2017 année Macron, qui en 2018 ?

Emmanuel Macron en juillet 2017 by Presidencia de la Republica mexicana(CC BY 2.0)

Par Jean-Michel Arnaud.

Si l’on se réfère aux termes de la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron, il semble que trois principes guident son action.

Le premier repose sur la certitude que l’état actuel des partis traditionnels oblige les gouvernements successifs à des compromis qui bloquent les réformes de fond, absolument nécessaires, ce qui nécessite de s’affranchir des appareils politiques existants.

En second lieu, le candidat puis président a pressenti que les Français sont prêts à accepter ces réformes qu’ils savent indispensables, même s’ils s’y déclarent hostiles (c’était aussi, sans doute, le pari de François Fillon). Il a enfin la conviction que son programme est le bon.

Si ces présupposés sont justes, il s’ensuit que la réussite est possible pour autant que soit satisfaite la triple condition de disposer d’un instrument politique à sa main, d’assez de temps pour obtenir des résultats perceptibles et enfin d’un soutien et de circonstances favorables au niveau européen.

Le nouveau rôle de LREM

En Marche, mouvement créé pour la campagne autour d’un homme plus que d’un programme, et à sa dévotion, lui a fourni l’instrument. Devenu parti (LREM), il restait à le faire évoluer pour jouer un rôle nouveau au service du président et du gouvernement : soutenir en défendant et en expliquant au lieu d’attaquer l’adversaire politique en le critiquant.

Pour ce faire, l’été a été employé à discipliner et à organiser les troupes en leur expliquant qu’elles sont le cœur battant de la « Macronie », qu’elles ont la parole, qu’elles sont entendues, mais que le chef seul décide. À cet égard, le président dispose d’un élément favorable : la plupart des militants et des élus sont des inconnus nés avec lui, qui lui doivent tout et, surtout, qui réussiront ou échoueront avec lui.

Il a en revanche contre lui « l’esprit du temps » qui exalte l’individualisme, fait enfler les têtes et s’inscrit dans l’immédiateté. Dès lors, pour maintenir à la fois la cohérence du programme et la discipline au sein du mouvement, il ne peut être admis ni concessions aux autres formations, ni velléités d’indépendance internes. De la même façon, et pour les mêmes raisons, il ne peut être toléré aucun écart au sein de l’exécutif, et les ministres sont tenus « bride courte ».

L’exception du MODEM

Enfin, le maintien de la cohérence interne doit se doubler d’une indépendance vis-à-vis des autres formations. C’est ainsi, alors même que la situation n’était pas stabilisée, que le nouveau président a fait échouer la tentative de Manuel Valls de constituer une « force d’appoint » autonome.

La seule exception est celle du MODEM, mais l’accord est intervenu à un moment décisif de la campagne et il a probablement permis d’éviter l’enlisement et d’apporter un nouvel élan.

Une fois la majorité absolue obtenue par LREM aux législatives, la façon dont a été traitée la question des assistants parlementaires du même MODEM a montré à la fois la réalité des intentions et du rapport actuel des forces, et l’habileté tactique du président.

Cette nécessité et cette volonté de contrôle demandent toutefois que le président puisse s’appuyer sur des hommes sûrs et compétents. Ceux-ci, dans un mouvement aussi jeune, sont nécessairement rares et la discipline ne favorise pas les éclosions. C’est une faiblesse. L’épisode Castaner le montre.

Des nouvelles de l’opposition

Pour disposer de temps, le président doit empêcher la constitution d’une opposition crédible et efficace. À cet égard, la campagne électorale a joué un rôle décisif en faisant « exploser » le PS avec le concours involontaire mais actif de Benoît Hamon, en ébranlant profondément LR, en cassant la dynamique du FN et en propulsant Jean-Luc Mélenchon comme premier opposant audible. La situation n’est pas pour autant stabilisée.

À gauche, il ne semble pas que le PS soit en mesure de retrouver un rôle véritablement actif dans les prochains mois.

La seule force effective demeurant à gauche est donc LFI. Encore faut-il qu’elle reste crédible alors qu’elle s’identifie quasi-totalement à son leader. Or, le talent et la personnalité de celui-ci, après lui avoir permis de s’imposer et de dominer à gauche, commencent à le desservir.

Il reste que, même si ses « grilles de lecture » sont celles du siècle dernier, il conserve une assise politique, et sans doute électorale, réelle : des gens « moraux » ou qui se sentent maltraités, mais qui refusent la réalité du monde tel qu’il est, et qui se réfugient dans des solutions imaginaires mais simples…

Séisme à droite

C’est d’ailleurs potentiellement en partie le même « vivier » que celui du FN. Celui-ci est en effet dans le même rôle et dans la même situation, mais avec un passé et une histoire différents et parfois antagonistes. Or l’affaiblissement de Marine Le Pen, qui remet en cause sa capacité à accéder au pouvoir, risque de la renvoyer à sa fonction tribunicienne.

La question, essentielle, est donc de savoir si son électorat lui restera fidèle, ou s’il rejoindra en partie Jean-Luc Mélenchon ou Laurent Wauquiez…

En ce qui concerne la droite, la victoire d’Emmanuel Macron a constitué un séisme.

D’abord parce que c’était perdre une élection imperdable. Ensuite parce que le poids des affaires, les jeux personnels et les atermoiements de ses principaux responsables la disqualifiaient, alors qu’Emmanuel Macron avait le visage de la jeunesse et de l’empathie.

