Ne confondez pas « confiance dans les experts » et « connaissance des faits »

La plupart des choses que nous pensons savoir sont construites sur une longue chaîne de confiance.

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Ne confondez pas « confiance dans les experts » et « connaissance des faits »

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 26 décembre 2022
- A +

Par Patrick Carroll.

 

Si quelqu’un vous demandait comment vous savez que l’Australie existe, que répondriez-vous ? Si vous n’y êtes pas allé vous-même, il peut être étonnamment difficile de répondre à cette question. Vous pourriez citer le professeur de géographie de votre école primaire qui vous a parlé du pays pour la première fois. Vous pourriez dire : « Je sais que ce pays existe parce que mon professeur me l’a dit ». Vous pouvez également mentionner un ami qui a visité le pays et qui peut témoigner de son existence. Enfin, vous pouvez signaler que vous avez consulté un atlas et confirmé que le pays figure bien sur la carte.

Bien que chacune de ces justifications puisse sembler convaincante, elles reposent toutes sur un pilier essentiel : la confiance. « Faites-moi confiance », dit votre professeur, « j’ai étudié la question ». « Fais-moi confiance », dit ton ami, « je l’ai vu de mes propres yeux ». « Faites-nous confiance », disent les éditeurs d’atlas, « nous avons consulté des experts. »

Certes, ces sources sont souvent dignes de confiance mais il est important de reconnaître que dans un sens fondamental vous choisissez de croire ce que les autres vous ont dit. Si vous ne l’avez jamais vérifié vous-même, vous ne savez pas vraiment que l’Australie existe, vous croyez simplement qu’elle existe.

 

Confiance et autorité

La raison pour laquelle cette question est importante est qu’elle nous révèle à quel point nous nous en remettons à l’autorité dans notre façon de penser. Il est facile de se considérer comme incroyablement bien informé mais si nous sommes honnêtes, c’est que nous sommes incroyablement confiants. Nous avons accepté ce que « l’autorité » nous a dit dans à peu près tous les domaines et avec très peu de recul.

C.S. Lewis a attiré l’attention sur ce phénomène dans son livre Mere Chirstianity. C’est d’ailleurs le passage suivant qui a inspiré le présent article.

« Ne soyez pas effrayé par le mot autorité. Croire les choses d’autorité signifie seulement les croire parce qu’elles vous ont été dites par quelqu’un que vous pensez être digne de confiance. 99 % de ce vous croyez sont des croyances d’autorité. Je crois qu’il existe un endroit appelé New York. Je ne l’ai pas vu moi-même. Je ne pourrais pas prouver par un raisonnement abstrait que cet endroit doit exister. Je le crois parce que des personnes fiables me l’ont dit. L’homme ordinaire croit d’autorité au système solaire, aux atomes, à l’évolution et à la circulation du sang – parce que les scientifiques le disent.Toutes les déclarations historiques du monde sont crues d’autorité. Aucun d’entre nous n’a vu la conquête normande ou la défaite de l’Armada. Aucun d’entre nous ne pourrait les prouver par la logique pure comme une preuve en mathématiques. Nous les croyons simplement parce que des gens qui les ont vus ont laissé des écrits qui nous en parlent : en fait, sur la foi de l’autorité. Un homme qui se moquerait de l’autorité dans d’autres domaines, comme certains le font en religion, devrait se contenter de ne rien savoir toute sa vie. »

Comme le souligne Lewis, il n’y a rien de mal à croire des choses sur la base de l’autorité. Nous le faisons tout le temps et cela nous aide à faire notre chemin dans le monde.

Mais s’il n’y a rien de mal en soi à faire confiance à diverses sources, je dirais que nous avons tendance à être un peu trop confiants. Nous prenons les autorités au mot même quand nous ne devrions probablement pas.

Le fiasco du covid en est certainement un bon exemple. Combien de preuves ont été nécessaires pour convaincre l’individu lambda de se faire vacciner ? Très peu, c’est embarrassant. Les gens ont également adhéré à des mesures de confinement et de port du masque simplement parce que certains « experts » ont dit que ces politiques étaient une bonne idée.

