La Belgique, terre de libéraux

Publié Par Gaspard Koenig, le dans Belgique

Par Gaspard Koenig
Un article de GenerationLibre

Atomic crédits Matt B (CC BY-NC-ND 2.0)

Atomic crédits Matt B (CC BY-NC-ND 2.0)

Donald Trump a récemment qualifié la Belgique d’ « Enfer sur Terre ». Pour corriger cette grossière image, j’aimerais partager ce que j’y ai trouvé, quelques jours avant les attentats : un paradis intellectuel. Si la Belgique fait les gros titres pour ses terroristes, il ne faudrait pas oublier ses libéraux, plus actifs et mieux structurés que dans la plupart des pays européens.

Imaginez-vous au siège du Mouvement réformateur, seul parti francophone dans l’actuel gouvernement de coalition. Les débats qui animent en France quelques cercles confidentiels d’initiés tocquevilliens ont ici lieu au grand jour. Un jeune entrepreneur du numérique dénonce avec véhémence les misères que lui fait une administration obsolète. Un député vante les mérites intégrateurs des nouvelles formes de travail, en rappelant que 30 % des chauffeurs Uber viennent des banlieues les plus défavorisées.

Liberté intellectuelle

Le directeur des études [Corentin de Salle], un professeur de philosophie qui a publié une anthologie en trois volumes sur « la tradition de la liberté », développe une analyse très subtile, fondée sur Adam Smith, pour démontrer que l’économie dite « collaborative » reprend les mécanismes et les usages du capitalisme le plus exacerbé. Il rappelle que Colbert avait fait exécuter 16.000 ouvriers pour avoir vendu des « indiennes » (cotonnades) sans autorisation : comme toujours, le marché libère et le corporatisme tue, avec la complicité du pouvoir central. Dans l’assistance, les activistes libertariens côtoient les entrepreneurs et les attachés parlementaires.

On annonce les prochains thèmes de réflexion, qui nourrissent directement le travail gouvernemental : revenu universel, démocratie liquide, compte temps. Et on ne boude pas les plaisirs de l’esprit, avec l’annonce d’une conférence sur la fameuse leçon de Foucault au Collège de France consacrée à l’histoire du libéralisme. Le lendemain, dans les studios d’une radio de service public, le présentateur de la matinale revient sur le débat entre Rawls et Habermas. Le bonheur.

Le plat pays a donc su s’inspirer non seulement de nos frites, mais aussi de notre Déclaration des droits de l’homme (on dit d’ailleurs que les pommes frites du pont Neuf sont nées avec la Révolution française). Le Mouvement réformateur se réclame explicitement du Congrès libéral belge de 1846. « Le libéral, peut-on lire sur son site, est celui qui croit que le premier devoir de l’Etat, c’est d’assurer la liberté des citoyens. » Et son président, Charles Michel, écrivait avant de devenir à trente-huit ans le plus jeune Premier ministre de l’histoire récente que « le libéralisme c’est aussi et surtout un humanisme, une doctrine visant le libre développement et l’épanouissement de l’homme dans toutes ses facultés ». Les mesures qu’il tente de mettre en place aujourd’hui vont dans le sens de cet épanouissement individuel : renforcement du statut des indépendants, promotion du « crowdfunding »… En Belgique, il semblerait que même les humoristes puissent être libéraux, comme l’excellent Walter, dont on peut lire les meilleures saillies anti-étatistes dans un recueil tout juste publié (Ne croyez pas que ça n’a rien à voir, Éditions Plon).

Fédéralisme bureaucratique

Si le programme du Mouvement réformateur reste largement dans les limbes, c’est que le fédéralisme belge, avec son millefeuille de responsabilités croisées, est gravement dysfonctionnel et interdit toute réforme d’ampleur. L’actualité l’a tristement illustré. Alors que le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, prétend avoir donné l’ordre de fermer le métro une vingtaine de minutes avant l’attentat de Maelbeek, il semblerait que l’absence de coordination des structures fédérales et régionales explique le retard tragique pris par la STIB (la société des transports bruxellois). Les querelles incessantes entre État, communautés linguistiques, régions, provinces et communes n’ont rien de drôle.

Alors que le terrorisme cherche à nous diviser, nous avons plus que jamais besoin de la tradition de la liberté. On peut exiger que l’État de droit règne à Molenbeek et ailleurs sans renoncer, bien au contraire, à notre conception d’une société ouverte. Souhaitons que la Belgique s’inspire de notre efficacité jacobine et que, en retour, nous en rapatrions quelques sains principes de philosophie politique, étrangement disparus de leur terre d’origine.

#JeSuisBelge

Sur le web

  1. « Souhaitons que la Belgique s’inspire de notre efficacité jacobine… »

    J’imagine que ce doit être un trait d’humour belge.

    1. Non, celui d’un communiste puisqu’il défend la fonctionnarisation totale de la société via le RU.

  2. La censure sur un site libéral, vous êtes sérieux?
    Il n’est donc plus possible de critiquer ouvertement Gaspard Koenig qui se prétend libéral mais qui défend des idées socialistes.

