Birmanie : l’Occident a tout faux

burmese by Syed Shameel (creative commons) (domaine public)

OPINION : personne ne parle de la Chine, car plus personne ne peut plus rien à sa colonisation de la Birmanie qui est effective.

Par Gilles Della Guardia.

Le coup militaire récent en Myanmar a montré, une fois encore, la faiblesse de l’analyse médiatique occidentale, pour ne pas dire même son aveuglement et ses biais idéologiques.

On s’est excités chez nous sur les droits de l’Homme dans le nord-ouest du pays et maintenant on va s’obnubiler sur le respect du suffrage populaire à Naypyidaw (prononcer népido, Rangoon demeurant le centre économique et social). Mais, en réalité, depuis une bonne dizaine d’années, le sujet n’est plus vraiment là  : le sage s’occupe de coloniser la lune, tandis que l’occidental s’énerve sur le doigt qui la désigne…

Ainsi, personne ne parle du fond des choses qui est l’emprise entière de la Chine sur ce pays, laquelle a permis à l’Empire du milieu de devenir de facto un riverain majeur de l’Océan indien. Mais, personne ne parle de la Chine, car plus personne ne peut plus rien à sa colonisation de la Birmanie qui est effective.

Or, c’est à l’évidence un point important, car ce pays magnifique, mais tenu par des mafias anciennes et puissantes utilisant de longue date d’une part la religion pour maintenir leur asservissement des populations et d’autre part la production de drogues1 pour perpétuer guérillas et instabilités internes, est stratégique dans le conflit sino-indien. Et même plus largement dans la puissante percée engagée méthodiquement par la Chine vers l’Océan indien. Son succès, probable, scellerait sa victoire sur l’Occident qui tente encore de s’y opposer avec son alliance « indo-pacifique »…

Mais il est bien tard : ceux qui ne réfléchissent qu’à court terme, se sont ainsi condamnés à être en retard pour les échéances décisives. La Birmanie et l’Océan indien en sont assurément bien une…

Pendant ce temps-là, la Chine a engagé une accélération intense du développement de sa marine, avec entre autres trois porte-hélicoptères mis à l’eau en moins d’un an et demi2 : de 35 000 tonnes chacun, donc près de deux fois plus lourds que nos Mistral. Huit unités similaires auraient été commandées au total pour mise en service d’ici 2027.

La Chine qui absorbe 30 % des exportations répertoriées de la Birmanie et lui fournit 40 % de ses importations, y est véritablement « chez elle » : en effet, même si la Chine n’affiche pas de revendication de principe vis-à-vis de la Birmanie, elle en a déjà acquis les principaux actifs géographiques, notamment en matière logistique avec l’axe Kummin-Kyaukpyu et d’exploitation offshore.

Sans compter aussi le très discret côté financier, ni en outre tout ce que l’on ne sait pas, mais que l’immensité de la puissance financière chinoise étatique oblige quand même l’analyse réaliste à prendre en compte, s’agissant d’un enjeu si stratégique… Sans surprise, les chiffres publiés des IDEs montrent la domination de l’investissement chinois en Birmanie, direct et indirect

La chaîne stratégique chinoise s’étend depuis la Birmanie et la Thaïlande jusqu’à Djibouti, en s’appuyant désormais solidement aussi sur l’Iran. Que ce grand pays, et sa dictature, ait récemment repris aussi ouvertement le développement de son nucléaire militaire, ne peut vraiment s’expliquer que par l’alliance chinoise discrètement conclue récemment, dont l’accord de troc « pétrole contre produits manufacturés » qui a été publié, est une indication claire de sa réalité, tout autant que l’existence d’un volet militaire ne fait plus aucun doute, à constater les commentaires à ce sujet en Israël.

Et chacun comprend combien cela arrange hautement le PC chinois que l’Occident s’évertue à affaiblir les dirigeants birmans, les militaires comme madame Aung-San-Suu-Kyi… L’état d’urgence a été imposé pour un an ; un an : le temps nécessaire aux maîtres pour boucler méthodiquement et sans tapage tous les élus et sympathisants démocrates…

Alors que la normalisation de Hong kong est désormais une affaire actée, l’attention de tous les Occidentaux, mais aussi de toute l’Asie, Japon et Corée en tête, ainsi que des Australiens, des Indiens, des Français, est focalisée sur Taïwan. Mais le front ouvert est bien plus large… Et au même moment, l’OTAN sans rire, fait de grandes manœuvres agressives à la frontière russe…

Continuerons-nous longtemps à ne regarder que le doigt ?

  1. Opium (état Shan au NE, à la frontière chinoise), amphétamines, héroïne.
  2. Par le chantier naval de Hudong Zhonghua à Shanghai.
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