Autorisation du commerce de la corne de rhinocéros : une excellente nouvelle !

L’Afrique du Sud a autorisé le commerce de la corne de rhinocéros. C’est une excellente nouvelle (contre-intuitive) pour la défense des rhinos !

Par Laurent Pahpy & M. Ficta.

Le 5 avril dernier, la cour constitutionnelle d’Afrique du Sud a décidé d’autoriser le commerce des cornes de rhinocéros. Quelques semaines plus tôt, la mort d’un rhinocéros dans le zoo de Thoiry, braconné sauvagement pour sa corne, a suscité une vive émotion. Alors que les zoos d’Europe ont procédé au découpage préventif de toutes les cornes nasales, cette décision surprend voire choque. Elle paraît être un grave retour en arrière pour la protection de l’espèce.

Il subsiste aujourd’hui 30 000 rhinocéros, la majorité vivant en Afrique du Sud. Le kilo de corne se négociant autour de 60 000 dollars, en autoriser le commerce risquerait d’encourager le braconnage.  Sans protection, l’espèce entière serait sacrifiée sur l’autel de juteux profits.

Une excellente nouvelle pour sauver les rhinocéros

En réalité, cette décision est une excellente nouvelle pour le grand mammifère.

Plongeons-nous un instant dans l’Ouest américain, au 19ème siècle. Le niveau de vie de la population augmentait dans le pays. La consommation de viande de bison devint très populaire, au point que l’espèce fut braconnée et faillit disparaître. L’étude du Centre International de Recherche sur les Problèmes Environnementaux (ICREI) explique que le gouvernement d’alors n’en a pas prohibé le commerce comme il est courant de le faire aujourd’hui.

C’est contre-intuitif, mais l’État a d’abord garanti le droit de propriété sur ces herbivores. La rentabilité de la production de viande de bison augmentant avec la demande, les éleveurs ont pu investir dans des barrières de protection face aux braconniers. Ils ont également pris soin de la reproduction des bisons et maintenu d’immenses troupeaux tout en approvisionnant les consommateurs en viande. Cela n’a pas supprimé totalement le braconnage, mais le marché et les droits de propriétés marqués au fer rouge ont sauvé les bêtes et ont répondu à la demande des consommateurs.

Les dangers de l’interdiction de commercer

L’interdiction de commercer et d’être propriétaire des animaux met en fait les espèces en péril. Quand les animaux n’ont pas de propriétaire (ou qu’ils sont considérés comme appartenant au patrimoine de l’humanité, ce qui revient au même), personne n’est véritablement incité à garantir leur reproduction, car personne ne peut en tirer profit pour les protéger. Les braconniers ont alors tout intérêt à pourchasser l’espèce jusqu’au dernier survivant, jusque dans les zoos européens. Dans tous les marchés prohibés, il subsiste toujours un marché noir incontrôlable. Même si les interdictions internationales peuvent parfois le limiter, il ne peut jamais être totalement supprimé. Les braconniers pourront toujours revendre leur marchandise.

Lorsque des éleveurs de rhinocéros ont le droit de vendre les cornes sur un marché légalisé, ils peuvent investir pour lutter contre le braconnage et assurer la reproduction de leurs bêtes. De la même façon que nos amis les vaches, les poules et autres animaux domestiqués ne sont pas au bord de la disparition, permettre à des éleveurs de prendre soin de leur troupeau est essentiel. Cette forme de « capitalisme environnemental » est un outil puissant de protection de la faune. Il est donc urgent de mettre fin aux interdictions d’acheter et de vendre des espèces pour permettre à tous ceux qui les aiment de les protéger ou de les élever.

En valorisant les cornes de rhinocéros ou les défenses d’éléphant sur le marché international, les protecteurs des animaux auront les moyens nécessaires pour se défendre face au braconnage. Les bisons américains savent depuis longtemps que le droit de propriété et le droit de commercer les protègent !