Captain America : une overdose de super-héros

Civil War, le dernier Captain America, aurait probablement gagné à avoir une trame scénaristique plus claire et moins ambitieuse, tout en donnant plus de développement à certains personnages secondaires.

Par Aurélien Chartier.

Il y a 8 ans, Iron Man lançait une nouvelle saga de films de super-héros dans l’univers Marvel dont probablement peu de gens se doutaient qu’elle engendrerait autant de films. Si dans un premier temps, chacun de ces super-héros a droit à son propre film, ils se retrouvent bien vite englobés dans une histoire plus globale dont on annonce la culmination avec les Infinity Wars en 2018 et 2019.

On notera donc la feuille de route plutôt chargée de Marvel sur les prochaines années. D’ici là, cet épisode de Captain America ressemble davantage à un film des Avengers vu la présence de quasiment tous les super-héros, Hulk et Thor étant les seuls à manquer à l’appel. Pour les remplacer, ce film introduit Ant-Man (qui avait eu droit à son propre film d’introduction l’an dernier), Black Panther et un nouveau et très jeune Spider-Man.

Casting surchargé pour Civil War

Ce casting de folie se révèle rapidement être un des principaux problèmes du film. Si Chris Evans (Captain America) et Robert Downey Jr. (Iron Man) ont droit à un temps d’apparition à l’écran conséquent, c’est loin d’être le cas de tous les autres super-héros. Si on comprend la volonté marketing de mettre autant de stars possibles dans un film, cela se fait au détriment du développement de certains personnages.

Par exemple, le personnage d’Elizabeth Olsen (Scarlet Witch) fait face à un dilemme personnel après avoir causé la mort de nombreux innocents par accident, mais celui-ci passe rapidement au second plan. Le film qui dure déjà 2h30 aurait probablement gagné à être découpé en deux parties qui auraient pu développer plus en détail différent aspects du scénario.

Comme le précédent Captain America qui explorait le thème de la surveillance de masse, ce nouvel opus explore un thème cher aux libéraux avec les Avengers qui se retrouvent sous la menace de devenir des criminels s’ils ne se soumettent pas au bon vouloir de l’ONU. Étrangement, Iron Man qui déclarait avoir « privatisé la paix mondiale » dans Iron Man 2 se soumet sans broncher à devoir prendre des ordres.

C’est donc à Captain America, un ancien agent du gouvernement, que revient le rôle de se méfier de l’obéissance à des bureaucrates, qui font bien souvent passer leurs propres intérêts en priorité. Chacun des super-héros va se retrouver à suivre l’un de ces camps, mais pour la plupart d’entre eux, il s’agit juste de suivre leur ami plutôt que d’une réelle réflexion. On regrettera ici l’absence de Thor, personnage plus indépendant et qui aurait pu permettre d’avoir un angle scénaristique plus original.

Captain America, un message libéral ?

Toutefois, il serait hâtif de considérer le message de ce Captain America comme libéral. Si l’idée d’avoir des super-héros obéissant à des politiciens n’est évidemment pas réjouissante, on peut se poser la question de la légitimité d’un groupe de vigilantes qui opère sans aucune limite autour du monde et ne semble avoir de compte à rendre à personne. Leur façon d’opérer telle qu’elle est présentée dans ce film dresse un parallèle avec certaines missions secrètes de la CIA. Difficile de savoir si ce parallèle est volontaire, mais il est quand même incompréhensible de voir les Avengers détruire des villes entières dans chaque film sans jamais devoir faire face à leurs responsabilités. Le super-villain Ultron du dernier film des Avengers était même créé par Tony Stark et Bruce Banner.

L’intérêt principal du film reste les scènes d’action dont un très long combat entre les deux factions de super-héros à l’aéroport de Leipzig et une course-poursuite haletante. Les amateurs de films d’action seront comblés par le côté spectaculaire et parfaitement orchestré de ces scènes. Civil War continue à avoir un ton relativement sombre dans la lignée de Winter Soldier, mais sait aussi se permettre quelques touches d’humour judicieuses et bien jaugées.

Ces points positifs sont malheureusement contrebalancés par un défaut récurrent des films Marvel, à savoir un ennemi sans vrai relief et qui semble toujours avoir un coup d’avance sur les héros du film sans que ce ne soit très réaliste. Au final, Civil War aurait probablement gagné à avoir une trame scénaristique plus claire et moins ambitieuse, tout en donnant plus de développement à certains personnages secondaires.