La Chine devient-elle moins autoritaire ?

Publié Par Steve Chapman, le dans Asie

Grâce au capitalisme, la sphère d’autonomie personnelle est désormais bien plus large en Chine que du temps des heures sombres de Mao Zedong.

Par Steve Chapman, depuis les États-Unis.

L’air de Pékin est sérieusement mauvais. Mais à quel point ? Sur une échelle de 1 à 500, selon l’Agence de Protection Environnementale des États-Unis, toute donnée dépassant la barre des 100 est mauvais pour la santé et tout ce qui dépasse les 400 est considéré comme une urgence. Récemment, l’indice de pollution pour Pékin a atteint un score de 755. Pour la comparaison, ce serait comme respirer de l’air lors d’un incendie de forêt en étant dans le sens du vent tout en fumant un cigare.

Les dirigeants communistes chinois contrôlent ce genre d’informations habituellement. En 2009, lorsque l’ambassade américaine à Pékin avait commencé à diffuser des chiffres sur la qualité de l’air sur sa page Twitter, le gouvernement lui avait demandé d’arrêter, en vain.

Mais lorsque l’air du pays contient assez de particules pour façonner des briques, il devient difficile de déclarer que le ciel est bleu. Et dernièrement, les autorités ont décidé que la censure sur ce sujet était inutile.

« Je n’ai jamais vu une telle couverture des médias chinois sur la pollution de l’air » déclare Jérémy Goldkorn, un correspond à Pékin du New York Times. « Du journal People’s Daily à la Télévision Nationale Chinoise, l’information est largement couverte, sans même essayer d’y mettre un tournant positif. » En Novembre, le président a même fait état de la nécessité de combattre la destruction environnementale.

La pollution n’est pas le seul élément détectable dans l’atmosphère chinoise ces derniers temps. Ce mois-ci, après que le gouvernement soit intervenu dans une affaire d’édito dans un journal national basé à Gangzhou, des protestataires ont monté l’une des manifestations les plus téméraires depuis celles de la Place Tian’anmen en 1989 – pendant plusieurs jours, la police ne s’en est pas mêlée et les a laissés faire.

Des slogans, qui auraient été en temps normaux sévèrement punis, étaient entendus : « À bas le Parti Communiste ! » Contrairement à Tian’anmen, cela n’a pas fini en bain de sang. Le journal dont les employés ont menacé de faire grève n’a pas eu à mettre la clé sous la porte.

Passé inaperçu dans tout ça, un rapport de l’agence nationale de l’information annonce que le gouvernement pourrait bien démonter son fameux système de « ré-éducation par le travail » où les petits criminels, personnes religieuses, et dissidents ont souvent été emprisonnés sans procès. « Si cela peut être aboli cette année, je pense que cela serait une étape de première importance dans la législation » estime He Weifang, professeur de droit à l’Université de Peking, selon Reuters.

C’est peut-être un peu trop espérer. Depuis au moins 1989, les partisans des droits de l’homme ont espéré que la Chine évoluerait bientôt vers une société plus libre et démocratique, mais jusqu’à présent ils ont toujours été déçus.

Les Jeux Olympiques de Pékin en 2008 étaient supposés être un moyen de pression pour pousser le gouvernement à l’ouverture et la tolérance. Au lieu de cela, l’artiste qui a participé au design du fameux stade « Nid d’oiseau », Ai Weiwei, s’est retrouvé en détention pour ses déclarations publiques contre les abus et les mauvais traitements. En 2011, le gouvernement a lancé une charge brutale contre les mécontents.

Mais les gouvernements autoritaires ne durent jamais pour toujours, et celui-ci fait face à des changements qu’il ne peut contrôler. En 1996, Henry Rowen, spécialiste de l’Asie, remarquait que lorsque les pays atteignaient un niveau de revenu par tête de 8000$ (à moins que l’argent ne provienne du pétrole), ils devenaient invariablement plus libres. Au vu de la vitesse de développement économique de la Chine, il prédisait qu’elle deviendrait une démocratie « d’ici aux environs de 2015. »

Quand je l’ai contacté la dernière fois au sujet de cette prédiction, Rowen semblait optimiste. Des revenus de plus en plus importants dans une classe moyenne grandissante ne sont pas l’unique stimulus à un changement positif, il note aussi qu’« augmenter les niveaux d’éducation prédispose également les populations à exprimer leurs visions qui affectent leur sens de la justice ou qui affectent directement leurs vies. »

De par la montée du capitalisme en Chine, la population du pays a gagné une grande part de liberté – dans des domaines critiques tels que l’endroit où ils travaillent, où ils vivent, et où ils peuvent voyager. La sphère d’autonomie personnelle est bien plus vaste qu’elle ne l’était durant la sombre époque de Mao Zedong.

La technologie tient ses promesses : « la blogosphère est un endroit très vivant et c’est déjà immense », déclare-t-il. « La censure essaye désespérément de couper les sujets qui ne leur plaisent pas. » La population mécontente contre le gouvernement trouve désormais facilement d’autres personnes qui sont d’accord avec eux et se mobilisent pour diffuser l’information.

Les Chinois se sont également mis à voyager à l’étranger – et plus particulièrement à Taiwan, qui a férocement contesté les élections, une presse agressive et des débats ouverts. Ceci est la preuve vivante que la démocratie peut se développer en Chine sans soulèvement social désastreux ou de la violence en masse.

Rien de surprenant à ce que le Parti Communiste pense pouvoir empêcher de tels changements sur le continent. Les régimes tyranniques sautent rarement sur l’occasion de responsabiliser les citoyens. Mais ce régime-ci n’est pas dépourvu de puissantes forces libérées par le miracle économique qui a transformé la Chine.

Le Parti Communiste insiste sur le fait que l’ancien système dictatorial fonctionne très bien pour une société moderne. C’est un air bien connu, mais d’une certaine manière, les Chinois ne peuvent plus le sentir.


Paru sur Reason.com le 28.01.2013 sous le titre Is China Becoming Less Authoritarian?
Traduction : Virginie Ngo pour Contrepoints.

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  1. La Chine est une dictature communiste pauvre, dont le PNB / H (en parité de pouvoir d’achat) est un peu moins élevé qu’en Jamaïque (vers les 7600 dollars par an).

    Le PCC n’est absolument pas prêt à négocier son pouvoir sur la population, qu’il maintient en puisant dans l’épargne des campagnes pauvres, sous rémunérée, pour alimenter les investissements des entreprises d’etat ou dirigées par des oligarques.Pour s’élever en Chine, il faut du réseau, et le réseau passe toujours par le Parti.

    Plutot que de céder le pouvoir politique, le PCC préfèrera lâcher du lest sur le plan social, en livrant en pâture ses éléments les plus corrompus.

    C’est bien mal connaître la Chine que de croire que la prospérité illusoire des côtes et des centre villes peut avoir un quelconque impact politique. Ces jolis immeubles sont les « villages Potemkine » du régime. Allez dans l’arrière pays : c’est pas la Corée du Nord, mais presque.

  2. Jolie conclusion: ‘Le Parti Communiste insiste sur le fait que l’ancien système dictatorial fonctionne très bien pour une société moderne’

    C’est clair que si il y en a un qui fait faux c’est toute la nation qui a la honte de faire pareil. Donc on saurait trop répondre qu’ils ont raison de fermer les yeux.

    Qu’ils continuent donc de se developper dans ce style trash.