Le portable à l’école, c’est le couteau suisse du XXIᵉ siècle

Plutôt que dire aux élèves que c’est un instrument qu’il faut absolument éviter, il faut leur apprendre que c’est une boîte noire qu’ils se doivent de comprendre pour en utiliser au mieux les potentialités.

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High School Girl by Dick Thomas Johnson (CC BY 2.0)

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Le portable à l’école, c’est le couteau suisse du XXIᵉ siècle

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 7 juin 2018
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Par François Taddéï1.
Un article de The Conversation

Le potentiel des nouvelles technologies pour l’apprentissage et l’éducation est en grande partie non évalué. Il manque de recherches précises sur le sujet et notamment de recherches sur ce qui se passe sur le terrain et pour chacun des apprenants, et ce à tous les âges de la vie. Il y a peu d’évaluations en dehors de sentiments personnels.

L’une des questions centrales est : a-t-on appris à apprendre ? Et a-t-on appris à apprendre de manière critique à l’heure du numérique ? Car on peut aussi être manipulé par le numérique. Tout moyen de communication est aussi un moyen de manipulation, on l’a vu de Goebbels à Trump ou Daesch. Plus on a des outils de communication efficaces, plus il faut développer l’esprit critique et la capacité à distinguer le bon grain de l’ivraie, ce qui est tout sauf évident même pour un adulte et a fortiori pour un enfant ou un adolescent.

Par contre ce que le numérique permet, par rapport à la radio par exemple, c’est qu’on peut tous produire et partager, et que l’on peut facilement documenter ce que l’on fait. On peut échanger plus largement et à toutes les échelles. On a donc cette possibilité, non seulement d’apprendre à lire, écrire mais d’accueillir une production faite par d’autres et de soi-même produire, via l’écrit ou tout un tas d’autres dispositifs que le numérique permet.

Il faut non seulement apprendre à décrypter les messages que l’on reçoit mais il faut aussi apprendre à partager ses idées, ce qui suppose d’apprendre à les mettre en ordre, d’avoir une capacité critique sur soi-même mais aussi d’accepter la critique de l’autre. Une critique qui bien sûr doit être bienveillante et constructive.

Apprendre c’est être capable de donner et de recevoir des critiques. Le numérique permet de faire cela à des échelles sans précédent. Les jeunes d’aujourd’hui ont besoin de comprendre la puissance de cet outil numérique. C’est le rôle de l’école de s’assurer que chaque élève sorte avec une culture numérique suffisante, qu’il ait un esprit critique, qu’il développe une éthique de l’utilisation des outils, et acquière les compétences pour s’approprier les outils.

Une des grandes difficultés, c’est qu’aujourd’hui les enseignants sont très peu accompagnés. La formation initiale est perfectible comme tout dispositif et la formation continue plus encore, car elle est loin d’être à la hauteur des enjeux et en particulier des enjeux de transformation.

On a donc besoin d’un vrai développement professionnel et d’adosser ce développement professionnel aux résultats de la recherche. Et cela peut se faire en s’appuyant notamment sur les laboratoires de recherche, si ceux-ci font l’effort de rendre accessibles leurs savoirs et résultats à tous les publics, à commencer par les professeurs. Il faut permettre à chaque enseignant de s’approprier les meilleures pratiques et de les adapter au contexte spécifique qui est le sien. Il suffit qu’une fraction des enseignants le fasse, qu’il documente ce qu’il en fait pour permettre à d’autres de s’en servir.

Par exemple l’utilisation des portables à l’école. Il ne faut pas passer d’un extrême à l’autre : tout accepter ou tout interdire. A minima ce qu’il me semble important de développer c’est la capacité à utiliser l’outil à bon escient.

 

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Il est ainsi possible d’installer dans les téléphones portables un système qui permet d’accéder aux données des capteurs : donc, si vous êtes prof de physique vous pouvez étudier le moment des pendules et enregistrer directement sur votre téléphone les oscillations du pendule. Si vous voulez étudier la chute libre, vous pouvez étudier l’accélération que subit un outil de ce genre.

