Afrique : comment réguler la croissance démographique ?

Three by Eileen Delhi(CC BY-NC 2.0) — Eileen Delhi, CC-BY

Il est impératif que les décideurs africains utilisent des politiques efficaces, pratiques et éthiques pour endiguer la croissance démographique.

Par Alex Ezeh et Garumma Tolu Feyissa.
Un article de Libre Afrique

Le taux élevé de croissance démographique continue de freiner les efforts de développement sur le continent.

La population de l’Afrique devrait pratiquement doubler d’ici 2050.

L’un des sujets abordés lors de la huitième Conférence africaine sur la population, tenue à Entebbe en Ouganda du 18 au 22 novembre 2019, a été d’identifier ce qui augmente la croissance démographique africaine et ce qui peut être fait pour enrayer la tendance.

Le débat a porté principalement sur le rôle des nudges comportementaux, une sorte d’incitation pour modifier le comportement des individus tout en respectant leur libre arbitre, permettant ainsi d’initier la transition démographique africaine. Le questionnement principal étant de savoir si l’on peut et doit utiliser des incitations et des nudges pour modifier les tendances de la fécondité de ce continent.

Les facteurs de croissance démographique en Afrique

La femme en Afrique donne naissance à une moyenne d’environ 4,7 enfants. Cela varie considérablement entre 2,5 en Afrique australe et entre 5,5 et 5,8 en Afrique centrale et occidentale, alors que la moyenne mondiale est de 2,5 enfants par femme.

Les femmes africaines font toujours autant d’enfants car l’âge moyen auquel elles deviennent mères pour la première fois est quatre ans en dessous de la moyenne mondiale qui est de 26 ans.

Le taux de natalité chez les adolescentes est très élevé. En Afrique centrale et occidentale, par exemple, il est presque trois fois plus élevé que la moyenne mondiale.

Le démarrage précoce de la maternité joue un rôle important dans la croissance rapide de la population en augmentant la période de procréation.

Ces maternités précoces ont également d’autres effets :

Les femmes qui commencent tôt à être mères sont celles qui disposent de moins d’autonomie pour planifier leur maternité. Elles peuvent également manquer d’opportunités, l’éducation étant par exemple incompatible avec la procréation.

Avoir des enfants à un jeune âge réduit les écarts entre générations c’est-à-dire la différence d’âge entre les mères et les filles, amplifiant ainsi le taux de croissance de la population. Retarder le début du mariage et de la maternité pourrait considérablement réduire ce taux.

La présence insuffisante du planning familial joue également un rôle :

En effet, environ une femme sexuellement active sur quatre a un besoin non satisfait en termes de contraception moderne. Aider les femmes à atteindre leurs objectifs en matière de fécondité peut avoir un impact considérable sur la croissance démographique.

Par ailleurs, il est également constaté des différences d’efforts dans les programmes de planification familiale entre les pays d’Afrique subsaharienne et d’autres régions du continent.

Rendre davantage disponibles les services de planning familial encourage leur accès y compris aux femmes défavorisées, pauvres et analphabètes. Remédier à ces lacunes peut aider à répondre aux besoins des femmes africaines et ralentir considérablement les taux de croissance démographique sur le continent.

Les débats sur les nudges

À l’échelle mondiale, les efforts visant à soutenir les changements de comportement en matière de procréation ont mis l’accent sur l’importance du choix individuel.

Mais dans certains cas, des tentatives d’incitation et de dissuasion ont été faites pour induire des changements comportementaux. À l’extrême, on trouve des politiques coercitives, comme la politique de l’enfant unique en Chine et la stérilisation des femmes pauvres en Inde.

Toutefois, la plupart des tentatives visant à décourager les comportements sont plus subtiles. Elles peuvent intégrer des sanctions financières et la promotion de la planification familiale. Dans certains pays, tels que le Kenya, le Malawi et la Zambie, des politiques d’aides financières ont été expérimentées.

D’autres tentatives, se rapprochant des nudges, visent à influencer le comportement en matière de fécondité sans pour autant s’interdire de mener les actions précédemment citées, ni rendre les alternatives sensiblement plus coûteuses en temps, en argent ou en sanctions sociales. Ces nudges respectent la liberté de choix des individus.

Le recours à des incitations financières et à des encouragements pour induire des changements n’est pas sans inquiéter. L’éthique est un gros problème et continue à faire débat. Le fait que la forte fécondité soit enracinée dans des croyances et des récits religieux et culturels bien ancrés doit être pris en compte par les autorités.

Un autre questionnement moral concerne les aspects économiques des incitations, car elles peuvent affecter différemment les décisions des ménages aisés et des ménages pauvres. Il est donc important de ne pas imposer d’interventions induisant des situations familiales impossibles, comme c’était le cas en Inde.

Les gouvernements sont également confrontés à des dilemmes moraux en raison de la contradiction entre la protection de la liberté individuelle, celle du bien-être de la communauté et les objectifs de développement national appelant des taux de croissance démographique plus faibles.

Il est impératif que les décideurs africains utilisent des politiques efficaces, pratiques et éthiques. Prendre en considération le contexte est fondamental avant de mettre en œuvre des programmes incitatifs et potentiellement controversés.

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