Falaise fiscale : comment tuer ce qu’il reste de reprise économique

Publié Par Reason, le dans Amérique du Nord

Qu’est-ce que la falaise fiscale qui menace les États-Unis ? Comment l’éviter ? Avis d’experts à lire dans notre dossier spécial publié en collaboration avec le magazine américain Reason.

Par James Pethokoukis (*), depuis les États-Unis.
Article paru initialement sur Reason.com sous le titre The Fiscal Cliff.

Pendant ces quatre dernières années, Washington a mené une expérience audacieuse : prendre une économie souffrant de sa crise la plus grave depuis près d’un siècle, et voir ce qui arrive quand on la charge d’un tas de nouveaux impôts et réglementations (et d’autres encore menacent d’arriver), tout en propulsant la dette à des niveaux qui menacent la croissance. Le résultat ? La reprise économique la plus faible de toute l’histoire des État-Unis.

Le moment est maintenant arrivé de la seconde phase de l’expérience : prenez une reprise économique qui se traîne à peine au-dessus de la vitesse de décrochage, et frappez-la d’environ 800 milliards (environ 5% du PIB) de hausses d’impôts et de baisses des dépenses prévues. Le résultat ? Sans doute catastrophique.

Avant d’explorer de futures récessions, jetons un coup d’œil à celles du passé. La seule période comparable de « durcissement budgétaire » sévère depuis la Seconde Guerre mondiale a pris place en 1968, quand Washington a tenté de payer la guerre du Vietnam en refroidissant une économie surchauffée, avec une surtaxe générale sur les revenus des personnes et des entreprises. Cette hausse d’impôt, avec quelques coupes budgétaires, s’élevait à 3% du PIB. La croissance a brutalement ralenti. À la fin de 1969, l’économie entre dans une petite récession qui durera jusqu’en novembre 1970.

Le gros problème de cette stratégie, cette fois, c’est que l’économie n’est plus ce qu’elle était en 1968, quand la croissance était à 5% et le chômage en dessous des 4%. Comme une récente analyse de Citigroup le formule, « À la différence de cette période du passé où le resserrement budgétaire était conçu pour être contre-cyclique et stabilisateur, la falaise fiscale qui approche renforcerait les faiblesses et fragilités existantes, à la fois aux États-Unis et dans l’économie mondiale de manière générale ».

Même une récession limitée en 2013 pourrait pousser le chômage au-dessus de son pic de 10%, qu’il a atteint lors de la Grande Dépression. Et cela pourrait créer une réaction désastreuse si l’économie américaine chancelait alors que le reste de l’économie mondiale, particulièrement en Europe et en Chine, ralentit déjà.

Un objectif simple devrait guider Washington dans son approche de la falaise fiscale : déplacer les ressources du secteur public vers le secteur privé. Ce qui signifie réduire graduellement les dépenses publiques en part du PIB, comme dans les années 1990, et simultanément adopter une réforme de l’impôt en faveur de la croissance, comme dans les années 1980. Washington a besoin de signaler aux marchés qu’il compte sérieusement réduire le déficit et pousser la croissance, sans quoi l’Amérique ne pourra jamais s’échapper du piège de la dette, et encore moins remettre des millions d’Américains au travail.

(*) James Pethokoukis écrit pour l’American Enterprise Institute, sur le thème « Money & Politics ».

Traduction : Benjamin Guyot/Contrepoints.org

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