Le logement social l’est-il vraiment ?

Publié Par Jean-Baptiste Noé, le dans Logement & immobilier

Les socialistes, tels les poètes grecs de l’époque homérique, ont l’art d’inventer des mythes. Une des histoires qu’ils affectionnent le plus est le beau mythe du logement social. Ce serait à l’État, c’est-à-dire aux Français, de payer le logement des plus démunis. Moyen de réduire les inégalités, moyen de faire payer les riches, à aucun moment il ne semble admis que la politique de logement social puisse être un facteur d’aggravation du coût du logement, ni qu’il puisse être plus juste d’aider les pauvres à s’enrichir pour qu’ils puissent se payer le logement qu’ils souhaitent. Les fondements théoriques de la politique du logement social sont donc faux. Les conséquences pratiques en sont catastrophiques. Voici ici quelques chiffres qui permettront de bien saisir le débat.

Quelques chiffres sur le logement social

En Ile-de-France, 70% de la population est éligible au logement social. Oui, 70%, alors que la loi n’oblige les communes à n’avoir « que » 20% de logements sociaux. Pour autant ce n’est pas 70% de la population qui vit dans des conditions miséreuses, d’où sort alors ce chiffre idyllique de 20% que les communes se doivent d’atteindre sous peine d’amendes et de sanctions ?

Élu d’une commune des Yvelines d’un peu moins de 20.000 habitants j’ai pu éprouver l’absurdité de la loi SRU, notamment à travers les variantes de la définition du logement social. En effet, logement social ne signifie pas HLM, ni logement pour pauvres, comme la majorité de la population le pense. Une commune proche de la mienne est ainsi passée, en une nuit, de 27% de logements sociaux à 12%. Combien de logements ont-ils détruit cette nuit là ? Aucun, mais à l’Assemblée une loi a modifié la définition du logement social, si bien qu’une grande partie de leurs logements qui était classée en social s’est retrouvée déclassifiée. Cette commune risque maintenant de se faire pénaliser parce qu’elle est sous la barre fatidique des 20%, alors même que ses logements et sa population à problème demeure.

Une autre commune à eu plus de chance : sa maison de retraite a été classée en logement social, ce qui a permis aux résidents de recevoir des aides pour payer leur loyer, alors que leurs pensions ne le leur permettaient pas. Les socialistes de l’opposition ont toutefois été furieux, arguant que ce n’était pas une création de logements, donc qu’il était injuste que cela compte dans la loi SRU.

Un autre fait qui pourra surprendre : les offices HLM font tout leur possible pour n’avoir chez eux que des personnes en bonne situation financière, car elles seules payent régulièrement leur loyer. Les plus pauvres ne sont donc pas dans des HLM, dans le logement social d’État, mais dans le parc locatif privé, vivant dans des conditions parfois indignes. Mais on sait aussi qu’à force d’avoir trop protégé les locataires on a découragé les propriétaires.

Comme les conditions de ressources ne sont jamais réévaluées il est très difficile de sortir des HLM une fois que l’on y est entré. Et comme la situation professionnelle peut fortement varier entre 25 et 35 ans cela peut aboutir à des situations cocasses ou pitoyables selon le regard que l’ont porte. Les élus pourront donner de nombreux exemples de fonctionnaires de catégorie A, voire même d’énarques, logés dans un HLM acquis du temps de leurs études, qu’ils ont réussi à conserver, et qu’ils sous-louent, ou bien qu’ils habitant, tout en se faisant bâtir une résidence secondaire à la montagne ou à la mer. Maison bien sûr payée par les impôts.

Une loi purement politique

Ces quelques exemples pour démontrer l’inanité du logement social, de la loi SRU, et de toutes les lois qui servent à faire pallier à l’Etat les inconséquences des hommes. Pour autant la loi SRU n’est-elle que le fruit d’une mythomanie irénique ? Non, c’est une loi purement politique, et les socialistes du gouvernement Jospin savaient très bien ce qu’ils faisaient. Voici une confidence qui me fut faite par un élu d’opposition, un soir d’élection perdue par eux : « Pour nous, le seul moyen de gagner la commune c’est de faire du logement social. La population des logements sociaux nous est favorable. » Commentaire lucide sur une situation réelle. En obligeant les communes à avoir 20% de logements sociaux, sans tenir compte de leur besoin, de leur état financier et de leurs réserves foncières, on les oblige en réalité à intégrer chez elles une forte dose de population électoralement proche des idées socialistes. C’est donc un subtil moyen de s’assurer des victoires électorales. Chaque maire essaye bien sûr de purifier électoralement sa population pour s’assurer la victoire, mais avec la loi SRU cela atteint des proportions affligeantes. Non content d’être une loi inutile, ruineuse et perverse la loi SRU est en plus un boulet électoral.

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  1. La loi SRU est une manière de se défausser. Au lieu que l’Etat pilote la construction de logements sociaux, il l’a mise à charge des collectivités. Car personne ne veut de logements sociaux dans son jardin. C’est cette décentralisation qui est une des causes de l’insuffisance de logements sociaux, l’Etat ne voulant rien imposer.
    Une règle uniforme est par ailleurs contre productive: la situation de l’immobilier est différentes selon les communes. A Paris, c’est 80% de logements sociaux qu’il faudrait, ne serait-ce que pour la classe moyenne.
    La loi SRU a peut-être été étudiée pour amener des électeurs de gauche dans des communes de droites, mais les habitants des HLM ne votent pas forcément à gauche. Certaines communes, qui avaient construits beaucoup de HLM, voulaient peut-être les faire partir, maintenant qu’ils ne votent pas forcément correctement.