Enfin, et surtout, parce que la proximité des programmes économiques, sociaux et européens du candidat élu et de LR, malgré des nuances et des différences, rendait très difficile une opposition franche et une reconquête par la droite de son électorat. Pour toutes ces raisons, qui se conjuguaient à la logique de la Vème République, la probabilité était forte que le pays « donne sa chance » au nouveau président lors des législatives.

Trois lignes s’affrontent

Dans ces conditions, dès le lendemain du scrutin, trois lignes se sont affrontées. La première, abstraction faite des ambitions personnelles, considérait que la proximité des programmes donnait une chance historique de « faire bouger les lignes » et de retrouver une réelle capacité de réforme en constituant une majorité allant du centre droit au centre gauche (la vieille ambition de « deux Français sur trois », probable rêve inavoué et inassouvi d’Alain Juppé).

Faire ce choix supposait une bonne dose d’opportunisme, de l’esprit de décision, et, de préférence, une très solide position personnelle… Il fut donc logiquement très minoritaire mais permit au président de se choisir un Premier ministre et deux ministres majeurs « de droite », et de donner ainsi corps à son slogan « droite et gauche ».

La seconde interprétation faisait valoir que la primaire avait bien marqué un déportement du pays vers la droite, ce que le résultat « honorable » de François Fillon au premier tour de la présidentielle, malgré les circonstances, avait confirmé, et qu’il fallait donc tenir l’orientation prise, quitte à amender le programme.

Enfin, la troisième lecture reflétait davantage les préoccupations personnelles des députés sortants : sauf exceptions, il était difficile de faire campagne, au détriment de ses alliances locales, dans le sillage d’un président qu’on combattait le mois précédent, et d’autant plus que celui-ci était décidé à ne donner d’investiture qu’à ses propres fidèles.

La position attentiste, pire position possible

Il fallait donc dans l’urgence faire campagne sous ses propres couleurs, tenter d’établir un rapport de forces aussi favorable que possible.

C’est cette position attentiste, la plus facile et qui permettait de mettre en sommeil les oppositions internes (de principes et personnelles), qui a prévalu, avec le succès que l’on sait : sévère défaite, mais pas d’effondrement, contrairement au PS.

De ce fait, la question des rapports de LR avec Emmanuel Macron et LREM demeurait posée dans toute son acuité, et d’autant plus que le remaniement ministériel consécutif aux législatives n’a pas permis au président d’achever l’éclatement de la droite.

Dès lors ne subsistent plus, avec beaucoup de nuances, que deux tendances : parier sur le temps long et un affaiblissement ou un échec du Président, ou bien se rallier – ou encore s’allier – à LREM.

La première, derrière Laurent Wauquiez, mise également sur une crise du FN. Cette ligne consiste à affronter les prochaines échéances en portant un programme et en s’appuyant sur un électorat franchement à droite. Cette position a le grand mérite de la simplicité et de la clarté, ce qui correspond bien aux nécessités d’une reconstruction et d’une campagne.

Trois difficultés à droite

Elle se heurtera, et se heurte déjà, à trois difficultés. Il s’agit tout d’abord d’aller chercher les électeurs du FN tout en le combattant. En second lieu, la ligne Wauquiez consiste à s’opposer frontalement au président avec un programme économique, social et européen de même inspiration.

Enfin, il convient de ne pas trop rebuter des courants classiques à droite, tels que ceux portés par Xavier Bertrand qui vient de choisir de démissionner du parti, ou encore Valérie Pécresse, au risque d’accentuer les forces désormais centrifuges au cours des prochains mois…

Concernant la seconde tendance, rassemblant des personnalités sensibles aux bouleversements introduits par l’élection présidentielle, le temps des ralliements parait passé et ne concerne plus que quelques individus qui « régularisent » leur choix (les ministres) ou viennent d’être exclues de LR (Thierry Solère, Franck Riester).

L’alliance possible

Le temps de l’alliance, quant à lui, ne semble pas encore advenu. En effet, celle-ci supposerait d’abord que se constitue une force significative, ce qui se heurte à la difficulté classique du centre désormais atomisé entre ses trois chefs (Riester, Lagarde et Morin), qui ne s’aiment guère.

Il faudrait ensuite que le président souhaite cette alliance ou en ait besoin, ce qui n’est manifestement pas le cas. C’est donc la réussite ou l’échec du président et du gouvernement qui établira un nouveau rapport de forces et tranchera la question.

La difficulté, pour enclencher un processus de rapprochement, serait de trouver le thème et le moment du ralliement. L’Europe et les élections européennes offrent, à l’évidence, la prochaine opportunité, qui ne serait pas artificielle, puisque le sujet est à la fois le socle du projet « macronien » et ce qui pourrait fédérer réellement un rassemblement Juppé/Bayrou/centristes/ex- UDF…

Le point d’appui européen

Ces considérations ramènent à la troisième condition de la réussite d’Emmanuel Macron : disposer d’un point d’appui européen qui lui permette de conduire la politique européenne indissociable de sa politique nationale. La clef est à Berlin, mais les perspectives semblent se dégager, si les négociations entre Angela Merkel et le SPD aboutissent…

En résumé, on pourrait dire qu’Emmanuel Macron part d’un programme et que c’est sa réussite qui lui donne, et lui donnera, son espace politique, alors que les autres responsables, et particulièrement Laurent Wauquiez, partent de l’espace politique qu’ils espèrent trouver pour se donner un programme, au-delà d’une posture.

De ce fait l’initiative et le mouvement sont clairement dans le camp du Président. La difficulté pour lui risque d’être dans son programme qui, s’il est réfléchi et cohérent dans les domaines économique, social et européen, semble moins abouti sur les sujets de souveraineté, institutionnels ou sociétaux, ce qui pourrait faire apparaître de nouvelles lignes de fractures.