Être libéral

Publié Par Institut Coppet, le dans Histoire du libéralisme

Par Henri Hude

Être libéral, à l'intersection de trois valeurs

Chaque jour, nous entendons parler de libéraux, de libéralisme, d’ultralibéralisme, etc. Il nous semble qu’il s’agit surtout de politique. Pourtant, historiquement, le sens du mot « libéral » n’était pas d’abord politique, mais intellectuel et moral. Rappelons donc ce sens moins usuel, mais classique. Qu’est-ce qu’être libéral ?

Les « arts libéraux

Par exemple, on a parlé des « arts libéraux » depuis l’Antiquité classique, pendant tout le Moyen-âge, et jusqu’au 19ème siècle. Ils étaient au nombre de sept : grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, astronomie et musique. Les arts libéraux n’étaient pas des « arts », au sens actuel des beaux-arts. Nous les appellerions plutôt des savoirs et des compétences, ou des savoir-faire, comme ceux des artisans, nommés ainsi à cause de leur art, de leur artisanat.

Les arts libéraux sont ceux qui ne servent qu’à cultiver en nous la qualité propre de l’homme libre. Ces arts « libéraux » étaient tenus pour nécessaires à la formation des « hommes libres ». Les hommes libres, dans l’Antiquité, sont ceux qui ne sont pas esclaves. Mais un homme libre ne mérite pas son nom uniquement par son statut juridique et politique, ni par son indépendance. Seul l’esclave en fuite se contente d’indépendance. L’essentiel, c’est l’autodétermination. Qui doit commander et obéir dans la cité, doit s’y préparer par la qualité de son éducation, en grec sa paideia. Son éducation « libérale » – la pratique des arts de l’homme libre – a pour but de le qualifier comme citoyen.

L’éducation libérale

L’homme libre doit étudier successivement les lettres et les sciences. Pas seulement les unes ou les autres. Les lettres, ce sont les humanités, la connaissance profonde et classique de l’humain, étudiées comme il convient à partir du langage, qui est la caractéristique principale de l’homme.

L’homme libre saura écrire et parler avec ordre et clarté, raisonner logiquement et convaincre ; il saura aussi persuader, ayant étudié la nature humaine dans les grandes œuvres classiques des orateurs, poètes, historiens, tragiques et comiques. Comme il connaît l’homme, il sait ce qui le fait agir et vivre, il connaît le bien.

Il a formé son goût, le beau étant pour lui l’expression sensible à la fois du vrai et du bien. Il a étudié les mathématiques et l’astronomie, de sorte qu’il sait ce que sont les vérités exigeantes, les démonstrations rigoureuses, l’effort intellectuel, et il appréhende l’ordre du cosmos, en grec, et en latin, du monde. Ces deux mots signifient « beau » dans les deux langues.

L’homme libre étudie les sciences, non pas d’abord pour leur utilité technique (on disait  « mécanique » dans l’Antiquité), qui n’en est qu’une retombée appréciable, mais pour saisir la vérité, l’harmonie du monde, pas seulement celle qui est beauté visible et parle aux sens, mais aussi l’harmonie invisible, celle qui se montre à l’esprit dans l’ordre des proportions du monde et de ses lois. L’amitié noble est la forme humaine de l’harmonie. Peut-être même est-elle divine.

Et c’est pourquoi il faut enfin qu’il étudie la musique, au double sens du mot, celui que tout le monde connaît, et celui du septième art libéral, qui consiste à contempler avec l’esprit l’harmonie universelle, à laquelle l’homme participe, et dont l’amour fait le sens de sa liberté. C’est dans cette harmonie que la musique, au sens de l’art des sons, éduque le corps, qui devient par elle homogène à l’âme, s’il s’agit d’une belle musique. La liberté d’ordre et d’harmonie, éthique et civique, telle est l’œuvre de l’éducation « libérale ».

Être libéral : la vertu de « libéralité »

Une personne « libérale » possède la vertu de « libéralité », qui est le juste milieu entre l’avarice et son opposée, la prodigalité. Un être libéral est celui qui sait comment bien user de son argent. Son acte propre est de dépenser quand il le faut, comme et autant qu’il il le faut.

Son acte le plus noble est le don. La générosité désigne en français la qualité d’une personne prompte à donner et à se donner sans compter. Mais elle désigne au sens premier l’individu de bonne famille, et même de grande famille (gens), libre par excellence, et qui se plaît à donner. Aristote disait que le sens de la propriété, c’était de pouvoir donner. Si l’on ne possède rien, que peut-on donner ? Si l’on ne donne rien, à quoi bon posséder ? Le désir d’acquérir pour acquérir est sordide, le désir d’acquisition est juste, s’il sert de moyen au don. Qui ne sait pas donner vit en esclave de l’argent. Et comme la plupart des choses sérieuses, dans la cité, comportent un aspect financier, la société libérale devrait être celle que gouvernent des généreux.

Une façon de donner en même temps aux autres, à soi-même et à la cité consiste à dépenser pour faire de grandes choses. Cela s’appelle la magnificence (facere magna = faire de grandes choses). Qui construit un palais en offre la façade au peuple et le prestige à sa ville et à son pays. La libéralité, quand elle a les moyens, sait être magnifique. La grandeur, c’est l’horizon de la liberté. Aimer la liberté, ce n’est pas d’abord chercher une indépendance, mais c’est agir avec générosité, commander avec justice, obéir avec modestie.

Qu’est-ce qu’une société libérale ?

Je suppose qu’il est permis de parler de société libérale à partir du moment où l’on y rencontre une culture libérale (des arts libéraux), une éducation libérale, et un bon nombre d’individus libéraux, c’est-à-dire remplis de libéralité, débordants de générosité.