Vous pouvez en cours de géographie vous en servir pour géolocaliser une partie de l’espace ou en cours de sport utiliser le GPS pour que les élèves voient le parcours qu’ils vont faire. Toutes les traces numériques que ces appareils peuvent enregistrer, on peut les détourner pour les utiliser à des fins pédagogiques.

Plutôt que dire aux élèves que c’est un instrument qu’il faut absolument éviter, il faut leur apprendre que c’est une boîte noire qu’ils se doivent de comprendre pour en utiliser au mieux les potentialités. Le portable c’est le couteau suisse du XXIe siècle. Il faut donc apprendre à s’en servir. On sera d’autant plus écouté par les élèves, qu’on en aura montré les potentialités.

Apprendre à apprendre est le maître mot. C’est la meilleure manière de s’adapter au monde. C’est vrai des individus, c’est vrai des collectifs.

Cet article a été publié une première fois le 27 mai 2018

Sur le web-Article publié sous licence Creative CommonsThe Conversation

  1.  François Taddei est Chercheur Inserm, directeur, Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI).
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  • Je n’ai rien contre le couteau suisse à l’école, du moment qu’il reste au fond de la poche même pendant les récréations. Mon grand-père m’a offert mon premier canif à l’âge de raison de 7 ans (en échange d’une pièce de 20 anciens francs bien sûr) avec un cours sur la manière de l’utiliser pour découper les draps et s’échapper en cas d’incendie du second étage où je dormais. Tous mes petits camarades avaient aussi un couteau dans le fond de leur poche, n’avaient pas besoin de l’instituteur qui lui n’allait jamais se tailler de bâton dans les haies pour leur apprendre à s’en servir, et savaient que c’était dangereux pour leurs phalanges s’ils se blessaient et pour leur matricule s’ils blessaient un camarade. Le couteau sorti en classe signifiait que les parents, qui avaient le pain quotidien à gagner à la sueur de leur front, devraient trouver le temps d’aller le reprendre chez l’instituteur qui l’avait confisqué, ce qui signifiait de gros ennuis parfaitement légitimes.
    Alors oui, le portable est le couteau suisse du XXIe siècle, et je préconise que les enseignants se comportent avec lui comme leurs prédécesseurs avec le couteau suisse, en particulier en faisant confiance aux enfants pour savoir s’en servir et en apprendre les utilités sans eux, en en rappelant les dangers sans les sortir des cartables, et en montrant que même celui qui n’a pas de portable ou qui l’a perdu dispose toujours de ses mains et de son cerveau, qui sont des outils bien plus utiles pour son avenir.

    • Je plussoie,
      L’auteur est un chercheur, il croie que les élèves viennent en cours pour travailler d’eux-mêmes, et que bien entendu, ils savent éviter les tentations mauvaises : cela se voit bien lorsqu’ils s’acharnent sur leur portable en cours avant d’aller le finir en récréation forcée…

    • Les « dangers du portable » ? Vous avez déjà essayé de blesser quelqu’un avec un portable ? Avec les ancêtres qui pesaient 2 kilos peut être mais avec un Samsung dernière génération qui ne dépasse pas 200 g c’est plus difficile.
      Heureusement que les portables sont là pour pallier au manque d’équipement dans les établissements scolaires (enregistrement audio et vidéo par exemple). Non, l’auteur de l’article a raison sur toute la ligne, notamment sur le fait que les profs ne sont absolument pas formés sur la question et que beaucoup sont aussi rétrogrades que notre ami MichelO.