La question du changement climatique est un autre excellent exemple de la confiance aveugle que nous accordons aux autorités intellectuelles. Comme la plupart d’entre nous n’a aucune expertise en la matière, nous nous résignons à croire les experts sur parole. Mais ce n’est pas grave, nous assure-t-on, car « 97 % des climatologues sont d’accord ». Puisque nous savons qu’il y a un consensus, nous pouvons leur faire confiance, n’est-ce pas ?

Pas si vite. Demandez-vous si vous êtes certains qu’il y a un consensus à 97 %. Avez-vous examiné vous-même les données brutes concernant les opinions des experts ? Si vous ne l’avez pas fait, alors là aussi vous vous en remettez à l’autorité. Vous faites confiance à la source de ce chiffre de 97 %. Plus précisément, vous faites confiance aux personnes qui ont avancé ce chiffre pour ne pas vous induire en erreur et pour que leur collecte et leur représentation des données sur les opinions des experts soient raisonnables, impartiales, précises et complètes.

Rappelez-vous, vous ne savez pas réellement que 97 % des climatologues sont d’accord, vous croyez que 97 % des climatologues sont d’accord. (il se trouve que ce chiffre est plus douteux que la plupart des gens ne le pensent).

Encore une fois, il n’y a rien de mal à faire confiance. Mais nous devons faire attention à ne pas y céder trop facilement car les choses ne sont pas toujours ce qu’elles sont censées être.

 

La culture de la « citation nécessaire »

Alors comment éviter de faire confiance trop facilement ? Je propose que nous adoptions ce que j’appelle la culture de la « citation nécessaire ».

Comme son nom l’indique, il s’agit de créer une culture dans laquelle nous exigeons habituellement des preuves, en particulier pour les idées controversées. Chaque fois que quelqu’un fait une affirmation, votre réponse instinctive devrait être « citation nécessaire ».

En grandissant, nous avons appris à prendre les choses au pied de la lettre, à croire le professeur sur parole. Mais c’est une mauvaise habitude que nous ferions bien d’abandonner. En particulier en tant qu’adultes, nous devons adopter un scepticisme sain et tout remettre en question même les sujets sur lesquels tout le monde semble d’accord.

La culture de la « citation nécessaire » consiste également à se rapprocher le plus possible de la source primaire afin de minimiser le nombre de personnes à qui il faut faire confiance. Lorsque vous obtenez vos informations auprès de politiciens, la chaîne de confiance est probablement politico-journaliste-scientifique-données. Cela représente beaucoup de possibilités de déformation (intentionnelle ou non). Si vous le pouvez, il est préférable de vous adresser directement au scientifique ou mieux encore aux données brutes elles-mêmes (en supposant que vous puissiez les interpréter).

Une autre partie de la culture de la « citation nécessaire » est l’humilité intellectuelle. Peu importe à quel point une chose semble évidente, si votre affirmation se résume à « je fais confiance à une autorité », vous ne devriez probablement pas être trop dogmatique à ce sujet. Ceci est particulièrement pertinent pour les idées hétérodoxes comme les théories du complot. L’Holodomor a-t-il eu lieu ? Je pense que oui mais je ne l’ai pas vérifié moi-même. Je fais confiance aux personnes qui l’ont fait tout comme je fais confiance aux géographes qui me disent que l’Australie existe.

Le problème est que les gens défendent souvent des affirmations de manière dogmatique en se basant sur le fait que « tout le monde sait » que c’est vrai, ou que « les experts sont d’accord » que c’est vrai. Mais les appels à la majorité ou à l’autorité ne passent pas dans la culture de la « citation nécessaire ». Montrez-moi les reçus et je vous croirai.

En plus de l’expression « citation nécessaire », l’autre phrase qui devrait être un refrain commun est « Je n’ai pas assez de connaissances pour avoir une opinion éclairée sur ce sujet ». Il est de loin préférable d’admettre son ignorance que de prétendre savoir quelque chose alors qu’en réalité vous l’avez juste entendu à la télévision.

