Rise of Phoenixes : amour, pouvoir et vengeance

Rise of Phoenixes se veut l’équivalent chinois, en plus fauché, de Game of Throne, sans scènes de sexe mais légèrement plus malin sur le plan politique.

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Rise of Phoenixes : amour, pouvoir et vengeance

Publié le 24 décembre 2022
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La série chinoise Rise of Phoenixes n’est pas toute récente. Elle date de 2018 mais continue d’être programmée sur Netflix qui l’avait produite. Elle compte pas moins de 70 épisodes. C’est donc long, très long, très très long.

Rise of Phoenixes est à peu près aussi interminable que la grande muraille. Elle se veut l’équivalent chinois, en plus fauché, de Game of Throne, sans scènes de sexe mais légèrement plus malin sur le plan politique. Si j’évoque Game of Throne ce n’est pas fortuitement. L’univers dépeint dans Rise of Pheonixes est lui aussi imaginaire même si l’empire de Tiansheng ressemble fortement à l’empire du Milieu. Mais c’est une Chine de fantaisie aux costumes et aux décors exotiques et somptueux propres à charmer le public occidental.

 

Une réflexion politique paradoxale

L’ascension des Phénix, si on traduit littéralement, nous offre cependant une réflexion politique paradoxale. Du postulat de départ, il faut de bons gouvernants pour que les peuples soient heureux, on aboutit à une conclusion plus compliquée.

Comme souvent avec ces séries asiatiques cela démarre sur des chapeaux de roues, l’intérêt dramatique se maintient ainsi sur près d’un tiers de la durée et puis, et puis, cela n’en finit plus. Tout devient répétitif, les complots se suivent et se ressemblent et l’intrigue sentimentale prend une place de plus en plus envahissante.

Les scènes lacrymales, une grande spécialité chinoise (mais aussi coréenne) et les chansons sirupeuses procurent semble-t-il de délicieux frissons au public asiatique. La larme qui jaillit et glisse sur la joue est une figure de style imposée de ce type de série et les larmes ici ne manquent donc point. Chacun des personnages, méchants compris, aura donc droit à sa larme.

 

Ficelles scénaristiques et gros câbles cornéliens

Plus l’histoire s’étire, plus les ficelles scénaristiques de Rise of Phoenixes se transforment en gros cables, les incohérences et les invraisemblances s’accumulent. Les protagonistes et plus particulièrement le héros, bénéficient d’un gros avantage sur les autres personnages : ils ont visiblement lu le scénario à l’avance ce qui leur permet de parer aisément tous les traquenards qui leur sont tendus.

Nous avons donc deux protagonistes. Ils s’aiment, c’est entendu mais c’est embêtant puisqu’il faut tenir 70 épisodes. Ils passent donc toute la série à se dire au revoir sans jamais se quitter.

La mère de l’héroïne (qui d’ailleurs n’est pas sa mère) lui a fait jurer de ne jamais, ô grand jamais, sous peine de voir l’âme de sa mère ne pouvoir se réincarner, épouser le prince. En effet, ce dernier serait responsable de la mort du père de la jeune fille (qui n’est pas son père non plus).

Bref, bien que l’assassin de papa soit joli garçon, ce dilemme cornélien permet d’éviter à nos deux tourtereaux de convoler tranquillement. Ils s’aiment donc à la folie et souffrent. Mais pas en silence et ils en profitent pour faire souffrir d’autres personnes, amoureux eux aussi de la belle indifférente.

 

Les deux protagonistes de Rise of Phoenixes

Notre héros, le prince de Chu est machiavélique et sincère, sentimental et froid, badin et impitoyable, simple et orgueilleux, sanguin et réfléchi, rebelle et loyal, bref un tissu de contradictions, ce qui est bien commode, on en conviendra, pour le tirer de toutes les situations. Aussi Chen Kun cabotine-t-il sans retenue dans le rôle en or de Ning Yi.

Côté féminin, Ni Ni incarne un personnage aux identités successives. D’abord Feng Zhiwei, parente pauvre d’un officiel bien en cour puis Wei Shi, brillant étudiant (travesti) devenant Érudit suprême favorisé par l’Empereur et « directeur » de l’Académie. Son travesti percé à jour, on la découvre non seulement héritière de la dynastie déchue mais encore reine « vierge » d’un petit royaume barbare et même pseudo-épouse amnésique du prince d’An.

L’écervelée du début se jetant dans tous les périls mûrit et témoigne d’une grande intelligence bien que celle-ci connaisse des éclipses quand le naturel resurgit. Elle se révèle par la suite d’une grande habileté aux armes, ce qui est plus difficile à comprendre.

Autant sa maîtrise littéraire s’explique aisément par son éducation, autant on se demande où elle a appris à manier l’épée et à faire la guerre. Mais aujourd’hui, aucune série de ce type ne saurait se passer d’amazones : on en compte d’ailleurs deux autres dans cette histoire. Mais il y a une raison plus profonde à cette multiplicité de dons, nous y reviendrons.

