Nation, État et Économie, de Ludwig von Mises

En 1919, Ludwig von Mises tire les leçons de la Première guerre mondiale qu’il consigne dans son livre « Nation, État et économie » republié par l’Institut Coppet.

Par Francis Richard.

Nation, État et Économie a été publié en 1919. La Première Guerre mondiale, dont on ne sait pas alors qu’elle est la première, vient juste de se terminer.

Dans sa préface Ludwig von Mises écrit : Ma tâche ne peut que se restreindre à attirer le lecteur sur des points que la discussion publique n’a habituellement pas suffisamment pris en compte.

Le lecteur lui, un siècle plus tard, a l’œil attiré par des points qui lui semblent intemporels, et que les guerre et paix de son époque ont inspiré à l’auteur.

Nation et État

L’aspect national d’une personne individuelle ne vient pas du lieu où elle vit ni de son rattachement à un État : il vient pour une grande part de la communauté de langage.

Tout le monde appartient au moins à une nation. Il n’est cependant pas exclu d’appartenir à plusieurs nations ni d’en changer : une telle appartenance n’est pas une caractéristique éternelle.

Une nation ne coïncide pas forcément avec un État. Elle peut être répartie dans des États distincts, de même que des nations peuvent vivre côte à côte dans un même État.

Le principe des nationalités ne signifie pas menace à l’égard des autres nations. Ce principe s’adresse aux tyrans, si bien que l’idée de liberté est à la fois nationale et cosmopolite.

Le principe des nationalités signifie autodétermination mais aussi unité, gage de liberté, et séparation de l’économie de l’État pour le développement du commerce :

[Le libéralisme] se bat pour la plus grande unification possible de la législation, en dernière analyse pour son unité mondiale. Mais il ne croit pas que pour atteindre cet objectif il faille créer de grands empires ou même un empire mondial.

La tentation, dans les territoires aux populations mélangées, est de céder au nationalisme militant ou impérialiste, en poursuivant un idéal de taille pour atteindre l’unité.

L’introduction d’une constitution démocratique n’y a pas la même signification que l’introduction de l’autonomie démocratique dans des territoires connaissant une uniformité nationale :

Dans les territoires polyglottes, la démocratie ressemble à l’oppression de la minorité.

À cette difficulté s’ajoute celle due à une économie devenue mondiale (tandis que, de par l’Histoire, la Terre est divisée entre plusieurs nations) et au problème migratoire qui en résulte :

Un pays peut être relativement surpeuplé quand, en raison de la grande taille de sa population, le travail doit être effectué dans des conditions de production moins favorables que dans d’autres pays.

À ce moment-là, avec une parfaite mobilité des personnes et des biens, les territoires relativement surpeuplés déverseraient leur surplus de population vers d’autres territoires jusqu’à ce que cette disproportion cesse.

Ludwig von Mises voit dans la limitation des fonctions de l’État et l’extension de la liberté individuelle les moyens de faire perdre de leur violence aux antagonismes des nationalités dans les territoires polyglottes :

Quiconque souhaite la paix entre les peuples doit combattre l’étatisme.

En effet, celui qui a fait de l’harmonie des intérêts bien compris de toutes les couches d’une nation entre elles la base de sa vision du monde ne peut plus trouver de fondement rationnel à la guerre.

A contrario, si l’on pense qu’il existe des antagonismes de classe irrémédiables entre les couches de la société et qu’il est impossible de les résoudre en dehors de la victoire par la force d’une classe sur les autres, si l’on croit qu’il ne peut y avoir de contacts entre les diverses nations autres que ceux où l’une gagne ce que l’autre perd, il faut alors bien admettre que les révolutions intérieures et les guerres internationales ne peuvent être évitées.

