5 leçons que nous enseigne la série Game of Thrones

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Entre intrigues politiques et relations humaines, la série Game of Thrones aborde de nombreux thèmes chers aux libéraux

Par Ed Krayewski, depuis les États-Unis
Un article de Reason

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daenerystargaryen_HBOLa dernière saison de la série de HBO Game of Thrones s’est achevée récemment à la télévision américaine. La série, succès public record, mais l’une des plus piratées de tous les temps, suit les histoires des familles royales ainsi que les intrigues politiques de Westeros, un condensé imaginaire de l’Europe médiévale. Cependant, comme la série, basée sur un ensemble de romans de R.R. Martin, se concentre davantage sur les humains et la manière dont ils interagissent que sur la magie (bien qu’il y en ait énormément), elle procure un point de départ pour des conversations sur des sujets comme le viol ou le radicalisme. Parce que les idées libérales sont largement basées sur l’action humaine, certains thèmes libéraux sont également abordés dans la série. Attention, spoilers !

Le droit prime sur la force brute et l’ordre social

joffrey_HBOIl est beaucoup question à Westeros de lignées, de droit à gouverner et de la force nécessaire pour exercer ce droit. La mort du roi Robert Baratheon dans la première saison mène à plusieurs saisons de manœuvres entre ses frères et les autres prétendants au Trône de Fer. De fait, Joffrey, le fils de l’épouse de Robert, Cersei, et de son frère jumeau, accède au trône pendant  que le frère cadet de Robert, Stannis, élabore une stratégie pour réunir les forces de sa propre famille sous son commandement, avant de tenter la prise de Port-Réal. Dans le même temps, la présence de multiples prétendants encourage Balon Greyjoy, un seigneur local, à réaffirmer son indépendance vis-à-vis du royaume gouverné par le Trône de Fer.

Joffrey, quant à lui, est mal préparé pour l’exercice du pouvoir et en abuse immédiatement, au mépris des coutumes et de toute morale élémentaire, pour faire littéralement tout ce qui lui plaît en tant que roi. Il décapite Ned Stark, même après lui avoir promis le pardon, ce qui mène à la guerre. Il manigance le meurtre du fils de Ned, Robb, au cours d’un mariage. Il tourmente ses sujets, se fait détester de tous et finit empoisonné. Plutôt que de faire un quelconque effort pour trouver son meurtrier, le grand-père de Joffrey, véritable homme de pouvoir derrière le Trône de Fer, utilise sa mort pour tenter d’éliminer le fils nain qu’il a toujours détesté. Charli Carpenter écrit pour Foreign Affairs : « La véritable morale de cette histoire est que lorsque de bonnes règles sont méprisées, il s’ensuit toujours désordre et ruine ».

 

La dette est la ruine

littlefinger_HBOUne des leçons clefs tout au long de Game of Thrones est que lorsque vous payez les factures, vous prenez les décisions. « Un Lannister paye toujours ses dettes » est la devise officieuse de la maison Lannister, ce qui, sans surprise, semble exercer un pouvoir sur toute famille à Westeros. Alors que le Trône de Fer demeure techniquement entre les mains des Baratheon (Joffrey et ensuite Tommen sont le produit de la relation de Cersei avec son frère jumeau mais sont légalement des Baratheon, considérés comme les enfants de Robert), Tywin Lannister, le patriarche de la maison Lannister, détient la position de « Main du roi » pour ses deux petits-fils. En tout état de cause, même pendant le règne de Robert, l’influence de Tywin Lannister était reconnue du fait de l’importante dette du Royaume envers la famille Lannister. Naturellement, le gouvernement des Sept Couronnes ne se gère pas en interne et doit finalement se tourner vers la Banque de Fer de Braavos pour obtenir des fonds. Il apparaît à la fin de la quatrième saison que cette banque a décidé de soutenir Stannis Baratheon dans sa quête du Trône de Fer, une dure leçon sur les risques de la dette publique.

