Retour à Domme, de Françoise Houdart

Publié Par Francis Richard, le dans Lecture

Par Francis Richard.

Françoise Houdart Retour à DommeDomme est une commune du Périgord Noir, une bastide qui regarde de haut la Dordogne, juchée qu’elle est sur une falaise, dans l’un des cingles de ce magnifique cours d’eau qui prend naissance au Puy de Sancy. Ce village, au cœur de l’intrigue du roman de Françoise Houdart, est pour Oscar, son héros, le lieu de pèlerinage aux sources de sa grand-mère maternelle.

Mamie était une baroudeuse, une fugueuse, une rebelle, une aventurière. Quarante ans plus tôt, cette belle femme avait rejoint dans cette petite ville un dénommé Charles Dee, un Anglais passionné de vins, d’art et d’antiquités. Au moment de s’envoler pour son dernier voyage, Mamie a demandé à son petit-fils Oscar de se rendre là-bas pour écouter le rouge-gorge…

La mort du rouge-gorge

Quand il était petit, il y a quelque trente ans – Oscar devait avoir alors quatre ou cinq ans – un rouge-gorge était venu percuter la grande baie de la véranda de Mamie et était mort sous le choc. Mamie et lui l’avait découvert au pied d’un vieux bouleau du jardin. Mamie avait dit qu’il s’était endormi. Oscar avait dit : Je te crois. Tous deux avaient menti et chacun le savait :

Mais était-ce vraiment mentir que d’emballer la mort de l’oiseau dans le papier de soie de l’illusion ?

Ou de l’amour…

Sur une route déserte du Périgord, cet été, venant de Belgique, Oscar est au volant de sa voiture. Un oiseau vient s’écraser contre le pare-brise, mais il n’a rien vu. Il s’arrête, sort de son véhicule et s’accroupit dans l’herbe du bas-côté, met sa tête dans ses mains. Le museau du chien le sort de sa prostration. Le propriétaire du chien, Jeanloup, le découvre, le fait monter dans sa propre auto et l’emmène chez lui.

Chez lui, c’est un hameau, La Renardière, où, à la retraite, il vit seul avec sa femme, Émilia, depuis que leur fille, Édith, quarante ans, une autre rebelle, est partie pour Londres travailler dans l’art. Ils offrent gîte et couvert à Oscar. Il dormira dans la chambre d’Édith. Par la fenêtre Oscar se laisse toucher par la grâce d’un paysage sans autres confins que la ligne bleuâtre de lointaines collines…

Un souvenir, une photo

Oscar montre à Emilia et Jeanloup une photographie de Mamie, qui sourit merveilleusement, dans un lieu inconnu. Eux reconnaissent l’endroit. Il s’agit du Belvédère de Domme. Au dos de la photo, Émilia découvre une inscription presque totalement effacée qu’à grand-peine elle parvient à décrypter et dont, grande lectrice, elle identifie l’auteur local, François Augiéras, enterré à Domme :

Je n’étais qu’un regard parmi ceux des oiseaux dans la paix de la nuit.

Cet oiseau, cette photo, cette phrase (en épigraphe au livre) sont les prémices d’une belle histoire. Car Oscar n’est pas venu là par hasard. Certes il croit s’y être retrouvé sans l’avoir décidé, mais il a tout de même marché volontiers dans les traces de sa grand-mère. De même que la chance n’existe que si on la favorise, le hasard n’en est plus un quand on se laisse guider par les signes.

Une belle histoire n’est pas une ligne droite. Celle-ci fait des détours poétiques, mais aussi parfois bien prosaïques, avant d’aboutir à sa fin comme les cingles de la Dordogne la conduisent à confluer avec la Garonne. Mais l’essentiel n’est-il pas que se vérifie la première intuition d’Émilia en voyant Oscar à la fenêtre de la chambre de sa fille Édith : il pourrait être le départ de quelque chose ?