    1. Je suis Belge et je sais vraiment pas comment il a fait pour trouver des libéraux en Belgique. De plus quand il parle de quelqu’un comme Corentin de Salle qui effectivement fait partie du centre d’étude du MR (soit disant parti libéral), il y a un gouffre immense entre ce qu’il dit et ce que le MR fait. Au mieux le MR est de centre droit mais j’aurai plutôt tendance à dire qu’ils sont centristes. Pour en revenir à Gaspard Koening, est-ce qu’on peut arrêter de dire qu’il est libéral svp, ca fait mal aux vrais libéraux.

      1. C’est simple, il s’agit de libéralisme selon G. Koenig.

        1. C’est à dire tout sauf du libéralisme.

  3. Bonjour,

    Quelqu’un pourrait me donner des références sur les 16000 ouvriers exécutés sur ordre de Colbert. Est ce un épisode précis ou une période ? Où cela c’est-il passé à un endroit particulier ou sur tout le royaume de France ?

    Je ne trouve pas d’info sur ce sujet or à la vue du nombre (16000) et même si l’époque n’était pas clémente cela me semble important.
    Si je trouve de mon coté je rajouterai un commentaire.

    Cordialement

    1. Bon… je n’ai rien trouvé sur ces 16000 (!) ouvriers mis à mort sur ordre de Colbert. J’en viens à penser que c’est un délire…

  4. Franchement, c’es n’importe quoi, j’ai du mal à voir en quoi la Belgique est une terre libérale. Ce pays est peut être plus libéral que la France mais il est loin d’être très libérale.
    Le MR est considéré comme parti libéral mais en vérité, il n’a pas grand chose de libéral.
    D’ailleurs, si vous discutez avec des membres de ce soi disant parti libéral vous ferriez que la plupart de ses membres ne savent pas ce qu’est le libéralisme, ils ne connaissent pas les principaux auteurs libéraux. Vous seriez choqué de la méconnaissance de la plupart de ces gens concernant le libéralisme.
    En gros, ce que veulent ces soi disants libéraux c’est un état providence qui puisse fonctionner tout en essayant de préserver les entreprises (ils se rendent quand même compte que ce sont elles qui créent de la richesse). Cela n’a rien à voir avec le libéralisme classique. Qu’il soit clair, je suis parfaitement au courant qu’il n’y a pratiquement aucune chance pour qu’un vrai parti libéral arrive au pouvoir mais il existe certains partis traditionnels plus au moins libéraux (PLR, Parti conservateur (en GB),…). Certes, on ne peut pas dire que ce sont de vrais partis libéraux mais au moins, ce sont des partis qui ont un certain degré de libéralisme. Mais des partis comme le DP au luxembourg ou le MR en Belgique n’ont pas grand chose de libéraux..

    1. Votre réaction n’a rien d’étonnant. Vous avez sans doute l’habitude de Contrepoints et de souhaiter une société libérale basée sur la théorie livresque théorique et, en cela, parfaite, alors qu’aucun de vos (trop) nombreux députés ne se revendique clairement « pur libéral ». Déjà, c’est comique et cela diminue le poids de vos arguments contre les libéraux (peut-être pas « à la française ») ailleurs, dans le monde!

      D’autres, ailleurs, mettent « les mains dans le cambouis » et font progresser des idées libérales dans les lois d’un pays, modestement, peut-être, mais il est difficile de faire plus dans des coalitions … comme il est difficile d’imposer vos idées libérales comme un nouvel évangile auquel tous DEVRAIENT souscrire: le libéralisme est d’abord et avant tout, le respect de la liberté individuelle de chacun, y compris de penser différemment, évidemment!

      Contrairement à la France, la Belgique n’est pas dirigée par un monarque provisoire et la politique gouvernementale y est forcément plus démocratique car l’opposition y est autrement plus active que votre droite en déliquescence et aussi silencieuse!

      En Belgique, comme au Luxembourg, la politique n’est pas aussi simpliste et binaire qu’en France, où, à droite comme à gauche, ce sont des partis-mammouths mélangeant des « tendances » et des « clans » différents qui « se haïssent cordialement » mais se réunissent bien sous la même bannière d’un gros parti qui a droit à des subsides plantureux de l’état sous prétexte d’éviter la corruption.

      Et faire la confusion entre la Belgique et le Luxembourg est grotesque: le Luxembourg est un pays d’essence libérale. Certes, il existe bien une sécurité sociale autrement efficace ou gérée qu’en France. Mais bien des services publics comme des missions de la poste ou des bus de transports en commun sont sous-traités à des compagnies privées, forcément sans grèves!

      La Belgique conserve de son histoire industrielle (charbon et acier) un côté plus social; le système fédéral actuellement établi en est encore à essuyer les plâtres: des modifications sont déjà en préparation puisque, par pragmatisme, chaque dysfonctionnement n’est plus caché mais demande une correction du système pour l’éviter, à l’avenir.

      Le gros bénéfice des coalitions aux pouvoirs (qui ralentissent les décisions et augmentent les discussions, j’en suis d’accord), c’est qu’on ne revient pas sur ce qui a été décidé. (Pas question de détricoter ce que le président précédent a fait avant vous! – Pour ceux qui n’auraient pas compris-).