 

L’État c’est le vol

houndkingsmen_hboMalgré, ou même du fait de l’importante dette du gouvernement des Sept Couronnes vis-à-vis des Lannister et de la Banque de Fer de Braavos, le gouvernement s’appuie aussi sur les hommes du Roi pour piller la population qu’il prétend gouverner. Les certitudes du gouvernement sur ce qu’il peut prélever sur ses Couronnes deviennent très claires lorsque le jeune Joffrey, pas encore roi, explique à sa mère qu’il pense que l’absence d’armée a rendu le roi faible. Comment régler le problème ? En exigeant de chaque Couronne qu’elle mobilise des hommes pour son armée. Dans la dernière saison, les Hommes du roi, aussi connus comme ceux des Lannister, sont montrés comme des maraudeurs, utilisant l’appui royal pour obtenir ce qu’ils veulent en avançant dans le pays. Les États contemporains offrent davantage de services que le gouvernement de Westeros mais la relation entre la propriété des gouvernés et les besoins du gouvernement est très similaire. Ce dont l’État a besoin, il le prend. Les Hommes du roi ne sont peut-être pas en train de terroriser les rues mais il est aisé d’établir un parallèle entre ce type de prélèvement et les démarches comme la confiscation de biens ou le recours à l’expropriation pour enrichir des intérêts liés au pouvoir.

 

Les frontières étanches sont l’antithèse de la liberté

wallgameofthrones_hboL’un des décors principaux de Game of Thrones est « Le Mur », une mégastructure qui sépare les Sept Couronnes des terres plus brutales situées au nord du Mur. La Garde de Nuit, constituée de criminels et de jeunes hommes n’ayant pas de place dans la société, garde le mur depuis Castle Black et est chargée d’empêcher les Barbares du nord de venir vers le sud. La détérioration des conditions, notamment météorologiques, mène à un afflux massif de réfugiés se dirigeant vers le mur. La frontière militarisée a fait de ses migrants une puissance invasive. Comme l’un des « sauvages » du nord l’explique, il n’y a aucune différence entre eux et les résidents des Sept Couronnes, excepté que les premiers se sont retrouvés à l’extérieur du mur et les seconds à l’intérieur. Ainsi, le mur lui-même a contribué à l’aggravation des disparités entre le Nord et les Sept Couronnes parce que les restrictions à la liberté de circulation des biens et des personnes ont cet effet. Sans mur, les sauvages du Nord auraient pu développer des relations économiques mutuellement bénéfiques avec les résidents des Sept Couronnes, et peut-être même devenir membres de leur communauté politique. À la place, ils sont réfugiés ou envahisseurs.

 

Les allégeances sont dangereuses en politique

De nombreux commentaires concernant la série Game of Thrones cherchent à relier les maisons royales de Westeros avec les familles américaines Kennedy, Bush et même Clinton. « Les Américains pourraient-ils un jour dire sans ironie la maison Bush ou la maison Clinton ? » se demande John Blake sur CNN. La réelle possibilité que l’élection de 2016 voie un affrontement entre Jeb Bush et Hillary Clinton ne fait qu’entretenir cette analogie imparfaite. En effet, si George Bush était bien le « deuxième du nom », ce n’était que la deuxième fois dans l’histoire américaine. Son père, quant à lui, a été le premier vice-président en exercice à être élu président depuis John Adams,  deuxième président des États-Unis mais aussi  dernier à avoir eu aussi un fils accédant à la présidence. Et à quand remonte la dernière fois qu’un Kennedy a été important ?

En revanche, les maisons royales de Westeros et leur influence politique au sein des Sept Couronnes ont davantage en commun avec les principaux partis des États-Unis. Tout comme nombreux sont ceux à Westeros qui baseront leurs opinions politiques sur la maison à laquelle ils ont prêté allégeance, de nombreux Américains basent leurs opinions politiques sur le parti, démocrate ou républicain, auquel ils ont prêté allégeance (heureusement, cette tendance est à la baisse).

Sur le web. Traduction Victoria Melville pour Contrepoints.