Crise économique, le début des choses sérieuses

Publié Par Stephane Montabert, le dans Économie internationale

Retour sur la semaine catastrophe qui a marqué les économies européennes, et les réactions des politiques.

Par Stéphane Montabert, depuis Lausanne, Suisse

Eurozone

Pas de trêve estivale pour la crise.

Quasiment au lendemain de mon dernier billet sur la question, les politiciens européens décidaient d’une nouvelle politique interventionniste sur le domaine de la dette – la dette grecque pourrait ainsi être directement rachetée par les différents organismes publics pan-européens et, au lendemain de la décision, les bourses s’envolaient. L’Euro était sauvé! La prompte action politique avait enfin éteint l’incendie! Alléluia!

La rémission aura été de courte durée.

Le CAC40, l’indice des valeurs françaises, a battu un record depuis en enchaînant dix séances de baisse consécutives. Sur une semaine, la bourse a perdu plus de 10%.

Avec la perte du triple-A américain ce vendredi, les bourses du monde se voient offrir un magnifique boulevard à la baisse. À première vue, on pourrait affirmer que les Européens ne sont pour rien dans la mélasse américaine, mais c’est aller un peu vite en besogne. Le déficit américain est pour l’essentiel dû à des politiques socio-démocrates, qu’il s’agisse de dispendieux mécanismes de redistribution sous l’égide du gouvernement ou de plans de relance dilapidant l’argent des contribuables au bénéfice de quelques-uns – soit exactement les mêmes stratégies qui ont court en Europe, où Obama est tant aimé. D’autre part, on ne saurait justifier les baisses boursières de ces derniers temps par les seuls affrontements politiques d’outre-atlantique sur le plafond de la dette, d’autant plus qu’un compromis a été trouvé.

Finalement la perte du AAA américain infligée par Standard & Poor’s, alors que l’oncle Sam en bénéficiait depuis la création de l’agence dans les années 40, est un coup de semonce sérieux en direction de tous ceux qui se croyaient intouchables. Le message est clair. Il n’y a plus de tabou.

Vivement que tombe celui de la France d’ailleurs, parce que, honnêtement, prétendre que Washington serait moins capable de rembourser sa dette que Paris ne fait pas très sérieux. Les USA sont dans une mauvaise passe, mais ils sauront se réformer. La France, elle, est absolument irréformable – nous en aurons un aperçu lorsque M. Sarkozy (ou son successeur) tentera d’imposer la rigueur. Prévoyez des extincteurs, des vitres de rechange et ne garez pas votre voiture dans la rue!

Les records sont faits pour être battus: la série boursière à la baisse n’est pas terminée. Tel-Aviv, ouverte le dimanche, vient de dévisser d’un bon petit 7% en clôture. L’effondrement boursier généralisé vient d’ailleurs éclairer d’un jour peu flatteur la compétence de divers professionnels du domaine, qui conseillaient il y a peu de temps encore de préférer les actions aux obligations! Ils clamaient que le bilan des entreprises est bon, qu’elles ont du cash, et que lorsque tout va mal et qu’on ne fait plus confiance aux obligations d’État réputées sûres, mieux valait se rabattre sur les actions… Ceux qui ont suivi leurs conseils doivent leur dire merci!

Pour ma part, je n’ai jamais conseillé autre chose que de miser sur l’or et je le conseille encore.

Nous rentrons dans la zone de turbulences. La voix de la raison se fait entendre – il faut laisser les acteurs défaillants faire faillite, une responsabilité à la base même du capitalisme – mais ce n’est encore qu’un murmure dans la cacophonie. Ailleurs, les comportements les plus irrationnels commencent à se faire jour. Ainsi, en Italie, les locaux des agences de notation S&P et Moody’s ont été… perquisitionnés. Le motif? Leurs mauvaises nouvelles font baisser le cours de la bourse.

Le parquet de Trani a ouvert deux enquêtes, une pour chaque agence, après le dépôt d’une plainte par deux organisations de consommateurs qui s’inquiétaient des conséquences des rapports de S&P et Moody’s sur les cours de la Bourse de Milan. Une première procédure a été ouverte en mai 2010 après la publication par Moody’s d’un rapport mettant en garde contre les risques de contagion de la crise de la dette grecque aux banques italiennes. Une autre plainte a été déposée en mai lorsque S&P a menacé d’abaisser la note de la dette souveraine italienne en raison de l’ampleur de sa dette publique. Les enquêteurs se demandent enfin si des malversations ont été commises les 8 et 11 juillet, deux jours lors desquels la Bourse de Milan a accusé de lourdes pertes alors que beaucoup craignaient que l’Italie soit happée à son tour par la crise de la dette souveraine. L’une des deux organisations de consommateurs explique que sa plainte vise à déterminer si le plongeon soudain des marchés répondait à un « plan précis mis en place par des fonds spéculatifs ou par d’autres acteurs non identifiés qui pourraient être liés aux propos négatifs tenus à l’encontre des finances publiques italiennes par les agences de notation ».

Finissons avec les propositions de Ségolène Royal, digne représentante d’une gauche française toujours aussi douée en économie:

Ségolène Royal, candidate à la primaire socialiste pour 2012, a réagi samedi à la dégradation de la note des États-Unis par Standard and Poor’s, s’ajoutant à la crise de la dette dans la zone euro, en dénonçant le « manque de courage » des États pour mener certaines réformes.

« L’urgence en Europe comme aux États-Unis, c’est la relance de l’activité économique », fait valoir dans un communiqué la présidente de Poitou-Charentes.

Pour cela, ajoute-t-elle, les États doivent enfin « imposer au système financier des règles maintes fois annoncées mais jamais réalisées par manque de courage et en raison d’une idéologie libérale dramatique pour l’avenir de nos peuples ». (…)
Ainsi « la taxation des mouvements de capitaux, la réforme du système bancaire, l’interdiction de spéculer sur les dettes des États (sic) ne sont toujours pas en vigueur », dénonce-t-elle.

Avec des élites comme celle-là, on n’est pas sorti de l’auberge!

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Un article repris du blog de l’auteur avec son aimable autorisation.

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  1. « Le déficit américain est pour l’essentiel dû à des politiques socio-démocrates»

    PARDON!!! Et les baisses d’impôt «temporaires» de Bush en 2001… Et la guerre inutile en Irak depuis 8 ans… Le plan de relance (commencé par M. Bush lui-même) n’a pas fait passer la dette de 6 000 à 14 300 milliards…

    Je ne croyais pas que des baisses d’impôt républicaines et une guerre inutile étaient des politiques socio-démocrates. Merci

  2. 1) Une baisse d’impôt n’est pas libérale en soit. Pour l’être, il faut une baisse d’impôt ET une baisse de dépense équivalente.

    2) Quelqu’un a dit que Bush était libéral ?

    Le terme « social-démocrate » est peut-être difficile à interpréter dans l’article. Les termes « interventionniste » ou « étatiste » seraient plus adaptés.