Médecine privatisée vs. « Obamacare »

Publié Par Contrepoints, le dans Santé

Un centre chirurgical fournit une médecine privatisée à bas prix grâce à la libre-concurrence.

Médecine privatisée. Il y a 3 ans, le Dr. Keith Smith, co-fondateur et partenaire dirigeant du Centre Chirurgical de l’Olklahoma, a pris une décision qui n’aurait été considérée comme radicale que dans l’industrie médicale : il a publié en ligne une liste des prix de 112 opérations chirurgicales courantes. Cet homme de 51 ans, s’auto-proclamant libertarien, et son collègue, Dr. Steve Lantier, ont fondé le Centre Chirurgical 15 ans plus tôt, après de nombreuses désillusions sur la façon de traiter les patients au St. Anthony Hospital de la ville d’Oklahoma, où les deux hommes travaillaient en tant qu’anesthésistes. En 1997, Smith et Lantier achetèrent les locaux d’un ancien centre chirurgical avec pour objectif de créer un complexe à but lucratif qui proposerait des soins d’excellences pour un prix bien moins élevé que ceux des hôpitaux traditionnels.

La raison principale d’un tel prix des soins de santé aux Etats-Unis est le système du tiers-payant, un concept typique dans lequel A achète des produits et services à B qui sont payés par C. Du fait que les compagnies d’assurance privées ou le gouvernement payent la plus grosse part de la note pour les services médicaux, les patients ne disposent pas du tarif réel qui leur permettrait de connaitre la valeur des-dits biens et services.

Le modèle du Centre Chirurgical à destination du consommateur pourrait bien devenir commun alors que de plus en plus d’Américains souhaitent une alternative au marché de la santé traditionnel – une conséquence involontaire de l’Obamacare. Les patients n’ont pas d’autres choix que de chercher de nouvelles solutions que celles de l’industrie médicale traditionnelle pour faire face aux coûts de plus en plus élevés et à l’accès de plus en plus restreint aux médecins et hopitaux.

Le Centre Chirurgical démontre qu’il est possible d’offrir des soins de haute qualité à prix raisonnables. « J’ai toujours trouvé cela très intéressant » déclare le Dr. Jason Sigmon, « que dans n’importe quelle autre industrie, on fasse particulièrement attention à rendre le système plus efficient, alors que dans l’industrie médicale, nous avons complètement perdu cet aspect. » Sigmon, un chirurgien ORL, pratique régulièrement des opérations au Centre Chirurgical et au Integris Baptist Medical Center de la ville d’Oklahoma, qui représente l’hôpital traditionnel par excellence. Il est dirigé par une entité à but non lucratif appelée Integris Health, qui est le plus grand centre de soin d’Oklahoma, au service de près de 700 000 patients chaque année.

Sigmon estime qu’il peut opérer près de deux fois plus en une journée au Centre Chirurgical qu’à Integris. Dans cette dernière institution, il passe la moitié de son temps à attendre pendant que le personnel s’agite sur des éléments logistiques aussi basiques que le transfert des patients des soins préopératoires à la salle d’opération. Quand le patient arrive, Sigmon doit parfois à nouveau patienter pour disposer de l’équipement nécessaire à l’opération.

A l’exception du personnel religieux, chaque employé au Centre Chirurgical est impliqué directement dans les soins aux patients. A titre d’exemple, les ressources humaines et l’entretient du bâtiment font parties des responsabilités de l’infirmière en chef. « Une des raisons pour lesquelles nos tarifs sont si bas, » explique Smith, « c’est que nous n’avons pas de personnel administratif courant dans tous les sens dans leurs costumes à 4 ou 5000 dollars. »

En 2010, le top18 des employés administratifs de l’Integris Health, ont reçus une compensation moyenne de $413 000, selon le 990 tax form des organisations à but non lucratifs. Il n’existe aucun employé administratif au Centre Chirurgical.

