Guerre commerciale : c’est toujours vous qui payez

La prétendue « guerre commerciale » est en réalité une guerre de la stupidité et ses dommages collatéraux sont supportés par chacun de nous.

Par Simone Wapler.

Il y a quelque temps je parlais du Mittlestand allemand. Des entreprises allemandes de taille moyenne non cotées arrivent à exporter partout dans le monde. Ma belle-famille, d’origine allemande, a coutume d’organiser un Wapler Tag tous les deux ans. Il y a quelques années, j’ai fait une surprenante découverte : un des spécialistes mondiaux des cuisines et équipements inox pour les restaurants de poissons et fruits de mer était un « cousin Wapler ».

Ses usines, situées sur une petite colline boisée non loin de Munich, exportent jusqu’en Australie et au Japon. Il m’a expliqué qu’il avait conçu une nuance d’acier et des procédés de fabrication spécialement adaptés à ce marché, où l’environnement de travail est plus salé que dans des restaurants classiques du fait de la présence d’eau de mer et les normes plus exigeantes. Il parle un bon anglais d’Allemand. Il ne paraît ni plus ni moins génial qu’un entrepreneur français, n’a reçu aucune subvention ou soutien particulier mais il exporte, gagne bien sa vie, paye bien ses employés allemands, ses clients sont satisfaits.

Les âneries des économistes à propos de la guerre commerciale deviennent lassantes. À les lire et les entendre :

L’Allemagne exporte trop. La France (ou les États-Unis, ou tous les pays qui importent plus qu’ils n’exportent) consomme trop. Le Japon « vit de ses rentes à l’étranger » et travaille trop. La Chine fait du dumping et vend à perte …

Un pays n’exporte pas. Un pays ne consomme pas. Un pays n’a pas de rentes. Un pays ne vend pas. Ce sont des gens qui font tout ça.

Des gens achètent à des Allemands des produits allemands car ils estiment s’y retrouver en rapport qualité prix. « Il y a moins de Chevrolet à Berlin que de Mercedes à New York » parce que les Américains préfèrent les Mercedes (et en plus Berlin a moins d’habitants que New-York). Des Français préfèrent consommer des produits étrangers. Certains boivent même du vin italien ! Des Japonais vieillissants ont fait des investissements à l’étranger en vue de leur retraite. Et je ne pense pas qu’un patron chinois survive longtemps en vendant en dessous de ses prix de production.

La Chine subventionne ses exportations d’acier, et alors ? Cela signifie que de malheureux Chinois payent des impôts pour que leur acier soit moins cher à l’étranger. Ceux qui, à l’étranger, utiliseront cet acier chinois baisseront leurs coûts de production et en feront profiter leurs heureux clients. Pourquoi vouloir protéger les producteurs nationaux d’acier, et seulement ceux-là au détriment du reste des gens ?

Le seul système juste et équitable est le libre-échange. C’est le seul qui ne ponctionne pas une majorité pour protéger les intérêts d’une minorité. Quant à la préférence nationale, chacun est libre de l’appliquer. Pourquoi l’imposer de force ?

La « guerre commerciale » n’est qu’un prétexte de plus pour nos grands planificateurs et ne sert que le capitalisme de copinage. « Si les États-Unis veulent instaurer des barrières, nous serons aussi stupides qu’eux », a averti Jean-Claude Juncker parlant de taxer plus, en représailles, jeans, bourbon et Harley Davidson ? Relisez cette phrase : un responsable européen déclare fièrement qu’il veut être aussi bête que son adversaire. On se croirait dans une cour de récréation du primaire…

Les bourses mondiales ont accusé le coup. Effectivement, une guerre de la stupidité, cela a de quoi faire peur et certains sont très bien armés.

Pour plus d’informations, c’est ici