Dégradation de la note française : Ah, sacré Krugman !

Publié Par Kevan Saab, le dans Économie générale

Par K.

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Parmi les économistes, il est des joueurs de flûtiau plus bruyants que la moyenne. Paul Krugman, dont le New York Times assure une caisse de résonance hors-norme à ses billets quotidiens, fait assurément partie des plus assourdissants. Aujourd’hui, alors que la France vient de perdre son AA+ chez Standard & Poor’s, Paul Krugman nous donne l’occasion de retrouver le sourire avec un de ces billets (ici) où le lecteur alterne entre franche rigolade et facepalm atterré.

Revenons donc sur le raisonnement douteux de notre ami pour ceux qui n’auraient pas le courage de lire son billet:

1 – Les agences de notation n’ont pas accès à de meilleures informations économiques que le FMI ou que ses confrères.

2 – Les agences félicitent le Royaume-Uni et tance la France, pourtant la France s’en sort mieux (ne riez pas, il a vraiment écrit ça, le pauvre).

3 – En fait, la décision de S&P est de nature idéologique.

Bon, analysons cet épais tissu d’âneries point par point, en reprenant les affirmations de Krugman une par une.

It can’t be overemphasized that the rating agencies have no, repeat no, special information about national solvency — especially for big countries like France. Does S&P have inside knowledge of the state of French finances? No. Does it have a better macroeconomic model than, say, the IMF — or for that matter just about any one of the men and women sitting in this IMF conference room with me? You have to be kidding.

Vous avez bien lu, Krugman assiste à des conférences du FMI ! Quel cador ! Voilà qui devrait impressionner les garçons en culotte courte de chez S&P. Et qui plus est, il a accès aux meilleurs modèles macro-économiques de ce monde. Ah, les néo-keynésiens et leurs futiles querelles pour savoir qui a les meilleurs modèles macro-économiques… D’un ridicule à pleurer surtout quand on sait à quel point ces modèles sont faillibles.

En fait, quand on parle d’évaluation des risques de défaut, les données économiques nécessaires à une bonne interprétation de la situation sont largement accessibles même au grand public. À l’heure d’internet, n’importe qui peut accéder aux clés de compréhension des problèmes économiques de ce monde. Passons maintenant au point numéro 2 défendu par notre économiste nobélisé.

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Figure 1: début de l’indexation à une date accommodante et prévisions optimistes jusqu’en 2018, nul doute, c’est pipeau magistral, c’est du Krugman !

Ici, Krugman tente de nous démontrer que la situation économique en Angleterre serait pire qu’en France à l’aide d’un graphique montrant le PIB par habitant indexé. Là encore, Krugman nous sert des prévisions jusqu’en 2018. La bonne blague ! Ignorons tout de suite ces chiffres tout droit sortis du chapeau pour nous concentrer sur les données vérifiées. Ainsi donc, Krugman veut comparer la richesse par habitant entre le Royaume-Uni et la France, allons-y !

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L’analyse du PIB par habitant entre le Royaume-Uni et la France révèle au grand jour le déclin français. Alors que la France avait toujours été plus riche que nos voisins britanniques depuis les années 60, la France s’est enfoncée dans le socialisme et le Royaume-Uni s’en est éloigné sous l’influence de Margaret Thatcher. En 1997, le basculement inévitable se produit : pour la première fois depuis les années 60, les Anglais sont à nouveau plus riches que nous. Ce renouveau du Royaume-Uni, dont Krugman omet soigneusement de parler, passe par la spécialisation de l’économie anglaise dans le domaine des services (finance, banques, audit, ingénierie, etc.). Ainsi, le Royaume-Uni, de par l’importance de son secteur financier, a été plus durement impacté par la crise de 2007 d’où la violente contraction du PIB anglais entre 2007 et 2009, cependant depuis 2009, le Royaume-Uni est de nouveau sur la route de la croissance contrairement à la France. La preuve avec un petit graphique indexé comme les aime Krugman, commençant en 2009 cette fois-ci :

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Et sinon, Krugman oublie de mentionner la question du chômage, autre indicateur important pour connaître la santé économique d’un pays. Corrigeons donc cette omission malheureuse :

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D’un côté, la France avec un chômage officiel à quasiment 11% et une tendance nettement haussière, de l’autre le Royaume-Uni avec 7,7% de chômage et une tendance nettement baissière. Monsieur Krugman, un commentaire ?