C’est pourquoi le libéralisme ne s’oppose pas à la guerre agressive pour des raisons philanthropiques mais pour des raisons d’utilité :

Celui qui veut préparer une paix durable doit, comme Bentham, être libre-échangiste, œuvrer fermement à éliminer toute domination politique par la mère patrie dans les colonies et se battre pour la pleine liberté de circulation des personnes et des biens.

L’économie et la guerre

La guerre est un véritable fléau : Toute personne impartiale ne peut avoir aucun doute et sait que la guerre ne peut créer aucun véritable boom économique, au moins directement, car une destruction de biens n’entraîne aucun accroissement de richesse.

Il ne faut pas confondre l’effet avec la cause : Ce n’est pas l’offre d’armes qui a engendré la demande, mais le contraire. Les dirigeants de l’industrie d’armement ne sont pas eux-mêmes assoiffés de sang : ils seraient tout aussi contents de gagner de l’argent en produisant d’autres biens.

Il démythifie la prospérité de guerre : Elle enrichit certains par ce qu’elle prend aux autres. Il ne s’agit pas d’une augmentation de la richesse mais d’une redistribution de la richesse et des revenus.

Il montre, en Allemagne, pendant la Première Guerre mondiale, les méfaits, et les illusions, de l’inflation de la monnaie, c’est-à-dire de sa dépréciation :

L’individu croyait être devenu plus riche ou au moins n’avoir rien perdu, alors qu’en réalité ses richesses diminuaient. L’État taxait ces pertes des entreprises économiques en tant que « profits de guerre » et dépensait les montants collectés dans des buts non productifs…

Ce qu’on voit : Du point de vue économique c’est la génération actuelle qui fait la guerre, et c’est elle aussi qui doit payer les coûts matériels de la guerre.

Ce qu’on ne voit pas : Les générations futures ne sont touchées que dans la mesure où elles sont nos héritières et que nous leur laissons moins que ce que nous aurions pu sans l’arrivée de la guerre.

Socialisme et impérialisme

Réflexions faites à partir de l’exemple allemand de son temps, Ludwig von Mises ne voit entre socialisme et impérialisme que des différences de degré.

Certes le socialisme allemand défend la démocratie et l’impérialisme s’identifie à un régime autoritaire, mais l’un et l’autre sont des étatismes : l’impérialisme se caractérise par la propriété étatique et le socialisme par la socialisation des moyens de production.

Or la firme publique ne peut nulle part résister à la libre concurrence avec une firme privée : elle ne peut aujourd’hui exister que lorsqu’elle dispose d’un monopole excluant la concurrence.

Il y a comme un défaut : Libre initiative veut dire prise de risque afin de gagner; elle veut dire jouer un jeu qui peut conduire à un gain ou à une perte.

Le propriétaire prend des risques : Le fonctionnaire peut toujours être aussi prêt que possible à assumer des responsabilités ; il ne les assumera jamais autrement que moralement…

Le socialisme s’avère être une doctrine du salut : L’annonce mystérieuse et l’allusion mystique ont bien plus d’effet qu’une explication claire. Il ne cherche donc même pas à réfuter les arguments du libéralisme.

L’anti-libéralisme conduit à préférer les intérêts du producteur à ceux du consommateur, à refuser une organisation économique rationnelle, à entraver le progrès économique.

Conclusions

Il est vrai que l’utilitarisme et le libéralisme postulent que l’obtention de la plus grande productivité du travail est le plus important et le premier but de la politique. Ils cherchent le bien-être et la richesse non pas parce qu’ils y voient la plus grande valeur mais parce qu’ils savent que toute culture élevée et intérieure présuppose le bien-être matériel.

Ce qui est inaccessible à l’État, et par l’État.

L’utilitarisme et le libéralisme rejettent toute autorité parce qu’ils croient en l’homme.

Et puis le pouvoir est un mal en lui-même, qui que ce soit qui l’exerce…

Nation, État et Économie, Ludwig von Mises, 208 pages, Éditions de l’Institut Coppet (traduit de l’allemand par Hervé de Quengo).

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