 

Que de princes

Pendant une première vingtaine d’épisodes, notre prince, qui est le sixième, affronte le premier prince qui est aussi le prince héritier. Ce dernier s’est acoquiné avec le deuxième et le cinquième prince. À la fin de cette première séquence, seul le deuxième prince a survécu.

Il devient donc le méchant dans la seconde vingtaine d’épisodes qui le conduit à l’enfermement. Il n’en sortira, un certain nombre d’épisodes plus tard, que pour mourir, victime du septième prince.

Ce dernier, arrivé d’une lointaine frontière, devient le méchant le plus méchant et occupe le reste des épisodes, soit une trentaine à peu près. Il n’hésite pas à provoquer la mort non seulement du deuxième prince mais celle de l’unique fille de l’Empereur, tout en tentant en vain d’y ajouter tout ce qui reste de la famille impériale.

Il est question aussi du troisième prince, mort beaucoup plus tôt, et que souhaite venger le sixième prince. Peu à peu on aperçoit également le dixième prince, le plus jeune et niais de la bande, dont le rôle est des plus épisodiques. En revanche nulle information ne nous est donné sur les quatrième, huitième et neuvième princes, décédés dans des circonstances inconnues avant que notre histoire ne commence.

 

Rise of Phoenixes, un univers de complots

Bon, vous l’aurez compris, tout tourne dans Rise of Phoenixes autour des complots ourdis par les différents fils de l’Empereur, issus des nombreuses concubines impériales. Les deux premiers fils, bien que de mère différentes, sont liés par le sang au clan Chang. Tout puissants et néfastes, ayant permis la fondation du nouvel empire, les Chang sont la cible du prince de Chu qui finit par les abattre.

Puis la scène du Palais impérial ne permettant plus d’occuper suffisamment d’intrigues, l’action se déplace dans les régions périphériques : le duché de Minhai, fief des Chang, le royaume barbare de Jinshi et l’État rival de l’Empire, le Dayue.

L’histoire devient plus confuse, décousue avec des trous dans la narration qui permettent de contourner toutes les difficultés que les scénaristes se sont eux-même créées. Les personnages disparaissent ou réapparaissent au gré des nécessités de l’intrigue. La temporalité est souvent confuse mais la géographie n’est pas moins malmenée. Comme je l’avais noté pour une autre série chinoise, les distances se dilatent ou se contractent au gré de la dramaturgie. Dans Rise of Phoenixes, on a parfois l’impression que ce vaste empire a les dimensions d’un département français.

 

Maladies et stérilité dominent

Il est beaucoup question de maladies, voire de confinement et même de visages masqués. Et pourtant Rise of Phoenixes est antérieure à l’ère covidienne. Comme quoi, quand une idée est dans l’air, elle devient vite contagieuse.

Non seulement règne la maladie, rarement naturelle, mais une étrange atmosphère de stérilité flotte sur la plupart des personnages. L’Empereur a eu dix fils et une fille mais on cherche en vain les petits-enfants. Il est question à un moment de marier « en bloc » les cinq enfants survivants de l’Empereur et puis, comme un peu trop souvent dans cette série, c’est aussitôt oublié et on passe à autre chose. Le seul prince marié n’a pas d’enfant.

De même un des personnages importants, le proviseur Xin bien que n’étant plus un jeune homme, n’a toujours pas de descendance. Son épouse tombe tardivement enceinte et elle mourra tragiquement avant d’avoir pu donner naissance à un enfant. Certes, il est bien question des enfants de certains dignitaires mais ils sont tous adultes et ne sont pas mariés.

 

Figure paternelle et mères dévouées

Si la redoutable et écrasante figure paternelle de l’Empereur, excellemment interprété au demeurant par Ni Dahong, domine la série, nos princes sont tous fortement attachés à leur mère et réciproquement.

La Noble Consort est une femme sans scrupules mais elle se sacrifie pour sauver la vie de son fils, le deuxième prince. Dame Wang est la niaise mais totalement dévouée mère du septième prince.

Surtout notre héros est obsédé par la mort mystérieuse de sa mère. Il finit par découvrir qu’elle vit toujours, enfermée secrètement par l’Empereur. Son souhait est dès lors de vivre avec elle et de retrouver la vie paisible de son enfance alors qu’il a près de trente ans. Ce rêve absurde de régression enfantine capotera rapidement.

 

Bons et méchants gouvernants dans Rise of Phoenixes

Mais c’est la vision politique qui se dégage de Rise of Phoenixes qui nous intéressera surtout ici. D’un côté nous avons les bons gouvernants : le Prince de Chu et ses fidèles, le proviseur Xin et le grand secrétaire Yao. De l’autre les mauvais gouvernants, cruels et persécuteurs du peuple : les divers princes rivaux de Ning Yi et leurs fidèles, mais aussi à l’étranger, le prince d’An de Dayue.