En fait, quand on s’intéresse un temps soit peu aux chiffres, on remarque très vite que l’économie française est dans un marasme alarmant qui s’aggrave de jour en jour. N’en déplaise à Krugman et ses acolytes, la méthode Hollande1 qui consiste à faire enfler l’imposition et le poids de l’État est un échec total, la méthode Cameron appliquée outre-Manche depuis 2010 faite de coupes nettes dans la dépense et l’imposition commence, elle, à porter ses fruits. D’ailleurs, aux dernières nouvelles, ce sont les Français qui s’expatrient en masse de l’autre côté de la Manche, signe ô combien révélateur du contraste économique entre le climat économique français et anglais. Eh oui, les faits sont têtus, et surtout en contradiction totale avec les recommandations économiques du docteur Krugman.

Abordons maintenant le dernier argument et clé de voûte du raisonnement foutraque de l’ami Krugman, j’ai nommé l’idéologie des agences de notation. Pour notre économiste, les choses sont bien simples : les agences de notation sont en croisade contre l’État-Providence et donc sanctionnent la France pour cette raison. Malheureusement pour Krugman, les faits sont là encore diablement têtus : la quasi-totalité des pays avec un AAA chez S&P, c’est-à-dire la meilleure note possible, sont des pays occidentaux avec des dépenses sociales relativement importantes. Encore un argument complètement à côté de la plaque pour notre néo-keynésien préféré. En fait, cette deuxième dégradation de la note de la France est totalement méritée et intervient même bien tardivement au vu du naufrage complet de l’appareil économique du pays. Les gars en culotte courte de chez S&P ont juste fait preuve de bon sens, et non pas d’idéologie, en réévaluant la note de la France.

  1. Bien évidemment, François Hollande n’est pas le seul président de la Vème République à avoir su se distinguer dans la hausse d’impôt et la dépense publique tout azimut, mais étant donné son incroyable entrain à vouloir pousser ce type de socialisme anachronique à son paroxysme, on baptisera ce détonnant cocktail économique la méthode Hollande par simplicité.

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  1. Comme lezs écolos, ne pouvant démontrer le moindre réchauffement climatique, ont inventé « le fond des océans qui se réchauffent » (sans que cette chaleur ne remonte, au mépris de la Physique), Kurgman a inventé l’économie triomphante que ne se mesure que par la hauteur de la dette :-)

    Décidément, les prix Nobels (GIEC et Krugman) deviennent des marques d’infamie :-)

  2. Vous oubliez de signaler que Krugman accusant S&P d’idéologie c’est l’hôpital qui se fout de la charité… D’ailleurs S&P a une obligation de fiabilité dans ses estimations au risque de perdre en crédibilité, leur premier soucis n’est pas de faire passer une idéologie. A contrario Krugman accroit sa popularité en flattant les lecteurs du NYT dans le sens du poil et en flattant leurs opinions.

  3. Le graphique en base 100 2009 n’a pas beaucoup d’intérêt à part de translater artificiellement la courbe du Royaume-Uni au dessus de celle de la France.
    On voit bien que le RU repart plus vite que la France depuis 2009, pourquoi bidouiller ainsi la visualisation de cette tendance ?

  4. Aidez le pauvre néophyte que je suis à y voir plus clair !
    De mon point de vue, l’agence de notation donne une opinion sur la solvabilité d’un emprunteur.
    Dans le cas de la France, la dette publique est presque à 100% du PIB.
    Les clowns des différents gouvernements successifs n’ont pas réussi à faire un budget à l’équilibre depuis plus de 30 ans et le pays ne peut payer que les intérêts de la dette.
    On y ajoute un chômage record …
    Bref il est miraculeux que cette note n’ait pas été dégradé plus tôt …
    Une plausible explication de ce miracle est la possibilité d’un braquage à la chypriote, à part ça, je ne vois pas.
    Malheureusement je ne suis ni économiste, ni nobel. Du coup j’ai parfois l’impression de ne pas comprendre ces évidences :-S

    1. L’agence chinoise Dagong a déjà dégradé la note de la fRance à B+, ce qui est plus conforme à la réalité. Mais comme les Chinois sont des gros cons qui habitent loin et qui ne font pas beaucoup de business avec la France, ça ne compte pas.

  5. Krugman ,un incompétent de plus ?Il devrait surtout lire « le retour au standard-or  » du professeur Fekete c’est simple et cela se lit sans fin!Mais peut être est trop demander de connaitre les vraies raisons de la crise gravissime que nous traversons?

  6. lol marasme? venez en angleterre vous verrez ce qu’est le marasme. ici aussi les boites ferment de plus en plus. la difference c est que les gens ne s incrivent meme pas au chomage ca sert a rien ou alors chomeurs plein temps + alloc etc.
    la methode cameron a porte ses fruits? d ou ca sort parce que tous les jours les anglais attendent la reprise. elle a ete officielement repoussee a 2015 en attendant de voir si la methode a marchee.