      • Les dangers du portable passent par Facebook ou Instagram pour les suicides, par le téléchargement pour la sclérose de l’activité personnelle et du sens critique, par la valorisation de l’acte d’utiliser son portable quand ça ne sert à rien pour les habitudes néfastes, etc. Non, ça n’est pas le rôle de l’école d’enseigner l’utilisation des portables, pas plus que l’utilisation des ordinateurs, pas plus que celle de la bicyclette ou du couteau de poche. Prétendre que pour être au goût du jour, il faut filmer, surfer, enregistrer ne sert qu’à culpabiliser les enseignants qui ne savent pas, et pour cause, comment utiliser ces méthodes avec un résultat pédagogique réel. Les exemples d’utilisation donnés dans l’article, c’est se chatouiller pour se faire rire, ce sont des utilisations purement artificielles inventées pour l’occasion, où l’élève apprend bien plus s’il doit résoudre le problème sans portable.

        • Ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain. Je me demande bien en quoi la lecture d’un mauvais site Internet est plus nuisible au sens critique que celle d’un mauvais livre. Pourriez-vous me l’expliquer ?
          Non les utilisations pédagogiques possibles du smartphone ne sont pas à négliger. Allez donc expliquer à un jeune élève pourquoi il devrait investir dans une calculatrice, un agenda ou un dictionnaire quand une application gratuite peut faire la même chose. On peut vraiment faire plein de choses avec ce « couteau suisse du XXIème siècle » et il serait idiot de s’en passer. C’est un outil, puissant mais juste un outil. Il ne dispense pas l’enseignant de mettre l’élève en situation de résoudre un problème, ce qui reste le cœur de son savoir faire.
          Et puis laissez moi vous dire une chose : la guerre anti-portable est aussi anachronique que la guerre anti-casquette. C’est un moyen radical de passer pour un vieux c… auprès des jeunes, luxe qu’un enseignant ne peut pas se permettre.

          • La situation a peut-être changé depuis ma jeunesse, mais je pensais alors, avec nombre de mes camarades, qu’un certain nombre de nos enseignants étaient de vieux c..s, et que a) ça ne les empêchait pas forcément d’avoir aussi des choses utiles à nous apprendre, b) ceux qui voulaient « faire jeune » étaient encore plus c..s que les autres, c) une surprise était toujours possible quand on les connaissait mieux en dehors de l’école.
            Je comprends que vous êtes confronté quotidiennement à ce monde que j’ai quitté il y a longtemps (je parle de l’éducation, pas de l’innovation technologique), et qu’on ne vous facilite pas la vie non plus. Mes réponses peuvent donc vous sembler décalées, mais à « pourquoi faire l’idiotie de s’en passer ? », je vous réponds que les études que j’ai vues donnent un gain moyen de 6% aux résultats de tests pour les élèves d’écoles où les smartphones sont bannis, gain qui est en fait de 0% pour les bons élèves (ce qui justifie vos arguments) et de près de 15% pour les mauvais (ce qui pour moi renverse la question à « pourquoi se servir des smartphones quand les éteindre permet aux mauvais élèves d’espérer un tel avantage compétitif sur leurs semblables ? »).
            En gros, pour revenir à votre première question, la lecture d’un mauvais site internet est plus préjudiciable que l’absence de lecture de quelque livre ou site que ce soit, mieux vaut ne pas lui offrir la caution de l’enseignant.

          • Oui à condition d’avoir des parents et des enseignants formés à ça… mais aussi que tous les élèves en aient un. Pourquoi pas une heure d’enseignement par semaine dédiée aux technologies numériques ? de là à baser l’enseignement dessus, certainement pas. D’ailleurs les enfants des cadres de la Silicon sont dans des écoles sans écrans, ce n’est pas un hasard.

  • J’ajoute que l’auteur confond le web et le portable sur les réseaux sociaux (bon, je vais de ce pas réviser le verbe croire).

  • Je suppose que l auteur n a pas d enfant. Le portable agit comme une drogue, les gamins sont completement accros et si vous ne freinez pas, ils ne font plus que ca (experience personnelle. j ai pas envi que mon fils devienne un legume vautre sur le canapé toute la journee).