Du fait que les factures envoyées à Integris sont payées à l’origine par les compagnies d’assurance ou le gouvernement, l’hôpital se permet de surcharger ses services. Reason s’est procuré une facture pour une procédure que le Dr Sigmon a pratiqué chez Integris en Octobre 2010 appelée «complex bilateral sinus procedure, » qui aide les patients souffrant d’infections nasales chroniques. La facture, ne comprenant que les frais hospitaliers sans coûts d’anesthésiste ou de l’intervention du Dr. Sigmon, arrivait à un total de $33 505. Lorsque Sigmon pratique la même opération au Centre Chirurgical, la facture totale s’élève à $5885.

La facture d’Integris pour cette même opération nasale a été directement envoyée au Blue Cross d’Oklahoma, afin que le patient n’ait aucune raison de remettre en question cette scandaleuse marge. Ils y ont ajouté une charge de $360 pour un stéroïde appelé dexamethasone, qui, acheté en gros, revient à 75 centimes. Ou bien la triple charge totalisant $630 pour un medicament appelé fentanyl citrate, qui coûte au total $1.50 à l’hôpital.

Alors que les patients et les compagnies d’assurance ne paye que rarement le prix total d’une facture hospitalière, plus grosse est cette dernière, au plus l’hôpital gagne. Les patients non assurés chez Integris bénéficient généralement d’une remise de 50%, alors que l’assurance privée paye un montant plus proche de 60% du total de la facture, ce qui reste dans tous les cas plus élevés proportionnellement que ce que le Centre Chirurgical gagne.

Integris Health n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet. Mais dans une déclaration récente, l’organisation défendait ses tarifs ahurissants sur la base qu’il était nécessaire de couvrir les pertes offertes pour les services rendus gratuitement. Qu’importe l’intérêt d’un tel argument, Integris doit également couvrir les frais généraux de l’inefficacité bureaucratique que le Centre Chirurgical est parvenu à éliminer.

Les coûts toujours plus élevés de l’assurance santé a amené des entreprises à trouver de nouveaux moyens pour s’en sortir avec le système du tiers-payant. Les Health Maintenance Organizations, ou HMO, en sont un exemple. Aujourd’hui, un nombre grandissant de firmes abandonnent leurs fournisseurs d’assurance santé et « s’auto-financent », autrement dit les entreprises payent les frais médicaux de leurs employés directement via leurs revenus. Ce modèle était virtuellement nonexistant 30 ans auparavant, et aujourd’hui on estime que 60% d’Américains travaillent pour une entreprise à système « auto-financé ».

Ces dernières, comme des patients individuels, peuvent négocier directement avec les hôpitaux des prix plus bas. Dernièrement, une poignée d’entreprise « auto-financées » du Fortune 500 ont négocié directement avec des hôpitaux d’envergure pour les soins offerts à leurs employés.

Dans la ville d’Oklahoma, il existe un marché de la santé alternatif qui prend forme et dans lequel les hôpitaux offrent des services médicaux à des tarifs compétitifs auprès des entreprises « auto-financées ». Tout ceci modelé à partir du Centre Chirurgical.

C’était la grande idée de Jay Kempton, président de The Kempton Group, qui gère des plans de soins médicaux pour ces sociétés. Lorsque Kempton a rencontré Keith Smith, il s’est mis en tête de trouver un moyen d’aider ses clients à gérer la hausse des coûts de santé. « Les procédures d’avant-garde coûtent chère, et c’est justifié » reconnait Kempton. « Mais ce que nous constatons également, ce sont les fortes hausses dans des opérations souvent bénignes, telle qu’une remise en place du genoux ou encore une libération du canal carpien. Ces choses ne devraient pas subir une inflation plus importante que de 10 à 15% par an. »

Kempton et Smith ont donc décidé de lancer un système de réduction des coûts : si leurs employés acceptent d’être traités au Centre Chirurgical au lieu d’un hôpital traditionnel, ils n’auront pas à s’acquiter des participations forfaitaires et autres franchises.

Aussitôt, d’autres centres chirurgicaux et hôpitaux ont approché Kempton. Il existe aujourd’hui 4 centre de soins médicaux participant à ce consortium de tarifs réduits, et d’autres sont prêt à se joindre au groupe.

