Haute trahison, de Jérôme Meizoz

Un monologue bondissant de digressions en citations sur le travail de critique.

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Haute trahison, de Jérôme Meizoz

Publié le 13 janvier 2018
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Par Francis Richard.

Il est payé pour ça, pour réfléchir. Et il réfléchit tout haut. Il monologue.

Pour une exposition de peintres de montagne, un amoureux des arts et spéculateur de tableaux, bref un amoureux spéculateur, lui demande une préface pour le catalogue. Il a beau réfléchir, même s’il est payé pour ça, il n’a rien à dire sur les peintres de montagne, par contre il improviserait volontiers sur les bonnes. Les bonnes des peintres.

Dans un premier jet adressé à son commanditaire, il écrit notamment : On voit les peintres à l’atelier, les écrivains à leur table, hiératiques, tranquilles, on ne voit guère les coulisses, le petit personnel, celui qui assure, silencieusement, la paix des peintres.

De la haute trahison

Pourquoi pas ? Oui, pourquoi pas, mais le sujet n’est-il pas un peu éloigné, le ton impropre ? Le sujet n’est pourtant pas si éloigné que ça puisqu’il part d’une histoire vraie, celle de Ludivine Bonvin, servante du peintre Albert Muret et amoureuse de son ami Ramuz, l’écrivain au prénom d’archiduc…

Seulement sortir des sentiers battus, c’est de la Haute trahison : il n’est décidément pas convenable de ne pas tenir de propos convenus…

Cela amène le monologueur imaginé par Jérôme Meizoz à se demander, pendant un moment d’incertitude, si, de toute façon, il est possible de faire du neuf avec des mots usagés…

Cela lui rappelle aussi une demande du Cercle d’études consacrées au grand poète italien, qu’il est superflu de nommer ici…

Rien de neuf sur le monde dantesque

En l’occurrence il s’agissait de commenter le chant XXXIII de l’Enfer de la Divine comédie, dévolu aux traîtres… Ce qui lui avait donné envie de chanter [son] propre chant, de faire [ses] gammes plutôt que d’en faire l’exégèse sans oser toucher à aucun principe…

Car, pour les dignes membres du Cercle, cela aurait été trahir que d’inventer, de réviser, d’abattre les murs. Et d’ailleurs vain, puisqu’il n’y a rien de neuf à dire sur le monde dantesque… et qu’il suffit de ressasser en rond ce que l’on en dit depuis quelque sept cents ans…

Ce monologue est heureusement d’une autre veine, irrévérencieuse, digressive…

Jérôme Meizoz, Haute trahison, 32 pages, La Baconnière (sortie le 12 janvier 2018 en Suisse, le 23 janvier 2018 en France) 

Ce texte est représenté au théâtre 2.21 à Lausanne du 5 au 21 janvier 2018

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