    Quant a l aspect educatif, c est comme la TV. Dans les annees 70, on en parlait. Bon on a assez vu que sil existe du culturel (ex arte) ca n interesse que 3 % de la population. Qu un adulte veuille s abrutir c est son choix et sa responsabilité, mais lobotomiser des gamins est autre chose

    • Le portable n’est pas une drogue, c’est bien plus : c’est devenu une extension de notre corps.
      Extension qui permet de dépasser les limites physiques de l’humain comme jamais auparavant : communications longues distances, partages, créations. Mais aussi tous les mauvais cotés d’une proximité accrue : harcèlements, insultes, etc.
      Comportements qui existent depuis bien avant les portables – « T’vas voir ta gueule à la récré » -, mais sont justes facilités.

      Contrairement à la TV, nous ne sommes pas passifs devant les portables. Nous sommes actifs. Nous créons, nous partageons.

      Les adultes ne sont pas nés avec ne comprennent pas à quel point le changement est profond, et en ont peur.
      Et commettent l’erreur de croire que pour « protéger » leurs enfants de ces peurs, il suffit d’interdire les portables.

      Or nos enfants n’ont pas peur de leurs portables. Ils sont nés avec. C’est leur monde, et ils le construisent bien mieux avec que nous n’avons construit le notre sans.

      Plutôt que d’interdire les portables, il faut au contraire les intégrer dans la pédagogie. Faire avec. Présenter leurs avantages et leurs limites.
      Et laisser nos enfants apprendre.

      … d’autant plus que notre cher ministre de l’éducation prépare en même temps un « cartable numérique » avec moultes tablettes et applications éducatives…

      • Combien de personnes creent et partagent avec leur portable (je par ici d autre chose que d envoyer des photos de chats ou de dire sur Facebook qu il est en train de bronzer sur la plage) ?
        La grande majorite est passive et ce qui fait de l audience, c est le bas de gamme comme sur la TV

        Sinon ce que vous ecrivez des portables peut s applique aussi aux voitures par ex (extension de soi meme et permet de se deplacer facilement a longue distance comme on ne le connassait pas avant). Par contre, c est venu a l idee de personne de laisser un gamin conduire une voiture (physiquement mon fils de 9 ans arrive a toucher les pedales).

        Si vous voulez vous laver le cerveau avec la TV ou votre telephone, pas de Probleme. c est votre vie.
        Par contre il est necessaire de proteger les enfants

        • Vu comment les « géants » du web se portent bien grâce à nos données personnelles, nous sommes beaucoup plus créateurs de contenus que vous ne semblez le croire.
          … et qui êtes vous pour juger que des photos de chats ou de bronzage n’ont aucune valeur artistique ? :p
          De tous temps l’homme n’a eu de cesse de créer… et pas que du bon : les bibliothèques sont remplies de livres mauvais, à côté de livres bien meilleurs.

          Quant à la voiture, ils ne peuvent pas conduire car comme vous le précisez :
          1. Les commandes ne sont pas adaptées à leur morphologie — incapacité physique
          2. Ca demande une responsabilité et des réflexes qu’ils n’ont pas — incapacité intellectuelle

          Mais avec les voitures autonomes qui se profilent, qu’est-ce qui vous dit que dans 10 ans il n’y aura pas des « mini-voitures » totalement fiables et sécurisées pour les enfants, vous permettant vous parents de les déposer à l’école en toute sécurité, sans qu’ils aient à marcher le long de la route, ou autres dangers ?
          Ca vous gênera toujours qu’ils puissent « conduire » une voiture ??

          Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Mais je suis convaincu d’une chose : vouloir interdire à nos enfants d’utiliser le présent parce que nous adultes en avons peur est la pire des façons de les préparer à leur avenir.
          Le monde ne nous attend pas, il évoluera, avec ou sans nous.

  • et après on dit les gens ne se parlent plus malgré l’explosion des objets connectés et de communication..sans parler des effets à long terme sur l’acuité visuelle ……..next génération : des gens avec des problèmes de vue,incapables de correspondre avec leur voisin..

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