    1. Foutaises.

      Le chômage n’arrête pas de baisser en Angleterre depuis le retour au pouvoir des Tories, malgré les coupes dans la fonction publique, on se rapproche même des taux d’emploi/ de chômage pré-crise. Toutes les mesures statistiques l’attestent, allez vérifier par vous même:

      http://stats.oecd.org/

  7. Pas de souci, les préteurs continuent à faire confiance à la dette française, ils savent que le moment venu, l’état predra le fric où il est, dans l’épargne de français. J’en connais qui perdrons leur bonne humeur de bisounours lorsqu’ils seront appelés à être solidaire de cet état oligarchique.

  8. « Ce renouveau du Royaume-Uni, dont Krugman omet soigneusement de parler, passe par la spécialisation de l’économie anglaise dans le domaine des services (finance, banques, audit, ingénierie, etc.). »
    —————————
    Contrairement à une idée reçue, malgré la « spécialisation » financière du Royaume-Uni, le secteur industriel britannique est passé devant celui de la Franchouillie, tant en termes d’emplois qu’en PIB ! Auquel faut-il ajouter l’essor prochain du gaz de schiste qui a toutes les faveurs du gouvernement Cameron.
    C’est dire à quel point on est mal barré sur tous les plans.

    1. Très juste, c’est d’ailleurs ce qui avait été rappelé à Sarkozy, qui avait éculé ce faux poncif sur l’industrie britannique pendant la campagne de 2012. La vérité, c’est que notre PIB industriel est derrière celui des Britanniques et même derrière celui des Italiens.

  9. C’est un article est d’un ridicule sans précédent. Je ne sais pas comment vous vous documentez mais toutes ou quasiment toutes les tendances sont haussière pour la France sur du moyen terme. Descendre la France pour descendre la France et ainsi toucher sont gouvernement c’est aussi ridicule que vos graphique qui n’ont même pas la même échelle de temps. Et puis votre formidable article ne traite pas un point, sans doute le plus important, la dette. Qui est bien plus importante chez nos amis d’outre manche et moins bien noté que la notre. Je ne pense pas que ce soit un hasard, notre structure économique est beaucoup plus solide que celles des anglais pour la simple et bonne raison que la leur est plus sensible au fluctuation économique du fait qu’il se soit concentré sur les secteurs telles que la finance, l’assurance etc. Un choc pétrolier et nos amis redescendent bien bas.

    1. le secteur financier (banque + assurance) represente une part plus grande du PIB en France qu’au RU.
      le secteur industriel, par contre, represente une part plus petite en France.

      la dette publique est plus elevee en France qu’au RU, et en plus on refuse de baisser les depenses publiques, et le consentement a l’impot vacille. La decision de S&P est donc parfaitement logique.

      le PMI industriel de la France est le seul (avec celui de la Grece) en Europe a indiquer un recul de l’activite au dernier trimestre (<50)

      l'immobilier au RU vient de prendre 10% cette annee, en France l'immobilier baisse.
      Et comme le rapelle l'article, jusqu'a preuve du contraire, ce sont bien les jeunes francais qui traverse la manche pour trouver du travail, pas l'inverse.

      1. Ha, et aussi, la croissance au RU devrait atteindre les 2% cette annee, en France on va la maquiller pour eviter la recession, pour la deuxieme annee consecutive…

    2. « quasiment toutes les tendances sont haussière pour la France sur du moyen terme. »

      Vous parlez du chômage, c’est ca?

      « Et puis votre formidable article ne traite pas un point, sans doute le plus important, la dette. Qui est bien plus importante chez nos amis d’outre manche et moins bien noté que la notre. »

      Bien plus importante? 90.7% du PIB en Angleterre, 90,2% en France. Bref, on est au même niveau.

      Voilà, les notes de crédit pour les deux pays maintenant, alors, moins bien notée que la notre leur dette?

      FRANCE:
      S&P: AA STABLE Moody’s: Aa1 NEGATIVE Fitch:AA+ STABLE TE Rating: 95.36 NEGATIVE

      UK:
      UNITED KINGDOM
      S&P: AAA NEGATIVE Moody’s: AA1 STABLE Fitch: AA+ STABLE TE Rating: 97.96 NEGATIVE

      http://www.tradingeconomics.com/country-list/rating

      Encore une connerie à partager avec nous, David?

    3. Faut voir comment est structurée la dette : en France, c’est un tiers pays, un tiers Europe et un tiers reste du monde. Quand le reste du monde retirera ses billes, ça va faire très mal aux nationaux car quand il faudra la restructurer, l’Etat les plantera et esseaira faire bonne figure auprès de ses crééanciers étrangers.