Jules César, qui a détruit la République romaine pour sauver l’Empire de Rome (son hégémonie mondiale) avait reçu une parfaite éducation libérale. Aussi a-t-il écrit : « Tous les hommes aiment la liberté. » Il faudrait ajouter : tout être bien élevé ne conçoit pas la vie sans la liberté, ni la liberté sans l’harmonie comme son œuvre, sans la générosité comme son éthique, sans l’amitié comme son bonheur, et sans la grandeur comme sa mesure.

Une fois ceci rappelé, je veux bien parler de libéralisme. Je doute qu’un homme libre, je veux dire un homme libéral, ait beaucoup de goût pour les idéologies, y compris l’idéologie libérale, s’il y en a une. L’important, je crois, c’est de donner, autant qu’il se peut, au libéralisme un caractère « libéral » – au sens classique du mot.

Rappel : Conférence-débat avec Henri Hude et Michel Leter lundi 7 mars 2011 à 19h, au 35 avenue Mac Mahon, Paris 17e, sur les Etats-Unis : après la victoire des conservateurs, où va l’Amérique ? Entrée libre. (Organisée par le Bulletin d’Amérique, un projet de l’Institut Coppet)

  1. Il est vrai que votre tentative de réduction du libéralisme à la bourse et au marché est pour le moins lumineuse… Remballez votre anti-libéralisme et allez chercher votre liberté en Corée du Nord ou au Venezuela, vous nous en reparlerez.

  2. Don’t feed the troll!

  3. @ athos

    Puisque vous aimez bien l’Académie française, je vous donne la définition de son dictionnaire du terme libéralisme:

    « Doctrine morale et philosophique qui réclame pour tous la liberté des opinions et la liberté de conscience. Il se dit aussi d’une Doctrine civile et politique suivant laquelle il faut donner aux citoyens le plus de libertés possible et le plus de garanties possible contre l’ingérence de l’état ou l’arbitraire du gouvernement. Il se dit également d’une Doctrine économique qui s’oppose aux théories protectionnistes ou étatistes. »

    Et au niveau des auteurs libéraux, avez-vous lu Bastiat? Je vous donne en bonus un lien sur un de ses articles, courts, incisif, et plein d’humour: http://bastiat.org/fr/l_Etat.html

    1. Si seulement…

      1. Hu hu hu.

  4. Oh oh, un donneur de leçon, le petit livre rouge à la main qui vient réciter ses petites leçons bien apprise de la pravda officielle. Il a vu « libéral » ça lui a suffit, comme la cloche suffisait au chien de Pavlov pour saliver, « le libéralisme ? mais c’est le diable ça madame !!! »

    Manque de bol la cour des comptes peu suspecte de « libéralisme » tire les mêmes conclusions que les libéraux. D’ailleurs Laurent Joffrin de Libération (excusez du peu) dans son livre « La gauche bécassine » tire aussi les mêmes conclusions que les libéraux sur l’état Français. Il explique entre autre pourquoi la gauche et les médias sont incapable de tenir un langage autre que l’anti-capitaliste primaire par devant mais que dans les boudoirs ou aux affaires le son de cloche est tout à fait différent et ce rapproche des libéraux. Mais ça impossible de le dire sans que les brulots qu’ils ont eux-même allumé leur reviennent dessus.

    Laurent Joffrin… LOL !!! Le maitre penseur de la pravda Française qui ce défile laissant les idiots utiles monter au front pour ce ridiculiser avec des slogans auxquels il ne croit plus lui-même.

    Bonne lecture: http://livre.fnac.com/a1923443/Laurent-Joffrin-La-gauche-Becassine

  5. C’est une forte probabilité 🙂

    Pour l’instant il ne parle qu’en slogans appris par cœur, avec un peu (beaucoup) de bol il va lire et essayer de comprendre quelques mots ici ou là mais au vu de l’échange ça n’en prend pas le chemin.

  6. Attendez, n’allez pas trop vite avec Pathos !!!

    Il a déjà appris que les libéraux pouvaient arrêter de manger des enfants 5mn pour écrire, si pas hasard il ce rend compte qu’en plus vous êtes intelligent, cultivé et humain c’est la rupture d’anévrisme. (enfin… dans le cas ou il y aurait encore quelque chose à nécroser)

    Comme Pathos va manquer mon post plus haut je le remet:
    Laurent Joffrin de libération ne croit même pas aux slogans que vous débiter et dans ce livre
    il accuse la gauche d’être dogmatique et donne des recettes… libérales:
    http://livre.fnac.com/a1923443/Laurent-Joffrin-La-gauche-Becassine

    Et Joffrin lui ne mange pas de gosses ! Vous pouvez le croire, Libération c’est pas vraiment Minute !

    1. Les solutions que Joffrin préconise sont certes moins socialistes, mais n’en sont pas pour autant libérales.

  7. Vous rappellez à juste titre la défintion du terme libéral au sens philosphique du terme. Et c’est là qu’on se rend compte que la quasi totalité des partis libéraux européens n’ont rien de libéral. On peut même affirmer que les partis socialistes, sociaux chrétiens et meme presque extrémistes sont encore plus libéraux que les libéraux…. C’est gens sont dangereux ! Comment peut on voter libéral au 21e sicèles quand on voit que partout où cette politique est appliquée, elle échoue !

  8. « Comment peut on voter libéral au 21e sicèles quand on voit que partout où cette politique est appliquée, elle échoue ! »
    Où a t-elle échoué?

  9. c’est bien en quoi je m’assigne……….mais intéresse peu!!!

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