Le soleil des rebelles, de Luca Di Fulvio

Après le succès du Gang des rêves, les Enfants de Venise le Romain Luca Di Fulvio publie le troisième volet de son triptyque.

Par Francis Richard.

Marcus II de Saxe n’a encore que neuf ans ce 21 septembre de l’an de grâce 1407 : il s’émerveille du silence parfait de la neige encore blanche qui [enveloppe] la cour du château. Il est le fils du prince Marcus 1er, un seigneur juste et bon qui règne sur Räuhnvahl :

Dans cette partie de l’arc alpin qui délimite la péninsule italique et la sépare abruptement du reste de l’Empire comme de l’Europe, un soleil froid venait de se lever sur la petite vallée désolée qu’enserraient des cimes hostiles culminant à plus de dix mille pieds.

Le petit prince se souviendra toujours de ce jour où sa vie a basculé. Ce jour-là, en effet, des bandits attaquent le château familial, tuent sous ses yeux tous ses habitants, parmi lesquels son père, sa mère et sa gouvernante, et, pour finir, y mettent le feu.

Il en réchappe grâce à une petite fille de son âge, Eloisa, qui l’a fait sortir par un passage secret, et à la mère de celle-ci, Agnete, qui le cache chez elle un temps avant de monter une comédie pour faire croire qu’elle l’a acheté à un marchand d’enfants.

En fait l’attaque a été commanditée par le prince d’Ojsternig, qui règne sur la terre voisine de Dravocnik. Ce prédateur sans vergogne a fait du chef des bandits, Agomar, son capitaine après lui avoir fait trahir ses hommes que ses soldats ont exterminés.

La version officielle est que des rebelles sont les auteurs de ce massacre et que lui, le prince d’Osjternig, a fait justice. Il espère réunir la terre des Saxe, plus prospère, à la sienne, dont ses prédécesseurs et lui-même ont réussi à dilapider les richesses.

Du jour au lendemain, de prince le petit Marcus devient serf de la glèbe, c’est-à-dire propriété, comme les autres, du prince qui a pris le pouvoir et qui se révèle cruel et pervers : il se réjouit ouvertement de la peur qu’il inspire et des souffrances qu’il inflige.

Pour passer inaperçu, Marcus II s’appelle désormais Mikael, le prénom que la petite Eloisa lui a donné : il ne pourra pas s’en plaindre s’il ne lui plaît pas, puisqu’il n’a pas su se décider pour s’en donner un lui-même. Agnete lui a dit : Dans la vie, il faut choisir…

Raphaël, un vieil homme qui connaît Agnete, prend en main son éducation pour qu’il survive et coupe les fils de la peur. Avec lui il apprend à considérer la vie comme un don précieux et pas comme une chose de rien comme font les imbéciles et les désespérés...

Raphaël est son maître et lui dit bien d’autres choses qui lui permettront en quelques années de ne plus être un gamin, de devenir un homme, après qu’elles auront opéré en lui tellement de transformations qu’il aura vécu trois vies, à dix-sept ans seulement.

Avec ce récit d’amours et de haines, l’auteur donne au lecteur bien des émotions. Il en sort épuisé, mais content. Car si au début le héros ne sait pas dire concrètement ce qu’est la liberté, il dira au bout de ce conte qu’elle commence avec la propriété de soi…

Luca Di Fulvio, Le soleil des rebelles, 640 pages, Slatkine & Cie (traduit de l’italien par Françoise Brun)

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