L’euro-crash, c’est pour bientôt

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Le surendettement des grandes banques européennes a créé une bulle monétaire gigantesque…mais mal comprise. Aux risques et périls des citoyens de la Zone euro.

Par Jean-Pierre Chevallier.

Les grandes banques européennes ont accordé trop de crédits à leurs clients par rapport à leurs capitaux propres. À partir de là, trop d’argent se trouve en circulation dans les pays où elles opèrent.

Ainsi par exemple, le total des capitaux propres des quatre grandes banques françaises était de 115 milliards d’euros à la fin de l’année 2018, derniers chiffres publiés.

Normalement, c’est-à-dire en respectant un leverage au maximum de 10, elles n’auraient dû avoir au maximum que 10 fois plus de dettes, c’est-à-dire 1150 milliards d’euros, soit 1265 milliards d’actifs.

Or, le total de leurs actifs est de… 6975 milliards d’euros soit trois fois le PIB de la France !

La différence, soit 5710 milliards d’euros, se trouve donc en trop dans les actifs de ces banques, ce qui alimente cette bulle monétaire qui se trouve dans la Zone euro et qui est en fait supérieure à 3000 milliards.

Questions de masse

En effet, la masse monétaire M3 de la Zone euro se monte à 12 507 milliards d’euros (fin mars, derniers chiffres publiés) pour un PIB de 11 683 milliards (au quatrième trimestre 2018), ce qui représente 107,1 % du PIB courant annuel alors que ce ratio n’aurait jamais dû dépasser 78 % du PIB.

Cette bulle monétaire a dépassé les limites normales à partir de septembre 2004. Elle est supérieure à celle qui s’était développée lors de la crise américaine dite des subprime, et elle continue à augmenter dangereusement.

Ce graphique IV montre aussi qu’avant l’adoption de cette monnaie contre nature qu’est l’euro, les pays de cette zone avaient globalement une masse monétaire M3 inférieure à 70 % du PIB courant annuel, ce qui était parfait.

C’est donc bien cet euro-système qui a permis à cette bulle monétaire de se développer car il ne peut que générer des déséquilibres ingérables et létaux à terme.

L’importance des agrégats monétaires

Pour simplifier, lorsque les Américains (les habitants des États-Unis) augmentent leur épargne de précaution (qui correspond à l’agrégat M2-M1), la croissance du PIB diminue, et inversement : quand ils diminuent leur épargne pour dépenser les dollars qu’ils gagnent, la croissance est stimulée comme le montre clairement ce graphique VI.

L’importance de ces chiffres des agrégats monétaires est telle qu’avant de prendre ses fonctions en tant que président de la Fed, Ben Bernanke avait exigé et obtenu que les chiffres de la masse monétaire M3 ne soient plus publiés à partir du moment où il allait prendre effectivement et officiellement la direction de la Fed, début février 2006.

En ne publiant plus ces chiffres de M3 (ainsi devenus confidentiels et ne sortant plus du cadre de la Fed), les investisseurs et les économistes (en dehors de la Fed) ne pouvaient donc plus analyser correctement les déséquilibres de ces agrégats monétaires annonciateurs de la crise en gestation que les autorités américaines ont fait éclater par la suite de façon à éliminer la bulle monétaire qui s’était développée dans l’agrégat M3-M2 (correspondant à la trésorerie globale des entreprises).

Actuellement, dans la Zone euro, cette bulle monétaire se trouve pour l’essentiel dans l’agrégat M1, c’est-à-dire sous la forme des billets (en euro) en circulation et de l’argent qui se trouve sur les comptes courants des Euro-zonards, c’est-à-dire des personnes physiques qui y résident.

La M1 se monte à 5225 milliards d’euros, ce qui représente 44,7 % du PIB courant annuel de la Zone euro alors que ce ratio n’est que de 13,25 % aux États-Unis, ce qui correspond à une bulle monétaire théorique de… 3590 milliards d’euros !

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