Murray Rothbard l’a bien exprimé, en commentant le domaine de l’économie :

« Ce n’est pas un crime d’être ignorant en économie qui est, après tout, une discipline spécialisée et que la plupart des gens considèrent comme une science lugubre. Mais il est totalement irresponsable d’avoir une opinion affirmée et véhémente sur des sujets économiques tout en restant dans cet état d’ignorance. »

Il en va de même pour tous les autres domaines, que ce soit l’histoire, la science du climat, les maladies infectieuses ou la géographie. Faites confiance aux autorités si vous le souhaitez mais attention à ne pas confondre confiance et connaissance.

 

Traduction Contrepoints

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  • Excellent article. Merci.

    • Je me suis récemment fait une réflexion similaire… Aujourd’hui on vote beaucoup sur la base de « untel est sympa », « unetelle est fasciste » ou autre. Essentiellement sur la personnalité, un peu sur le programme. Mais qui connait X ou Y, ces politiciens pour lesquels on est sommés de votés ? Et qui a réellement lu leurs programmes (ils sont rarement communiqués aux électeurs et on a le choix entre des déclarations simplistes « pour le bien et contre les méchants » ou « pour la prospérité et contre le chômage involontaire », sans réels détails, ou des listes de points non chiffrés, non explicites… J’espère qu’il existe bien quelque part de « vrais programmes ») ?

      De cela découlent trois points importants:
      1°) nous sommes dans notre grande majorité à la merci des journalistes. Ils sont bêtes mais ils ont fini par s’en rendre compte et ils abusent souvent de cette dépendance : ils décident de ce qu’il va arriver cf la vague « décembre » du COVID qui a semblé « terrible » alors qu’elle était quasi identique à celle « septembre-octobre » qui elle n’a pas été mentionnée ou presque.
      2°) Ce qui nous pousse à croire l’argument d’autorité et à ne pas exercer le service minimum d’esprit critique et de « cross-validation » de l’info, c’est « l’éducation » qui nous a récompensé pendant les 15-20 ans principaux de notre formation intellectuelle quand on régurgitait sans distance ce que les profs disaient et punissait parfois pour usage de l’esprit critique et de la recherche d’information personnelle (« quoi, Wikipedia ? Mais c’est n’importe quoi, lisez le manuel de cours et c’est tout… « )
      4°) Le mot d’ordre de W. Edwards Deming (”In God we trust. All others must bring data.”) me guide toujours dans mon rapport à l’information. Ce qu’on me dit (même un éminent collègue couronné d’un Nobel) n’est que « peut être crédible » tant que je n’ai pas eu accès à des données confirmant cela ou « plutôt crédible » si cela correspond plutôt bien à mon expérience personnelle. Sachant (ou plutôt gardant à l’esprit) que rien n’est aussi contre-intuitif que les statistiques avancées nécessaire pour faire avancer le niveau de confiance en question et que le théorème de Bayes montre assez clairement que nos idées personnelles de départ (a priori) ont une influence immense sur ce qu’on croit, même confronté à de l’information (un datum) contradictoire et que notre croyance a posteriori est donc souvent elle même, longtemps après, faussée par la mauvaise information initiale (quand elle était mauvaise !)

      • Le parlement permet justement de contourner en partie le problème de l’inconnaissance de l’individu derrière le candidat puisqu’on vote une population. Personnellement j’ai plus confiance dans un parlement représentatif que dans un président qui se mêle et décide de tout. Et tant pis si on loupe le génie du siècle..

        • Justement j’en doute. Si vous me lisez, vous verrez que vous votez pour élire (vous et la « population ») une personne que vous ne connaissez pas et qui a un programme que vous ne connaissez pas vraiment et surtout obéit à un parti dont vous ne savez finalement que peu de choses. Bien sûr l’effet de groupe amoindrit sans doute le risque mais une foule d’inconnus reste aussi imprévisible (ou plus sans doute) qu’un unique inconnu, fut-il le génie du siècle.