      Non, je ne suis pas sûr du tout que ces pays doivent s’inspirer de votre pseudo-efficacité jacobine: l’auteur se trompe lourdement: nous n’avons aucune envie que nos états nous bouffent 57,5 % de PIB pour finir quand même l’année en déficit budgétaire, donc en alourdissant la dette. Je crains fort qu’on aille chercher nos améliorations ailleurs!!!

      1. miky stouffs: « Vous avez sans doute l’habitude de Contrepoints et de souhaiter une société libérale basée sur la théorie livresque théorique »

        Dans la vie réelle, la Belgique détient le record du taux d’imposition devant la France, est classée 35eme pour la liberté économique, a une dette à plus de 100%, un taux de chômage assez semblable à la France, un état de « droit » et une démocratie qui, même moins sinistrée qu’en France, sont aussi défaillants.

        On est très loin d’un libéralisme réel comme appliqué en Suisse en Australie ou au Canada qui sont pourtant loin de la pure théorie.
        Il ne faut pas confondre en plus les libertariens, idéologues extrémiste attachés a l’utopie et les libéraux classique.

  5. L’Open VLD, parti libéral flamand belge est bien plus libéral que le MR

    1. Plus libéral, ne veut pas dire libéral, le parti socialiste est plus libéral que le PTB ….

  6. On est d’accord entre « vrais » libéraux belges ( ceux de l’UdL et du Pari Libertarien ) : Gaspard Koenig n’a rien compris ni au libéralisme, ni au Mouvement Réformateur !

    1. À quoi sert un parti qui a une idéologie parfaite si il n’a pas d’élu?

      C’est un choix!

      La virginité est remarquable mais totalement inefficace: la Belgique est la terre des compromis qui eux, au moins, respectent vos cosignataires qui ont le droit de ne pas penser comme vous, leur liberté étant aussi respectable que la vôtre! Il n’est pas libéral de penser le contraire!

      1. Pierre-Yves Novalet

        La Belgique est une terre d’escroquerie. Les « libéraux » du MR augmentent la pression fiscale, l’interventionnisme économique et réduisent les libertés civiles. Je ne vois pas qui est respecté par cette bande de truands.

  7. Pierre-Yves Novalet

    Y aurait-il moyen que la rédaction de Contrepoints évite d’injurier de la sorte le peu de vrais libéraux/libertariens belges ? Merci !

  8. Assez sidéré de lire un tel article. Les bars m’en tombent… J’ai « fui » la Belgique, justement parce que le raisonnement et la pensée libérale en étaient absents et ce, dans tous les domaines (économique, politique, social, philosophique,…). Je n’ai fait qu’y naître et n’y ai vécu que 39 ans… Sans doute était-ce trop court pour finalement découvrir que malgré les scores ridiculement faibles du parti libertarien belge et/ou de l’UDL, la Belgique était la « terre des libéraux ». Zut alors, je remballe tout et je reviens !
    Bien sûr, Corentin de la Salle écrit/dit peut-être des choses intéressantes mais quelle est son influence sur les élus MR ? Quelle la dernière fois qu’un élu MR a parlé de liberté individuelle, de spoliation légale ? Quand cette liberté individuelle a-t-elle été défendue, voire simplement mentionnée dans les discours ou les débats politiques ? Le MR est au gouvernement depuis plus de 10 ans. Les impôts ont-ils reculés ? Le marché libre a-t-il crû ? Les libertés individuelles ont-elles progressé ? Dans combien de domaines, la place de l’Etat belge a-t-elle diminué ?
    Dans ce pays, « terre des libéraux », je rappelle qu’il faut une autorisation de l’Etat pour exercer le métier de coiffeur…
    M. Koenig, nous n’avons vraiment pas les mêmes références ni la même définition du mot libéralisme.

    1.  » Dans ce pays, « terre des libéraux », je rappelle qu’il faut une autorisation de l’Etat pour exercer le métier de coiffeur… »

      En Suisse c’est pareil.

      D.J

    2. Vous avez fui la Belgique?

      Ah bon! et vous êtes mieux où?

      Pourquoi ne pas le dire? Si c’est en France, je vous plains déjà et je compatis: je sais ce que c’est! À moins que vous habitiez un site extraordinaire que ce très beau pays a réuni et que vous n’ayez pas trop à faire avec l’administration, ce côté particulièrement pénible du tableau!

  9. Je ne vais pas contredire l’auteur ni ses détracteurs étant donné que la Belgique est un pays que je ne connait pas trop. Je trouve juste dommage que l’auteur du billet ne se défend pas suite à tout ces commentaires qui estiment qu’il a tort. Je sais que les articles sur Contrepoint ne sont pas toujours publié directement par leur auteurs dont même certains ignorent qu’ils sont publiés ici.

    D.J

    1. Gaspard Koenig ne prendra sûrement pas la peine de nous répondre, il nous est bien trop supérieur. Enfin c’est ce qu’il doit penser en bon socialiste qu’il est.

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