« Bad banks », la série d’Arte à découvrir

Bad Banks trailer-capture d'écran Youtube

Bad Banks, la série diffusée sur Arte, est une bonne surprise.

Par Phoebe Ann Moses.

Univers des banques, monde de la finance, chaîne subventionnée de gauche : ce cocktail détonnant devait faire craindre le pire en matière de série télévisée et de positionnement politique. On s’attend à de l’interprétation altermondialiste et décroissante comme les Allemands savent parfois bien le faire.

Il n’en est rien. Voilà une série bien ficelée qui lève un peu le voile sur l’univers des grandes banques d’investissement. On avait eu les traders chez Scorsese en loups avides (Leonardo Di Caprio), les mêmes traders (Charlie Sheen, Michael Douglas) chez Oliver Stone dans les années 80 : tous représentant Wall Street, haut lieu de la finance mondiale, et parfois un peu caricaturés pour un rendu plus cinématographique.

Dans Bad Banks, point de caricature : du cinéma allemand dans son grand souci de réalisme.

L’argent aujourd’hui. Le travail au 21ème siècle, mené par des hommes, investi par des femmes, tous jeunes et tous à la recherche inconsciente de ce qu’ils valent vraiment, pour le meilleur et pour le pire. (Résumé par Arte.tv)

Le personnage principal est une jeune femme douée (forcément), Jana Leikam qui se fait virer d’une très grande banque d’investissement au Luxembourg et retrouve une place dans une autre banque à Francfort, la Deutsche Global Invest. Pas dupe des manipulations et des pressions qu’elle peut subir, elle découvre néanmoins des rivalités entre hommes, entre femmes (un sujet rarement abordé), et comment un chef (séduisant et carnassier à souhait) est capable de demander le meilleur de chaque employé, au point que certains ne tiennent pas le coup.

L’héroïne de Bad Banks découvre également les dessous pas très reluisants des investissements. Ou comment les banques financent des investissements publics en faisant des tours de passe-passe entre filiales : même sans être un connaisseur du monde de la finance, le spectateur se laisse entraîner par le scénario suffisamment solide.

Le cadre des grandes places internationales a volontairement été traité de manière un peu inhumaine : de Londres à Luxembourg en passant par Francfort, les buildings sont de verre et de béton, les couleurs froides amplifiant le sentiment de solitude et le travail désincarné de chaque personnage.

Car chacun d’eux a ses failles : ce sont tous d’anciens excellents étudiants, très intelligents, travailleurs, mais qui ne savent juger leur propre valeur qu’à travers leur réussite financière, faite de chiffres et uniquement de chiffres.

Il y a ceux qui vont au bout de leur engagement professionnel, carburent à la coke et à l’adrénaline ; ceux qui ont perdu toute vie familiale ; ceux qui ne vivent que pour ça ; ceux qui craquent. La finesse de l’approche faite par Christian Schwochow montre qu’il a compris que ces professionnels grisés par leur succès ou dégringolant tout en bas de l’échelle vivent en permanence sur une corde raide.

Le « pitch » a été présenté par Télérama et même Arte comme l’histoire d’une « arriviste » dans le milieu des banques.

Or il n’en est rien : si l’héroïne de Bad Banks a envie de réussir et de « faire carrière », elle n’en est pas moins attachante. Ses choix professionnels entraînent des conséquences sur sa vie personnelle, et elle les assume parfaitement. Elle n’est pas présentée comme une arriviste qui marcherait sur les autres pour parvenir à ses fins. Du reste, le réalisateur a pris le parti de décrire les faits de la manière la plus neutre possible, sans blâmer un personnage plus qu’un autre, afin que le spectateur puisse se faire lui-même  son idée et puisse s’attacher à des personnages habituellement présentés sous un jour plus négatif.

C’est une réussite. La forme de la série est en adéquation avec son propos. Toujours en replay actuellement.