  • Si vraiment l’Australie n’existe pas, alors on pourrait en conclure que rien n’existe, et que nous vivons dans une simulation
    https://www.simulation-argument.com/

  • Il ya une autre approche à la question sur l’Australie… c’est de dire tant que je ne suis pas concerné ça m’ets égal…
    la question de son existence a relativement peu d’imapct et peu d’imact direct sur la majeure parie des gens..

    le débat à avoir serait le débat d’acuralité… de quel droit et sur quelle base une personne peut elle me prendre mon droit au scepticisme ou à l’indifférence..

    que des personnes sachent effectivement est une chose…que pour autant ils aient le droit de vous forcer à taire votre scepticisme c’est autre chose..

    oui.. il faut voir pour croire…mais voir peut demander de GROS efforts…et du temps.. sans parler qu’en réalité une fois qu’on a VU, la réalité d’un problème n’impose pas d’agir :il faut examiner les problèmes induits par la resolution du problème ,il faut le mettre en perspective., c’est à dire connaitre les autres problèmes..et les couts de leurs résolutions.. Souvent ce qui dissimulé là dessous est l’approche collectiviste… CONTRIBUE meme si TOI tu ne risques rien.

    Pourquoi n’aurais je pas le droit de me foutre du réchauffement climatique, de l’extinction de telle ou telle espèce? et donc de ne pas CONTRIBUER…

    On peut vivre TRES bien en étant convaincu que la terre est plate…
    mais ça devient impossible quand on commence à construire à grande echelle naviguer voler …ou construire système GPS…
    Je suis toujours fasciné intrigué et légèrement inquiet par les gens qui mènent une campagne contre les terre platistes… laissez les vivre!!!

    L’appel aux experts et aux scientifiques est l’argument en vogue pour prendre votre argent.. la responsabilité des scientifiques est grande… et c’est pratiquement criminel.. car on nie la subjectivité et les droits élémentaires des gens à l’insouciance et aussi on passe sous silence qu’en réalité le bénéfice risque pour l’individu est inconnu… on vous force à payer…. pour le bénéfice du type « moyen » mais .et vous vous êtes perdant..

    énumérez donc les nombres de trucs et de machins qu’il est devenu impossible d’ignorer « car c’est grave »…
    grave est un jugement SUBJECTIF
    Tiens la médecine en france ne repose pas sur la « science  » elle repose en premier sur une approche ARBITRAIRE…un médecin ignore si la thérapie qu’il vous propose vous sera bénéfique..il ne le sait que pour un groupe essentiellement arbitraire auquel il vous associe… cette approche est cependant extrêmement efficace pour certain indicateur collectif..espérance de vie.. ça marche …en sacrifiant quelques individus, dans l’état des connaissance , aléatoirement.
    de façon remarquable le français moyen comprend bien où peut se situer une fraude. un mensonge sur l’état des connaissances.. ( à mon avis un pari risqué pour qui le ferait!!!) ..
    oui je sais j’ecris de façon bordelière..
    ça rejoint un peu un débat sur l’infoirmation…

    l’information exacte est une liste quasi infinie de faits..

    il est impossible pour les gens d’etre parfaitement informé ou pour les médias d’informer parfaitement…

    il ya TOUJOURS une réduction.. similaire à une moyennage..ou une projection dans une dimension..
    vous ne serez jamais informé parfaitement..

    on ne cherche d’ailleurs jamais à l’être..on doit cherché à être informé suffisamment pour SES besoins..et faire de bons choix..

    l’essentile des info qu’on nous donne est de nature « collective » pour nous inciter à l’action collective…

    le vrai pouvoir que vous donnez à un politique qui s’occupe de santé publique est D’ABORD de se réserver le droit de la définir ..et de la mesurer à sa guise. ce qui lui permet de dire c’ets dans l’interet général..et donc taisez vous et payez.

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