Le socialisme n’a pas toujours libéré les femmes !

Hand in yellow by Marco Verch(CC BY 2.0) — Marco Verch, CC-BY

Le socialisme n’est pas et n’a jamais été un ami de l’autonomisation des femmes.

Par Chelsea Follett.
Un article de Foundation for Economic Education

Le 8 mars est la journée internationale de la femme. Vous devez savoir, comme The Guardian l’a précisé, que l’histoire de « ce jour important dans le calendrier socialiste », est étroitement liée à celle de l’Union Soviétique.

Aujourd’hui, le socialisme bénéficie d’une surprenante popularité dans de nombreux départements universitaires d’études de genre. Les socialistes féministes auto-proclamées espèrent combattre ce qu’elles nomment une « culture capitaliste de suprématie masculine ».

Cependant, les origines du socialisme ne sont pas aussi progressistes que ses partisans le pensent, surtout en ce qui concerne l’égalité des femmes.

Dans The Lost Literature of Socialism, l’historien George Watson, de l’université de Cambridge, indique qu’à l’origine le socialisme était une idée conservatrice ; et que plusieurs éminents socialistes, rarement lus même par leurs admirateurs, détestaient en fait le progrès, et demandaient un retour aux anciennes valeurs, ce qui incluait un retour aux rôles traditionnels en fonction du genre.

Le socialisme, une philosophie réactionnaire

Le socialisme était une réponse réactionnaire à la révolution industrielle qui avait transformé la société.

L’industrialisation avait créé une classe de nouveaux riches ayant profité des lois du marché plutôt que de leur ascendance, « mettant en péril l’ancien ordre établi, affaiblissant l’autorité traditionnelle et les jeux d’influences héréditaires. »

En permettant aux femmes d’entrer en masse dans le monde du travail, les usines ont participé à leur prise de pouvoir de négociation, et leur indépendance économique, mettant en péril l’équilibre familial et perturbant les valeurs traditionnelles.

Le socialisme permet de faire perdurer les privilèges

Bref, le petit peuple et les femmes gagnaient maintenant de l’argent, et les traditionalistes en étaient scandalisés.

Dans son essai Unto the Last paru en 1860, John Ruskin écrit que son objectif était de « démontrer la supériorité de certains hommes », et la sagesse d’une société hiérarchique maintenant les « inférieurs » à leur condition.

Le socialisme représentait une alternative à la mobilité sociale et aux rapides changements de l’ère industrielle. Watson observa que nombreux étaient ceux qui suggéraient que « en défendant le libre-échange et le marché libre, les libéraux étaient dans un processus de destruction rapide d’un ordre naturel, desserrant les liens familiaux et mettant en péril la moralité elle-même ».

Ou pour citer Bertolt Brecht : « Ce n’est pas le communisme qui est radical. C’est le capitalisme qui l’est. »

Selon George Watson, « il est facile d’oublier que les intérêts des conservateurs résidaient dans la critique de la création de richesse et l’esprit commercial ». Aujourd’hui, en effet, certains ont beaucoup à gagner dans une régulation régressive de l’économie.

Historiquement, le socialisme a permis la transmission de privilèges, « puisque seuls  les privilèges préparent à l’exercice du pouvoir centralisé dans une économie  planifiée ». En Union soviétique, les enfants de la bourgeoisie étaient relégués dans une caste subalterne. Le fils aîné de Staline, s’il n’était pas mort, était promis à un poste haut placé dans la bureaucratie. Le Président roumain Nicolae Ceausescu attribua des postes dans son cabinet à sa femme et à son fils.

La place d’une femme est au goulag

Aujourd’hui, les féministes marxistes seraient choquées en découvrant non seulement les comportements socialistes à l’encontre des privilèges de naissance, mais aussi les rôles attribués en fonction du genre.

Dans son ouvrage Condition of the Working Class of England, Friedrich Engels, le philosophe proche de Marx, a constaté avec horreur que dans certains foyers les femmes ouvrières en usine étaient les chefs de famille, et leurs époux assignés aux tâches ménagères.

Selon lui, un tel arrangement était non seulement « pure folie » mais aussi « émasculait l’homme et enlevait toute sa féminité à l’épouse ». Il insiste en écrivant : « L’inversion des rôles dégrade de façon la plus honteuse, les deux sexes, et à travers eux, l’Humanité. »

En pratique, partout où le socialisme a existé, il était attendu des femmes à la fois qu’elles travaillent à l’extérieur de la maison et aussi qu’elles s’occupent entièrement des tâches domestiques,

Dans une économie centralisée, et dans les systèmes économiques dénués des incitations du marché à répondre à leurs attentes, ce sont les besoins des femmes qui étaient les premiers oubliés. Jusqu’au moment même de la chute du communisme et du bloc de l’Est, les usines communistes échouaient à produire même les articles féminins les plus basiques, comme les protections périodiques.

Ceux qui romancent le socialisme comme libérateur des femmes feraient bien de prendre connaissance des difficultés qu’elles ont endurées, comme par exemple leur expérience des goulags. Les femmes qui en étaient prisonnières étaient condamnées pour suspicion du meurtre de leur époux ou père, et les agressions sexuelles y étaient chose courante.

Les officiers communistes considéraient les femmes comme un moyen de punir les hommes, et non en tant qu’individus avec des identités distinctes.

Ainsi, lors de la journée internationale des droits des femmes, quand on se réfère au passé socialiste de cette célébration, il faut aussi réfléchir aux origines anti-égalitaires et sexistes du socialisme.


Traduction par Nathanaël L et Dominique pour Contrepoints de Socialism’s Sexist Origins.

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