June Wietzikoski est un patient type qui bénéficie de ce marché alternatif. Elle travaille en tant que responsable de prêt pour une banque communautaire de Groesbeck au Texas, qui a pour client le Kempton Group. Elle a subit une opération de libération du canal carpien au Centre Chirurgical pour le prix tout-compris de $2775, couvert par son employeur. Si elle s’était rendu à un hôpital traditionnel dirigé par Integris, la facture décomptée aurait couté prêt de $7452 et elle aurait été personnellement responsable du surplus de $5299, car elle n’aurait pas eu de franchise.

« Cela me rend dingue de savoir que des personnes se retrouvent en faillite à cause du système de soin actuel alors que la plupart du temps, les coûts sont complètement injustifiés. » déclare Smith.

Le modèle de Kempton est-il copiable dans d’autres lieux ? Il y a des obstacles. L’Oklahoma dispose d’un secteur entreprenarial de soins médicaux peu commun, qui provient d’une décision de 1989 de fqire reculer les lois étatiques sur le Certificate of Need (CON). Ces lois du CON, qui sont toujours en vigueur dans 35 états, ordonnent que tout complexe médical nécessite une permission d’un bureau projet avant d’être créer, ce qui en pratique permet aux hôpitaux traditionnels d’user de leurs influences politiques pour se prévenir de l’arrivée de nouveaux entrants sur le marché.

Une nouvelle disposition cachée dans la réforme Obamacare, interdit effectivement aux médecins de créer leurs propres hôpitaux ou d’agrandir les hôpitaux qu’ils possèdent déjà, ce qui a été largement interprété comme un petit cadeau à l’ American Hospital Association.

Le Centre Chirurgical est exempt de ce statut, puisque ce n’est techniquement pas un hôpital et qu’il n’accepte aucun Medicaid ou Medicare. Smith et Lantier songent donc à aggrandir leur centre afin d’accueil une clientèle toujours grandissante.

Smith estime que malgré les obstacles, des complexes gérées par le marché tels que le sien verront le jour et se multiplieront lorsque les consommateurs comprendront la connivence coûteuse entre un gros gouvernement et un important syst-me de santé.

Smith déclare d’ailleurs : «  Tout le monde peut avoir accès à nos prix au Centre Chirurgical, et ces soins médicaux à prix abordable sont possible. La voie est grande ouverte ».

 

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Source : Reason

Traduction : Virginie NGO pour Contrepoints

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  1. Et BAM ! J’espère que vous avez envoyé cet article en copie aux rédacteurs en chef de tous les torchons subventionnés qui passent leur temps à cracher sur la liberté et le secteur privé.

  2. L’exemple le plus frappant de l’effet pervers des systèmes de fianncement des soins par un tiers, c’est bien celui des lunettes.

    Dans les pays où vous payez directement, des lunettes de vue coûtent dans les 30-50 euros. Ici, c’est plutôt dix fois plus. Pareil pour les réparations: au Chili, une réparation (branche cassée) m’a coûté une vingtaine d’euros, faite immédiatement. En France, c’est le prix de la monture vendue neuve (plus de 100 euros).

    En fait, mutuelles et professionnels se gavent d’argent public: le financement par la sécu revient à une énorme RENTE DE MONOPOLE fournie par l’état… sur notre dos à tous.

  3. Aux Etats Unis le système de santé et d’assurance maladie est loin être un système libre, et présente de nombreux dysfonctionnements qui sont non pas une conséquence du marché libre, mais des interventions étatiques. Des règlementations coûteuses sur les assurances ou l’exercice de la médecine, des montants délirants accordés en dommages-intérêts pour les patients (donc des assurances responsabilité civile faramineuses pour les médecins et hôpitaux), des pratiques inefficientes (telles que la césarienne systématique pour les accouchements…). lisez ceci (et les liens externes): http://www.wikiberal.org/wiki/Assurance_maladie_aux_%C3%89tats-Unis En 2009 aux usa, 49% des dépenses de santé étaient couvertes par l’État et 34% par les assurances privées. la santé américaine ne ressemble pas vraiment à un marché de concurrence pure et parfaite, mais plutôt à une jungle de conflits d’intérêts et de monopoles privés. Les régulations en vigueur sont titanesques et font tout pour bloquer la concurrence plus que pour l’aider.