Fin de trêve, de Werner Rohner

Plus de dix ans après la mort de sa mère, Luisa Ferter, le 20 janvier 2000, à 48 ans, le narrateur de Fin de trêve, Joris, se souvient...

Par Francis Richard.

Le pire dans le souvenir, c’est qu’en lui, tout est figé ; plus de marge de manoeuvre, ne reste que ce qui fut et qu’il faut regarder en face, que la répétition du vécu, qui est parfois plus intense encore que le vécu lui-même.

Plus de dix ans après la mort de sa mère, Luisa Ferter, le 20 janvier 2000, à 48 ans, le narrateur de Fin de trêve, Joris, se souvient donc. Après cette longue trêve, il se décide enfin à rencontrer son père, David Mourlin, qui, après sa naissance, n’a plus donné signe de vie.

La maladie de Luisa commence en 1993, alors que Joris n’a que 15 ans. Luisa subit alors l’ablation d’un sein. Cela ne l’empêche pas, après avoir travaillé dans les fleurs, de créer l’année suivante, avec succès, une entreprise de traiteur, Luisas Catering Service.

Moins d’un an avant la mort de Luisa, en mars 1999, Joris part pour Vienne, à 21 ans, ce qu’il s’était promis de faire, avec ou sans bac en poche. Là-bas il fait des petits boulots. À peine trois semaines après son arrivée, il rencontre Rebecca, une étudiante en architecture.

La trêve est finie

Début 2010, il décroche un poste à la télé. Cela fait un moment que lui et Rebecca sont séparés. La trêve est finie. Il faut qu’il sache qui fut sa mère et qui est son père, même s’il a de la prévention à l’égard de cet homme qui ne s’est jamais soucié de lui.

Il veut notamment savoir comment Luisa et David se sont connus et ce qu’ils ont vécu ensemble avant sa naissance. C’est ainsi que leur passé politique commun resurgit. Tous deux étaient connus des services. Mais jusqu’où leur engagement les avait-il conduits ?

Pour reconstituer le passé de ses parents, il interroge sa tante Susanne qui a repris le Catering de sa mère ; il rencontre aussi plusieurs fois son père qui, politiquement, vibre toujours autant et lui envoie des documents d’époque établis par les services…

Dans le même temps Joris morcelle sa propre histoire en plusieurs histoires, qui se chevauchent et n’ont pas forcément chacune une fin, puisque sa vie à lui continue, malgré la douleur ressentie par la mort de sa mère, qui se fait plus précise avec ce qu’il apprend.

Joris compare le regard de l’objectif d’une caméra à celui du rêve, qui ont ceci en commun qu’ils sont comme un filtre que l’on oublie parfois, aussi bien quand on filme que lorsqu’on rêve. Et le récit à méandres de Joris, écrit par Werner Rohner, donne l’impression d’être ainsi filtré…

Joris, parvenu au bout de sa quête, ne peut que constater que, dans la vie, il y a des impossibilités de retours en arrière : La tristesse ne naît pas parce que quelque chose a eu lieu, mais bien plutôt parce que l’on se rend compte que quelque chose ne peut plus avoir lieu…

  • Werner Rohner, Fin de trêveEditions de l’Aire, traduit de l’allemand par Ghislain Riccardi, 208 pages.

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