Métaux précieux : enfin la hausse… ou faux espoirs ?

Publié Par Eberhardt Unger, le dans Monnaie et finance

Par Eberhardt Unger

Agora

Jusqu’à fin 2015, les prix des métaux précieux étaient depuis plusieurs années sur une tendance baissière.

Les articles de presse et les participants aux marchés, en particulier en Amérique du Nord et en Europe occidentale, étaient tous pessimistes quant aux évolutions futures. Les investisseurs institutionnels ont eu des positions short exceptionnellement élevées. Seules — et a contrario — la Chine, l’Inde et la Russie sont restées acheteurs.

Tout d’un coup le vent semble tourner

Depuis le début de l’année, le prix de l’once d’or a augmenté de 15% et celui de l’argent-métal de 11% ; pour la première fois depuis 2011, le graphique technique montre un sommet plus élevé que celui obtenu précédemment, comme montré ci-dessus. Le prix de l’or a même déjà annulé sa baisse de 2015. Analystes et journalistes sont redevenus prudemment optimistes.

C’est que, d’un point de vue technique, l’état du marché n’est plus le même : suite aux taux d’intérêt négatifs, aux turbulences monétaires et aux conflits militaires, les investisseurs privés qui, habituellement, ne détiennent que de faibles quantités d’actifs en métaux précieux, ont fait de l’or leur « refuge sûr ».

Par ailleurs, les paiements en espèces pourraient être limités, les billets de 500 euros peut-être interdits et la détention de liquide sur les comptes bancaires devenir plus coûteuse. De nombreuses banques semblent avoir des difficultés.

Les marchés boursiers sont particulièrement volatils. Les achats d’obligations ne sont pas recommandés, et la hausse des taux américains, qui était encore, fin décembre, prévue en mars, n’est plus aussi certaine en raison de la faiblesse du développement économique aux États-Unis. En conséquence de quoi, il n’y a guère d’alternatives d’investissement intéressantes aux métaux précieux.

L’équilibre offre/demande

D’un point de vue fondamental, la relation offre/demande semble être de plus en plus tendue. Selon le World Gold Council, la demande d’or a augmenté au quatrième trimestre 2015, de 4% par rapport à l’an dernier, pour atteindre son plus haut niveau depuis 10 trimestres, soit 1 117,7 tonnes.

En 2015, la demande a été pratiquement inchangée (-14 tonnes) à 4 212 tonnes (t) : la faiblesse de la première moitié de l’année a été compensée par la forte demande dans la seconde moitié. La hausse au quatrième trimestre est principalement due à la demande des Banques centrales (+33 t) et celle des investisseurs (+25t), légèrement amputée par la baisse de la demande de l’industrie de la bijouterie (-6 t) et celle du secteur technologique (-6t).

L’offre reste sous contrainte : la production minière croît de 1%, son taux le plus bas depuis 2008 et le secteur du recyclage est à son niveau le plus bas. L’ensemble de l’offre a diminué de 4% à 4 258 t, son plus bas depuis 2009. Un certain nombre de mines d’or envisagent de réduire leur production car les prix de marché actuels ne permettent pas de couvrir les coûts de production.

La balance des comptes courants de la Zone euro affiche, pour 2015, un excédent de 314 milliards d’euros (3% du PIB) après 246 milliards d’euros (2,4% du PIB) en 2014. En 2016 l’excédent devrait être du même ordre. À titre de comparaison, les États-Unis ont un déficit chronique de la balance des comptes courants autour de 450 milliards de dollars, remettant en question la domination du dollar. Du point de vue fondamental, c’est un argument en faveur d’un dollar plus faible et on sait que, historiquement, l’or et le dollar tendent vers une corrélation inverse : quand le dollar monte le prix de l’or baisse et vice versa.

Conclusion

Les marchés des métaux précieux sont très probablement proches d’un retournement. Du point de vue des fondamentaux et d’une approche technique du marché, il y a des arguments assez solides pour des prix plus élevés.

Les investisseurs plutôt guidés par une approche technique du marché devraient passer acheteurs au moment où le prix de l’once va dépasser son dernier plus haut niveau de 1 250 $ l’once.

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