Assouplir les interdictions de fumer, une question de liberté de choix

Cigarette-Tabac By: Ron Cruz - CC BY 2.0

Parce que la liberté de choix est un principe central de la société européenne, les gouvernements européens devraient revoir leurs lois sur l’interdiction de fumer.

Par Guillaume Périgois.

L’Europe est réputée pour son approche tolérante et décontractée de la vie. Nous sommes fiers de notre sens de la nuance et de notre volonté de compromis.

Il est donc alarmant de constater le pouvoir croissant des militants antitabac et leur volonté inébranlable de « dénormaliser » les fumeurs, comme ils disent.

En particulier, leurs efforts visant à empêcher les gens de fumer en public – et maintenant de plus en plus en privé – sont de plus en plus inquiétants.

Tout a commencé avec les cafés, les restaurants, le lieu de travail, puis les interdictions se sont étendues aux bâtiments publics.

A quand la répression policière ?

Les militants antitabac veulent maintenant interdire aux gens de fumer sur les plages, dans les parcs et dans les voitures individuelles. Certains tombent le masque et appellent à interdire aux gens de fumer… dans leur propre maison. On peut se demander où tout cela finira. Quand verra-t-on des policiers frapper à votre porte pour vérifier que vous ne buvez ou ne fumez pas devant vos enfants ?

Comme de nombreuses formes d’interdiction, les interdictions de fumer ont des avantages moins élevés que ce qui était espéré à leur adoption et de nombreux effets secondaires indésirables. Cela ne dérange pas les militants antitabac, bien sûr. L’échec les conduit simplement à exiger des changements plus nombreux et plus rapides.

Cet article pourrait vous interesser

L’interdiction de fumer dans les bars a ainsi été un désastre au Royaume-Uni. Là-bas environ un cinquième des pubs ont fermé leurs portes depuis cette interdiction, les fumeurs ayant quitté la sphère publique pour se réfugier dans le sanctuaire relatif de leur propre salon. Il ne s’agit pas seulement d’un malheur pour les milliers d’employés des bars qui travaillaient auparavant au service de leurs clients.

Les pubs et les bars servent aussi de carrefours sociaux pour les communautés, en rapprochant les gens, en renforçant les liens sociaux, en réduisant la solitude, notamment des personnes âgées et en encourageant la consommation responsable d’alcool.

Les fermetures de pubs ont affecté de façon disproportionnée les communautés urbaines les plus défavorisées par l’effondrement de la cohésion sociale.

L’efficacité de l’interdiction contestable

Entre-temps, rien n’indique que le taux de tabagisme a diminué en raison de cette interdiction. Le nombre de fumeurs était en légère baisse avant l’interdiction et le taux reste inchangé après l’interdiction. Les gens se détournent lentement du tabac sans qu’il y ai besoin de les intimider pour le faire.

Il est vrai qu’une minorité n’aime ni la fumée ni l’odeur du tabac dans les lieux publics et préférerait que la minorité qui fume poursuive son habitude en privé. Mais dans une société civilisée, il s’agit de trouver des compromis pour que les différentes minorités ayant des goûts et des habitudes différentes puissent vivre ensemble pacifiquement sans forcer leurs voisins à se conformer à un idéal imposé.

Un compromis raisonnable sur le tabagisme dans les bars et les cafés est parfaitement possible. La loi devrait permettre de fumer dans certains bars ou dans certaines zones des bars afin que chacun soit libre de choisir l’ambiance qui lui convient le mieux. Les options devraient inclure des fumoirs séparés et correctement ventilés, comme c’est le cas dans de nombreux pays de l’Union Européenne. Les règlements sur les abris extérieurs pour fumeurs devraient également être assouplis afin que l’on puisse fumer à l’extérieur, dans un environnement chaud et confortable tout au long de l’année.

Vivre et laisser vivre

Parce que la liberté de choix est un principe central de la société européenne, les gouvernements européens devraient revoir leurs lois sur l’interdiction de fumer afin d’accommoder les fumeurs sans déranger ceux qui ne veulent pas être exposés à la fumée du tabac.

Certains gouvernements européens envisagent actuellement de suivre ces principes en réexaminant les interdictions de fumer dans les bars et les restaurants. Nous devrions saluer cette mesure modérée et tolérante qui va dans le sens du concept très européen de « vivre et laisser vivre ».

Mais bien sûr, la brigade des militants antitabac se mobilise pour contrecarrer l’assouplissement des interdictions, hurlant à la « catastrophe en termes de santé publique », organisant une pétition des opposants et faisant du lobbying, non seulement dans les pays concernés mais aussi à Bruxelles. Son principal argument est que les gouvernements ont le devoir de protéger la santé des employés de bars en interdisant d’y fumer.

Les données probantes sur l’impact des bars où il est permit de fumer sur la santé du travail sont, au mieux, bancales. Mais de toute façon, personne n’est obligé de travailler dans un bar, tout comme personne n’est obligé de s’y rendre en tant que client. Interdire de fumer dans les bars parce que cela pourrait nuire à leurs employés, c’est un peu comme interdire de boire dans les bars parce que cela pourrait encourager leurs employés à le faire. On pourrait faire valoir un argument de santé publique en ce sens pour interdire pratiquement toutes les activités humaines.

Intolérance des campagnes antitabac

Il semble parfois que les campagnes antitabac ont plus à voir avec une certaine indignation morale qu’avec la santé publique. Les mêmes personnes qui souhaitent interdire le tabac essaient également d’interdire la cigarette électronique, malgré ses avantages évidents pour la santé. Ils déguisent leurs arguments avec des affirmations spécieuses sur le fait que la cigarette électronique pourrait conduire à consommer des cigarettes traditionnelles alors qu’en fait, ils n’aiment pas les fumeurs et l’idée que les êtres humains ordinaires aiment parfois se livrer à des plaisirs de la vie que eux réprouvent.

Ces campagnes trahissent une exagération et une intolérance qui n’a pas sa place dans l’Europe moderne. Nous devons à notre sens de la décence et de la libéralité de nous dresser contre ces lobbyistes et en faveur de ceux d’entre nous qui ont envie de fumer avec leur café ou leur bière, en toute simplicité.

Guillaume Périgois est le directeur de Forest EU, la campagne européenne de défense des fumeurs.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.