De rage et d’eau, d’Anne-Sophie Dubosson

Un second recueil de poésie signé Anne-Sophie Dubosson.

Par Francis Richard.

Dans ce recueil, Anne-Sophie Dubosson parle effectivement De rage et d’eau. Et elle ne se contente pas de les avoir à la bouche, elle les fait apparaître sous sa plume.

La rage est dans les mots, dans les cris :

le cri sous l’échine le faire mûrir

alors d’un large couteau                                               blanc la petite incision

                                            sur le langage cru

ce sera pour nous

le bassin du mot âcre

celui prêté le décharné

                                                                        une parole dérisoire essentielle

à se mettre sous l’aube et la dent

 

Et ces mots – est-ce voulu? – peuvent avoir un double sens, un second aquatique…

 

De toute façon l’eau, particulièrement celle du lac, y suinte de partout:

 

happée par le lac

[…]

méditer me dit-il

c’est observer le lac

un oeil fermé l’autre ouvert

[…]

s’estompe le trait

retenu du lac

[…]

le torse enfumé tu parles haut de cette lumière sur le lac

[…]

de cette forme et cette perte privilégier le mirage assonant l’alliance impossible avec ce qui aurait dû être les nervures du lac données et recueillies…

[…]

les marécages sont des champs de blé la boue déliée au fond vestige de courants malheureux le lac dressé nappé et son marécage bleu parfois si le vent souffle sa petite écume

 

Toute cette eau, celle du lac, de la pluie, de la neige, des névés, c’est la vie, notamment de la flore:

 

l’être en douce des hêtres

                                                                                en étage l’eau ressource

[…]

trouver le long des gouttes les lèvres d’un été d’ancolies

 

Et de la faune qui lui est liée:

 

mon saule roux

                                                                                                          toujours

petit poumon embrasé

où quelques mouettes

se reposent

 

C’est aussi le décor des corps, du désir :

 

bouche montée en neige

[…]

l’orange ouverte du désir

 

Pour goûter cette poétique, en fait, il faut suivre, avec modestie, le conseil de la jeune poétesse :

prendre les choses

comme elles viennent

C’est-à-dire trouver son rythme de lecture, la ponctuation de sa propre chair… et se laisser porter simplement par la musique des mots et ce qu’elle peut évoquer en nous…

De rage et d’eau, Anne-Sophie Dubosson, 68 pages, Torticolis et frères

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