    1. J’avoue que j’aimerais bien un chiffre sur l’influence du logement social sur le prix du logement général. Je me demande s’il y a déjà eu des études sur le sujet ?…
      (bon, le truc c’est qu’il faudrait aussi prendre en compte la règlementation ultra-restrictive à ce niveau, et ce n’est certainement pas évident de différencier les causes)

        1. Merci.
          Ca veut donc dire que le logement social ne joue au moins pas négativement sur le marché du logement ? Dans ce cas, la « seule » chose qu’on peut lui reprocher est la mauvaise gestion globale et l’hypocrisie du fait qu’il ne se destine même pas aux plus pauvres…
          La question: « sans considérer le choix de dépense d’argent public, sa disparition rendrait-elle service ou non aux personnes pauvres en profitant via l’arrêt de son influence sur les prix ? » aurait donc une réponse négative ?…
          (le genre de truc important à savoir en cas de débat avec des personnes d’autres mouvements politiques)

          Et donc, au final, si on veut redynamiser le marché du logement, ce serait plutôt sur la règlementation que le logement social qu’il faudrait taper en priorité…

          1. Votre question à une réponse positive : même en distribuant la même somme globale, le simple fait de laisser les gens décider eux-même comment ils l’utilisent induit un gain important. Parce que personne ne sait mieux qu’eux où sont les priorités, et c’est spécialement vrai pour les plus pauvres qui ne peuvent se permettre de gaspiller et s’abstienne généralement de le faire (contrairement aux riches, comme les organismes de logement sociaux par exemple). Par exemple les gens ne seraient plus concentrés dans les ghettos d’HLM loin de tout, ils pourraient se rapprocher d’un emploi sans être coincé par une question de perdre leur logement avantageux.

            Le logement « social » (ça mérite des guillemets) pèse des centaines de milliards, on ne peut pas raisonner « sans considérer le choix de dépense d’argent public ». Il y a un effet indirect : les ressources orientées vers le logement social sont prises ailleurs, les autres secteurs économiques (y compris le logement ordinaire) voient leurs demande et leur production baisser, leurs prix augmenter.

            Prix artificiellement réduit = demande artificiellement gonflée = gaspillage et pénurie apparente. Tiens ? comme c’est bizarre, c’est exactement la situation actuelle…

            Le simple fait de supprimer le logement social, les défiscalisation immobilières, etc. restaurerait la vérité sur le marché immobilier (enfin presque : il resterait les effets considérables, surtout en région parisienne, de la politique de transport publics). La vraie demande et les vrais prix seraient apparents et on saurait si il y a vraiment une pénurie (et je dirai : probablement pas !). Les gens serait alors à même de faire leurs choix (prix Vs prestations : confort, localisation, taille…) au lieu de continuer à occuper seul un grand appartement HLM obtenu quand ils avaient 4 enfants, pendant que la famille d’à côté se contente d’un studio et ressort en « mal logé » dans les enquêtes. La vérité des prix est toujours profitable. Spécialement pour les plus pauvres, parce qu’un riche peut se permettre du gaspillage, un pauvre, non.

            Très généralement, les gens, y compris quand ils sont pauvres, savent mieux que personne ce qui leur convient et comment ils doivent choisir la façon dont ils utilisent leurs ressources (même quand c’est la collectivité qui les leurs fourni). En offrant une subvention pour casser les prix sur un bien (un logement social puisque c’est notre sujet, mais ça marche aussi bien pour le logement privé défiscalisé, l’éducation, les transports, etc.) on ne réponds pas aussi bien à la question que si on les laisse décider eux-même.

  2. À part le premier argument sur le lien entre logement social et prix du marché, cet article est d’une pauvreté factuelle affligeante. En gros, c’est le bon vieux leitmotiv « on veut bien du social, mais chez les autres ». En attendant, on les met où, les plus pauvres, puisque personne ne les veut?

  3. @ Anne

    Il est faux de dire que personne ne veut loger les pauvres. Je connais plusieurs initiatives privées de logements pour les pauvres, dont une qui a échouée en partie parce que les initiants voulaient faire les choses légalement, et qu’à cause de l’interventionnisme de l’Etat, c’est pratiquement impossible de rester compétitif sans devoir corrompre ou frauder.

    Si l’Etat réduisait son emprise sur le social, déjà les pauvres seraient moins pauvres, car ils payeraient moins de taxes et d’impôts et le prix du logement serait moins faussé qu’actuellement où l’on se retrouve avec des riches qui profitent de logements sociaux…

    Ensuite, cela ouvrirait la porte à bien plus d’initiatives privés pour s’occuper des pauvres restants. Et ce ne sont pas les bonnes volontés qui manquent.

  4. Robert Marchenoir

    Mais non, Anne, cet article ne dit pas qu’on veut bien du social, mais chez les autres.

    Il faut tout simplement supprimer le « social ». Le « social » est une mauvaise chose. Le « social », c’est le socialisme, et le socialisme, c’est l’oppression, l’injustice et la misère. Il ne faut pas chercher plus loin.

    La « justice sociale » est nocive. La « justice sociale » est à la justice ce que la musique militaire est à la musique, ou la démocratie populaire à la démocratie. La « justice sociale », c’est le summum de l’injustice.