Mao et les 4 nuisibles : le génocide des moineaux en Chine

Moineau/Sparrow — myri_bonnie, 2018, CC BY-NC-ND 2.0

En ces temps où le capitalisme est accusé de causer des désastres écologiques, Guillaume Nicoulaud nous rappelle que Mao fut l’instigateur d’une grande campagne d’extermination de moineaux. Catastrophique pour les cultures et pour l’écosystème chinois.

Par Guillaume Nicoulaud.

C’est ainsi que commence le thread de Guillaume Nicoulaud, destiné à rappeler la catastrophe que constitua, dans la Chine du début des années 1960, la « campagne des 4 nuisibles« .

Planifier l’économie était l’une des grandes ambitions des initiateurs du Grand Bond en avant. Dès 1949, Mao Zedong déclarait1 :

Après l’anéantissement des ennemis armés, il y aura encore des ennemis non armés ; ceux-ci ne manqueront pas de mener contre nous une lutte à mort ; nous ne devons jamais les sous-estimer.

Le grand Timonier pensait-il alors déjà aux insectes et oiseaux parsemant les campagnes ? La collectivisation des terres, assez bien acceptée par les paysans chinois dès 1955, incita Mao à préciser les objectifs du Grand Bond. En 1958, l’éradication des « quatre nuisibles » fut déclarée.

Les exterminations portèrent leurs fruits. Dans un premier temps.

L’extermination de moineaux mangeurs de grains fit proliférer les parasites. Car oui — découverte tardive des penseurs socialistes —, les moineaux mangent aussi des insectes.

Cette purge ne constitue pas à elle seule une explication de la grande famine. Le Livre noir du communisme2 nous éclaire :

Les raisons du drame sont également techniques. Certaines méthodes agronomiques tout droit venues de l’académicien soviétique Lyssenko, et reposant sur la négation volontariste de la génétique, ont valeur de dogme en Chine autant que chez le Grand Frère.

En cette époque tragique, des dizaines de milliers de Chinois perdent en outre la vie sur les chantiers d’ouvrages hydrauliques lancés dans la précipitation. Les petites activités agricoles sont ruinées, tandis que les paysans n’ont même plus la force de récolter, trop occupés qu’ils sont à des tâches industrielles ambitieuses. Entre 1957 et 1960, la population non agricole passe de 15 % à 20 % du total. Et l’État, instigateur de ces grands travaux, est incapable de les nourrir3.

Selon les historiens, le Grand Bond aurait causé la mort de 30 à 55 millions de Chinois. Sans compter les moineaux.

___

Passionné par l’économie et par les petites histoires de la grande Histoire ? Les threads de Guillaume Nicoulaud sont à suivre ici.

  1. Rapport à la deuxième session plénière du Comité central issu du VIIe Congrès du Parti communiste chinois, 5 mars 1949.
  2. Le livre noir du communisme, Éd. Robert Laffont, 1997, p. 523.
  3. Pour des informations plus détaillées sur la famine consécutive au Grand Bond : Jasper Becker, Hungry Ghosts : China’s Secret Famine, Londres, John Murray, 1996.