton et ses amis. Ce scénario est même d’autant plus probable que Sanders a remporté les primaires dans des terres démocrates alors que Clinton n’a rien à espérer de la Caroline du Sud ou du Mississippi en terme d’élus (et même dès novembre).

    Les élections de mi-mandat seront sur ce point très intéressantes, surtout lors du stade des primaires locales.

  3. Stéphane Boulots

    Cruz n’est pas humilié, sa défaite était prévue. L’objectif n’était autre que d’empêcher Trump d’acquérir la totalité des délégués dans un état où il y a quelques temps les sondages lui donnait près de 75% de votes. C’est la seule raison du maintient de Kasich : Cruz seul n’aurait jamais volé 5 délégués à la razzia annoncée.

    La question n’est pas de savoir si Cruz ou Kasich peuvent avoir la majorité des délégués mais de savoir si les délégués de Rubio et des autres autres éliminés feront le poids et si Trump n’atteindra pas la majorité.

    Les votes en Califormie et en WA ne pouvant se décider qu’à la marge et les petits états du nord étant gagnables autant par Kasich que par Cruz.

    La course pour une convention contestée s’annonce serrée, mais tout semble indiquer que Cruz a choisi son camps, qui n’est pas celui d’un ticket avec Trump… Sachant que celui-ci s’imposerait de fait en cas de victoire de Trump.

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