Bons et méchants se distinguent par l’inégale qualité de leurs confidents. Le ministre de la Justice, Peng Pei, une sorte de Maurice Papon à la sauce pékinoise, en est la parfaite illustration. Cet officiel corrompu passe indifféremment du service du prince héritier puis du second prince et enfin du septième prince Ning Qi, toujours prêt aux basses besognes.

Notre bon prince s’appuie sur son fidèle serviteur Ning Cheng qui ne vit que par et pour lui, sur un eunuque attentionné et surtout sur le proviseur, érudit et bon vivant affligé d’une épouse particulièrement jalouse. Notre princesse a pour ombre un redoutable épéiste, Gu Nanyi, adonis maigrichon et taciturne, qui en pince secrètement pour elle. Elle connait aussi une amitié fusionnelle avec deux « sœurs » successives, l’une très féminine, tenancière de maison de plaisir, l’autre plutôt garçon manqué et combattante de choc. Toutes deux meurent pour sauver notre héroïne.

 

À la fin tout s’emballe

Toute l’intrigue de Rise of Phoenixes repose de fait sur la duplication des personnages et des situations. Le septième prince devenu prince héritier répète ainsi toutes les erreurs du premier prince héritier. Le premier prince s’appuie sur son oncle, le colonel Chang et le deuxième prince sur son oncle, le duc Chang. L’héroïne perd d’abord son frère qui n’est pas son frère puis son frère qui est vraiment son frère. Le prince d’An est une réplique en moins réussie du prince de Chu, etc.

À la fin, tout s’emballe. L’Empereur est assassiné, Ning Yi devient empereur. Et on se demande si on ne bascule pas dans Vingt ans après succédant aux Trois mousquetaires. Le nouvel empereur paraît solitaire. Son ancien ami, le proviseur, le rejette et refuse de devenir son principal ministre. Son grand amour le rend responsable de la mort de tous les êtres qui lui étaient chers.

Mais nouvelle pirouette scénaristique. Le vieil empereur n’était pas mort, même s’il s’est effacé pour mieux confondre le septième prince qui sombre dans la folie. Et le fidèle proviseur a refusé le pouvoir car il a commis un crime par vengeance et qu’il ne peut gouverner, ayant les mains tachées d’un sang innocent.

 

Le talent et l’hérédité

Alors, nos deux tourtereaux vont-ils enfin se marier pour conclure Rise of Phoenixes ? Que nenni, la belle décide de se jeter dans le vide pour ne pas attirer le malheur sur le nouveau règne qui commence. Et c’est là que le message politique se brouille.

Le discours répété depuis le début de la série est le suivant. Le sixième prince est le seul à même de devenir empereur car il est le seul a pouvoir faire régner la justice. Dans l’empire seul doit compter le mérite personnel et non le rang social ou les relations. Cela est est bel et bon.

Mais que nous a-t-on montré tout au long de la série ? Exactement le contraire, à savoir que le mérite est aristocratique et héréditaire.

Feng Zhiwei l’héroïne paraît d’origine très modeste au début de la série mais ce n’est qu’une apparence. Elle n’est pas une bergère tombant amoureuse du prince charmant. Par sa naissance, elle est la dernière descendante de la dynastie déchue. C’est donc son origine royale qui explique ses incroyables capacités dans tous les domaines : « aux âmes bien nées… »

 

Rise of Phoenixes : les empereurs se suivent et se ressemblent

De même, notre héros témoigne de tous les talents car il est celui des fils de l’Empereur qui ressemble le plus à son père. Aussi en dépit de ses multiples actes d’insubordination se voit-il toujours pardonné par ce dernier. Dans sa dernière scène, le vieux souverain l’affirme à notre héroïne, Ning Qi sera amené à agir comme lui-même l’a fait.

Au nom de la raison d’État, l’empereur ne doit témoigner d’aucun sentiment personnel et tout sacrifier. Le despotisme éclairé y est exposé en toute simplicité. Le gouvernant suprême est solitaire et doit être cruel pour le plus grand bien de son peuple. Mais la corruption du pouvoir peut-elle être évitée quand tout repose sur les épaules d’un seul ?

Rise of Pheonixes s’achève ainsi sur le jeune empereur gravissant les marches d’un interminable escalier sous la neige qui tombe. Il est résolu à établir le royaume de justice mais comment ne pas comprendre que tout va recommencer et que son règne sera comme les précédents ? Qu’importe les bonnes intentions, le pouvoir finit par accabler celui qui l’exerce.

Cette conclusion ambiguë, très loin de la fin cucul de Game of Thrones, rachète ainsi les longueurs d’une série qui a fini par déjouer les intentions de ces scénaristes trop malins.

Mais en matière de réflexion politique, une autre série, coréenne cette fois, va beaucoup plus loin. Ce sera l’objet d’un autre article.

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